Donald GEORGE, Pour le désir d’une reine, 180°, 2024, 199 p., 20 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑940721–56‑6
Un homme se livre et cela devient un livre. Pour son premier roman, Donald George propose une correspondance plutôt à sens unique, une sorte de carte du tendre, un jeu de patience entre un romantique énamouré et une déesse qui multiplie les désirs, ainsi que des tribulations entre Bruxelles, Spa et la Bretagne.
Le contexte est contemporain. Le roman démarre par des échanges sur des sites de rencontres. Nous ne connaîtrons des deux héros que leur avatar : Merlin pour l’un, le narrateur, Hannah pour l’autre, « son surnom d’amazone du Web », un palindrome qui séduit d’emblée le premier.
Rapidement, Hannah met en place tout un jeu de séduction. Elle le met au défi de lui envoyer quotidiennement une lettre d’amour où il se dévoilera, durant toute une année, qui plus est bissextile. Soit 366 lettres qui forment le cœur de ce roman épistolaire. Le premier rendez-vous est fixé à l’orée de la forêt de Soigne mais Merlin devra se contenter de suivre la belle inconnue qui ne se retournera pas. Arrivé dans une clairière, il sera invité à s’étendre, « couché dans les herbes hautes » et « accouché dans la forêt ». Les exigences de la courtisée se multiplient. À chaque fois, l’amoureux romantique s’exécute, tout heureux de pouvoir « vivre dans le Siècle de ta Lumière ». Donald George cisèle son vocabulaire, s’amuse de jeux de mots, de calligrammes et même d’« éluardises ».
Alors que telle Isis, elle rechigne, elle, à se dévoiler, Hannah demande à Merlin de lui en écrire plus le concernant. Cela nous amène au chapitre Western qui nous a particulièrement touché. Il raconte l’enfance de Merlin à Verviers, puis à Spa, auprès de sa mère. Fils unique, adultérin et solitaire, sa naissance reste un tabou. Il est « né pour être nié » et nous laisse entrevoir « le chagrin des bâtards ». Néanmoins, grâce à la présence de sa mère, il vit une enfance relativement sereine dans la maison où il grandit, baptisée Cipango, un nom qui va prendre de plus en plus d’importance au fil du roman et même au-delà ! Pour raconter cet Eldorado, Donald George file la métaphore du Far West à travers des intertitres puisés dans une filmographie de westerns.
Renseignée sur le besoin perpétuel de reconnaissance de Merlin, mais aussi son absence totale de pudeur, sa haine du mensonge et son incommensurable sentiment de solitude et de liberté, la reine Hannah tisse sa toile et continue de semer d’épreuves le chemin vers d’éventuelles Premières fois, autre titre de chapitre. Des rencontres se profilent lors de dîners gastronomiques, ce qui nous vaut un petit parcours étoilé bruxellois dans des établissements comme Les Foudres (ndlr : aujourd’hui fermé). Hannah continue à solliciter des cadeaux, demande à être étonnée, ce qui offre une scène comique au chapitre Menottes, car l’humour n’est pas absent du livre. Elle se révèle être une « femme à ours », ce qui explique la présence d’un ursidé sur la couverture. Ce jeu du chat et de la souris, pour prendre une métaphore animalière comme en décline l’auteur dans Bestiaire, conduira Merlin à acheter un domaine champêtre en Bretagne qu’il baptisera… Cipango, un lieu près de Callac, autre palindrome, pour y accueillir sa dulcinée. À vous de découvrir jusqu’où iront les exigences d’Hannah et si le désir cultivé par Merlin, pour lequel nous avons ressenti de la compassion, aboutira ou pas.
Au fil de la lecture, nous nous sommes demandé si Donald George ne jouait pas à son tour avec son lecteur, sa lectrice à nous balader entre fantasmes et réalité, entre fiction et autobiographie. Plusieurs indices permettent légitimement de se demander s’il n’est pas le Merlin énamouré. Quand le personnage invite son élue à une soirée littéraire dans un hôtel de maître bruxellois, impossible de ne pas y voir une allusion aux soirées littéraires organisées par Donald George, avec la complicité de Rony Demaeseneer, à la Maison de la Francité qu’il dirige depuis 10 ans. Nous y avions consacré un reportage paru dans Le Carnet et les Instants n° 194 d’avril 2017.
Terminons en précisant que l’aventure se poursuit au-delà du livre imprimé puisque Donald George nous invite à découvrir son refuge breton sur www.cipango.land.
Michel Torrekens