Une logique d’idiots

Edwin ZACCAI et François OST, L’arche et la tour, Sam­sa, 2025, 70 p., 14 €, ISBN : 978–287593-492–5

zaccai ost l'arche et la tourLa pièce de théâtre, L’arche et la tour se donne à lire comme une forme d’écho à de mul­ti­ples mythes, bibliques et autres, que les deux auteurs Edwin Zac­cai (sci­en­tifique) et François Ost (philosophe et juriste) vien­nent de pub­li­er et de faire jouer… L’arche et la tour se décline comme une fable écologique ou comme un con­te philosophique, pré­cisent les auteurs.

C’est drôle, c’est grotesque, c’est ter­ri­ble, c’est juste, c’est per­cu­tant, c’est ce qu’on demande à une pièce de théâtre d’in­ter­ven­tion sociale et poli­tique con­tem­po­raine. C’est comme une nou­velle forme d’Agit­prop (anci­en­nement… Agi­ta­tion pro­pa­gande) mât­inée des fusées de la logique des idiots héri­tiers du Père Ubu. Dans un style enlevé et red­outable­ment cohérent, cette dra­maturgie relayant les deux images de la Tour et de l’Arche évoque évidem­ment Babel et Noé et c’est, dans une décli­nai­son écologique que les auteurs ont décidé de remet­tre en jeu ces deux grands mythes fon­da­teurs.

Il s’ag­it d’une tour arro­gante, bien sûr, gérée par la Com­pag­nie Babil-One, dressée dans un envi­ron­nement qui se dérè­gle et où le niveau des eaux monte… D’où l’Arche… et dans cette arche il y a « un peu de tout » : un ours, une cyborg, des per­son­nages déli­rants sai­sis dans la ponc­tu­al­ité des temps du babil, un jeune ingénieur Jim… C’est l’oc­ca­sion pour les auteurs de s’in­ter­roger sur la ques­tion impérieuse des ressources naturelles (on pense à la ques­tion de l’eau aujour­d’hui) et de la cor­rup­tion d’un con­flit général comme mode de pen­sée et de vie.

C’est dans une con­struc­tion clas­sique en trois actes que cette pièce met en jeu les débor­de­ments déli­rants et dialogiques pseu­do-sci­en­tifiques de notre époque. L’ex­cès est sou­vent le signe de l’inu­tile et l’inutile a besoin de rhé­torique pour se faire désir­er. Edwin Zac­cai et François Ost maitrisent par­faite­ment la ratio­nal­ité dialogique de l’ab­surde, la minu­tie obses­sion­nelle de l’id­i­otie et l’arrogance de la cor­rup­tion de l’esprit. Ils jouent avec la maes­tria de deux équilib­ristes des lieux com­muns, des clichés, des phras­es toutes faites de la bon­hom­mie bien­veil­lante des per­vers du temps.

Eva, avec une voix plus humaine :  La fra­ter­nité n’est qu’une idée humaine, la sol­i­dar­ité est une idée uni­verselle.
Lili : Eh bien c’est pas mal ça ! Bra­vo Eva, la tech­nolo­gie a du bon. C’est de qui ?
Eva : Je ne sais pas. Vic­tor Hugo, ou alors Chat GPT ?

Et c’est ain­si que la pièce se clô­ture, dans une féroce ironie qui évoque le brouil­lard cul­turel et philosophique de nom­bre de nos con­tem­po­rains…

Une pièce pour tous publics et un sup­port péd­a­gogique rob­o­ratif au cœur de nos inquié­tudes et pro­jec­tions !

Daniel Simon