Yves SENTE, L’expérience pentagramme, Verso, 2025, 470 p., 21,90 €, ISBN : 978–2‑38643–130‑2
Une brique, des allures de roman de l’été. Un label, Verso, vers lequel le Seuil déverse ses romans « grand public ». Un auteur, Yves Sente, qui s’est fait connaitre à travers des BD populaires (Blake et Mortimer, XIII ou Thorgal), qu’un bandeau annonce comme « l’un des grands scénaristes » de ces séries. Réticences ! Mais le feu orange passe au vert dès les premières pages de L’expérience pentagramme.
Le prologue est bien écrit, la narration alerte, on est précipité au côté d’une Lauren au passé trouble qui tente de fuir une base militaire secrète située « quelque part entre l’Arizona, le Nouveau-Mexique et le Mexique ». Les scènes sont cinématographiques. On visualise des décors, des personnages (les gardiens du site, Simon et Garfunkel), la course éperdue dans le désert, le bar où l’espoir se tend un instant… Suspense, action. Dialogues enlevés, comme lorsqu’un pandore demande des munitions pour son Glock 45 :
- Deux boîtes de suppositoires pour le gamin. Il toussote ces temps-ci.
Le lecteur a même droit à des saillies d’écriture :
Le courage n’est pas une question de nature, c’est souvent une question de moment. D’opportunité.
Quinze pages ont suffi. Qui plantent une atmosphère, un rythme, un appétit. Que va-t-il advenir de Lauren ? Les jeunes gens de bonne famille éméchés qu’elle a croisés vont-ils s’avérer autre chose que d’insignifiants « fils à papa », et lui venir en aide ?
Un thriller qui zigzague entre des balises
Le roman se poursuit à l’américaine. Yves Sente n’est pas pour rien un lecteur de Clancy, Crichton, Brown ou Grisham, tous adaptés au cinéma. Mais, bien vite, on pensera à sa proximité avec Jean Van Hamme, créateur du plus célèbre amnésique mis en planches (un XIII largement inspiré par le Jason Bourne de Robert Ludlum) et repreneur du Olrik de Jacobs (la victime des ondes du docteur Septimus). C’est que… Un programme (« Pentagramme ») confidentiel pour transformer des militaires, quitte à franchir les lignes rouges… Des cobayes qui s’échappent…
Un récit orchestré
Dans le premier chapitre, une journaliste, Laura, réalise un reportage dans un centre spatial du Maryland. Elle espère avoir un peu de chance, poser les bonnes questions, dépasser son « public de retraités », intéresser des chaînes plus importantes. Mais ne voilà-t-il pas qu’une alerte se déclenche : une éruption solaire d’ampleur inhabituelle a débuté et menace la Terre…
Le deuxième chapitre nous emmène au côté d’un autre journaliste, John Fox. Il recherche une jeune disparue dans les bas-fonds de Chicago. Il a entamé l’écriture d’un journal intime, pour narrer à un ami policier la trame tragique qui a précédé ses présentes investigations.
D’autres personnages vont apparaitre. Le capitaine Damon Sheperd veut déserter et s’en s’ouvre à la psy qui le traite suite au décès par overdose d’un fils. Mais il y a encore Linda Wayne, Mark et Karen Clagett. Des traumatisés. Tous. Qui ont jadis accepté de suivre une thérapie révolutionnaire. Ils ne se connaissent pas. Ils vivent aux quatre coins des States mais une voix, à l’intérieur de leurs têtes, leur intime de gagner l’Europe : ils doivent se mettre en marche, trouver « le sujet n° 1 ».
Belgitude !
Les différents fils du récit finissent par mener en Belgique, à Waterloo, où John Fox va s’installer, découvrir que ses voisins sont souvent américains, avec des vies, des passés qui « présentent de troublantes similitudes avec son propre vécu ». Un tel hasard est-il possible ?
À l’arrière-plan, la Butte du Lion, le musée Wellington, le bois de la Cambre, quelques enseignes ou perles gastronomiques locales.
La suite ?
Il faut attendre la page 142 pour voir débarquer dans l’aventure l’irrésistible commandante de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), Waya Wings, dont la couverture annonce la première enquête, anticipant un statut d’héroïne récurrente. Tous les fils vont converger. Base secrète et expérimentations diaboliques, maux de tête et éruption solaire, poursuivis et poursuivants de tous bords. Vers quel cocktail ?
In fine ?
L’expérience pentagramme peut frustrer un gourmet littéraire par ses clichés, son survol ou la frustration du récit inachevé. Mais Yves Sente, pour un premier roman, manifeste une belle maitrise des codes du genre et invite le lecteur éclectique à s’abandonner à l’addiction partagée des intrigues infinies.
Philippe Remy-Wilkin