L’estran en héritage

Arnaud NIHOUL, La vil­la Aigue-Marine, Genèse, 2025, 242 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑3820103–58

nihoul la villa aigue marineAu décès d’Alice Terneuve, Alis­tair, jour­nal­iste et auteur de car­nets de voy­age écos­sais, et Lau­ryne, pho­tographe améri­caine, décou­vrent que la défunte a fait d’eux ses héri­tiers. Pour­tant, ils ne la con­nais­sent pas, ne l’ont même jamais ren­con­trée, et la dame avait deux fils. Mais l’héritage est une vil­la dont ces derniers ne voulaient pas : la vil­la Aigue-Marine, grande mai­son famil­iale sur une ile peu peu­plée de l’archipel nor­mand de Chausey, han­tée d’un sou­venir trop douloureux pour eux. Famil­iale, la vil­la l’est depuis sa con­struc­tion au début du 20e siè­cle et Alice voulait qu’elle le reste. Or, en retraçant l’histoire de la lignée Terneuve, elle a pu met­tre au jour des branch­es de l’arbre généalogique jusqu’alors incon­nues. Au bout de ses branch­es : Alis­tair et Lau­ryne, qui devront eux-mêmes décou­vrir leur lien avec la famille pour devenir pro­prié­taires du lieu qui a vu les généra­tions se suc­céder, con­tre vents et marées.

Pour men­er leur mis­sion, les deux étrangers emmé­na­gent dans la bâtisse et com­men­cent leurs recherch­es sur cette famille qu’ils ne soupçon­naient pas être la leur. Cinq généra­tions vont se révéler à eux, par­fois de façon inat­ten­due. Et leurs décou­vertes ne se lim­iteront pas à leurs liens de par­en­té : ils iront à la ren­con­tre des habi­tants de l’ile et… d’eux-mêmes. Car s’ils se plient de bonne grâce aux dernières volon­tés d’une incon­nue, c’est avant tout parce qu’ils sont tous les deux à un car­refour de leur vie.

Dans La vil­la Aigue-Marine, il est ques­tion de repli, d’isolement et de la façon dont cela peut libér­er l’esprit et la capac­ité de ressen­tir les choses. On suit Alis­tair, le nar­ra­teur, dans sa retraite accueil­lie avec plaisir, ses ren­con­tres, ses réflex­ions et ses songes. Isolé sur l’ile, c’est finale­ment le monde qui s’ouvre à lui.

Le réc­it est dense : cinq généra­tions en quelque 200 pages, alter­nant avec la vie sur l’ile et le présent. Par moment, on aimerait pass­er plus de temps avec les ancêtres décou­verts, appréhen­der leurs des­tins avec plus de nuances, creuser un peu qui ils étaient. Sous la plume d’Arnaud Nihoul, les années défi­lent, ce qui n’empêche pas le rythme de ralen­tir çà et là, au gré des marées, pour savour­er les paysages de Chausey, que le roman donne envie de décou­vrir en vrai. Si l’une ou l’autre lib­erté prise par l’auteur vis-à-vis de la con­cor­dance des temps peut dérouter, on notera la sobriété de l’écriture, sim­ple­ment au ser­vice de la nar­ra­tion : le texte donne vie à la vil­la, sans ten­ter de lui vol­er la vedette.

Estelle Piraux

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