Archives par étiquette : maison

Dans la maison vide

Valentine de LE COURT, Une maison bruxelloise, Mols, 2017, 160 p., 17.50 €, ISBN : 978-2-87402-237-1

de le court_une maison bruxelloiseN’est-ce pas l’enfer pour une mère que de devoir abandonner au loin ses enfants, même temporairement, pour trouver les moyens d’assurer leur subsistance ? C’est bien ce que vit Maria-Fernanda, une jeune femme brésilienne qui a pris l’avion pour la Belgique et se retrouve à Bruxelles accueillie par une connaissance de sa cousine, dans une ville et une société dont elle ignore tout. Continuer la lecture

Se retrouver chez Mauriac à Malagar, et se trouver

Claude FROIDMONT, Chez Mauriac à Malagar, Les Impressions nouvelles, 2016, 240 p., 18 €/ePub : 9.99 €   ISBN : 978-2-87449-321-8

froidmontLes trajets d’une vie sont parfois – et fort heureusement – faits de circonstances où le hasard tient sa place. Si les talents d’historien et de conteur d’Henri Guillemin, célèbre chroniqueur médiatique des années 1960, 70 et 80, n’étaient pas parvenus aux oreilles de Claude Froidmont (c’est le pseudonyme d’un Liégeois, aujourd’hui professeur de lettres à Bordeaux), nous n’aurions pas entre les mains ce livre, Chez Mauriac à Malagar. Continuer la lecture

Demeure le souvenir d’une amitié ronde et pleine

Claire HUYNEN, À ma place, Cherche midi, 2016, 123 p., 12 €/ePub : 9.99 €

huynenLa subtile nuance, si déplaçable, entre Love and Friendship, se rappelle à nous grâce au  film récent ainsi titré, qui est l’adaptation cinématographique du premier roman de Jane Austen,  Lady Susan. Pourquoi recourir à l’anglais pour évoquer le dernier roman de Claire Huynen, À ma place ? Parce que le rapprochement s’est imposé par la formule compacte et si aisément assimilable qu’on n’a pas cru nécessaire d’en donner une version française, et aussi, parce que le précédent d’une romancière anglaise si experte dans l’analyse des sentiments humains susceptible d’encore inspirer des relectures et transpositions n’est pas inadéquat. En effet, tout, dans le bref roman de Claire Huynen, invite, à l’instar d’Austen,  à nuancer, ou plus exactement à hésiter, peu mais souvent comme en est le mouvement, à aller dans un sens et à en revenir pour en suivre un autre. Cela en toute légèreté. Certes, dès les premières pages du roman, une information matérielle est donnée, dont l’importance apparaît définitive. Continuer la lecture

Secrets de soupente

Patrick DELPERDANGE, Le cliquetis, Genèse Éditions, 2016, 194p., 20.5 €/ePub : 14.99 €

delperdangeImaginez une demeure de plus d’un siècle, un peu décrépie, mais au pouls vaillant. Prête à vous confier les mystères qui l’ont traversée au fil des ans ou à vous révéler les petits secrets de chacun de ses occupants actuels. Cette maison, c’est elle qui endosse le récit, nous présentant Maïa, la concierge grecque toujours fidèle au poste et Monsieur Godefroid, le chercheur acariâtre qui s’escrime sur ses vieux livres depuis au moins 20 ans. Charles et Marthe Laurent, un couple âgé, discret, et toujours amoureux qui rêve de retourner aux Contamines, où leur histoire s’est scellée. Les Messier qui ont du mal à se parler car monsieur est toujours le nez plongé dans ses recherches chimiques. Leurs deux enfants, Clara, qui adore dessiner, et Jonathan qui pense que sa sœur est un peu folle. Madame de Pasquale en déshabillé de soie et crinière blonde, et son majordome qui veille au grain. Tous sont habités par des secrets, des regrets qui finiront par exsuder à la suite d’un incident anodin : un cliquetis permanent, agaçant et inexplicable venant de la soupente dissimulée du quatrième étage, que des ouvriers viendront mettre au jour. De quelle existence tragique cette petite pièce fut-elle le témoin ? Quand on fissure son mur, ne fracture-t-on pas aussi la moelle épinière d’une maison ? Continuer la lecture

Retarder la narration peut faire mourir

Un coup de coeur du Carnet

Emmanuel RÉGNIEZ, Notre Château, Le Tripode, 2016, 160 p., 15 €

regniezL’actualité littéraire fatigue. Biopics pseudo-sulfureux, autofictions écrites avec les pieds, tyrannie du « sujet ». Heureusement, il reste des écrivains qui se fichent de la mode, et qui nous offrent des bijoux. « Prétendons qu’il y a un chemin pour traverser le miroir et passer dans la maison de l’au-delà ».

« C’est à 11h03, le samedi 2 avril, que l’on a sonné à la porte de Notre Château. C’était extraordinaire. Cela n’arrive jamais. On ne sonne pas chez nous. On ne sonne jamais à la porte de Notre Château. » C’est sur ce bref et appétissant prologue que s’ouvre le premier roman d’Emmanuel Régniez, une mécanique littéraire de précision en trois parties – les deux premières constituées de dix chapitres, la troisième de treize. Nous reviendrons à l’importance du rythme dans Notre Château. Continuer la lecture