Archives par étiquette : maison

Un nid protégé farouchement

Isabelle STEENEBRUGGEN, La mai­son des bis­cuits, 180°, 2025, 390 p., 23 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑94072–166‑5

steenebruggen la maison des biscuitsLe nou­veau roman d’Isabelle Steene­bruggen nous donne à lire une saga famil­iale divisée en cinq par­ties, ponc­tuée par les événe­ments roy­aux et poli­tiques qui ont mar­qué la Bel­gique. L’histoire com­mence au retour d’Ovide, qui a par­ticipé à la Grande Guerre. Il retrou­ve sa femme, Clarisse, et ses qua­tre enfants dans leur vaste mai­son Art nou­veau à Brux­elles. Nous décou­vrons alors une famille très chré­ti­enne où les enfants sont élevés dans la foi, les filles appren­nent les bonnes manières, l’art de recevoir et de tenir une mai­son pour « faire un bon mariage », tan­dis que les garçons sont élevés pour effectuer des études de droit et avoir une belle car­rière. Con­tin­uer la lec­ture

Le récit forme la mémoire et les lieux

Claire GATINEAU, Debout sur le toit, La place, 2025, 128 p., 16 €, ISBN : 978–2‑9602918–5‑8

gatineau debout sur le toitDebout sur le toit invite à penser que notre rap­port aux lieux s’établit dès notre enfance. Petite, la nar­ra­trice – « la femme », dans le réc­it – habitait dans une demeure « pleine de maisons minia­tures », par­ents archi­tectes oblig­ent. Elle et son père « ouvraient les portes des maisons vides et se glis­saient entre leurs murs pour les mesur­er ». En elle, cette curiosité s’est établie. Un corps peut être appelé par un espace. Un jour, la « mai­son minus­cule tout en hau­teur » d’un quarti­er très médi­atisé de Brux­elles se noue au ven­tre de la femme. Après avoir ren­du toutes les clés des théâtres, elle fait l’acquisition d’une nou­velle. Avec ce manuel hybride foi­son­nant, Claire Gatineau déplie les étapes d’appropriation d’un lieu, innervé par les réc­its du corps qui l’investit. Con­tin­uer la lec­ture

L’estran en héritage

Arnaud NIHOUL, La vil­la Aigue-Marine, Genèse, 2025, 242 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑3820103–58

nihoul la villa aigue marineAu décès d’Alice Terneuve, Alis­tair, jour­nal­iste et auteur de car­nets de voy­age écos­sais, et Lau­ryne, pho­tographe améri­caine, décou­vrent que la défunte a fait d’eux ses héri­tiers. Pour­tant, ils ne la con­nais­sent pas, ne l’ont même jamais ren­con­trée, et la dame avait deux fils. Mais l’héritage est une vil­la dont ces derniers ne voulaient pas : la vil­la Aigue-Marine, grande mai­son famil­iale sur une ile peu peu­plée de l’archipel nor­mand de Chausey, han­tée d’un sou­venir trop douloureux pour eux. Famil­iale, la vil­la l’est depuis sa con­struc­tion au début du 20e siè­cle et Alice voulait qu’elle le reste. Or, en retraçant l’histoire de la lignée Terneuve, elle a pu met­tre au jour des branch­es de l’arbre généalogique jusqu’alors incon­nues. Au bout de ses branch­es : Alis­tair et Lau­ryne, qui devront eux-mêmes décou­vrir leur lien avec la famille pour devenir pro­prié­taires du lieu qui a vu les généra­tions se suc­céder, con­tre vents et marées. Con­tin­uer la lec­ture

Ode à la rencontre

Jacque­line CALEMBERT, La mai­son du frère, Acad­e­mia, 2023, 146 p., 15 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3247‑5

calembert la maison du frereLe réc­it de Jacque­line Calem­bert nous fait décou­vrir la vie de Clé­mence, une femme mûre qui s’apprête à aller se repos­er une quin­zaine de jours dans la mai­son de son frère non loin des Hautes Alpes. Suite au désis­te­ment de sa fille, Clé­mence pro­pose à ses col­lègues de l’accompagner et elle décou­vre avec sur­prise que le jeune et énig­ma­tique Las­z­lo se pro­pose de faire route avec elle. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du miroir

Aliénor DEBROCQ, Mai­son miroir, Rouer­gue, coll. « La Brune », 2022, 304 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782812623509

debrocq maison miroir« Rose passe la plu­part de ses journées chez elle. Avant, elle y rece­vait aus­si ses clients, mais elle a mod­i­fié ses habi­tudes depuis que la mai­son voi­sine est dev­enue une boîte à déci­bels. Elle n’ose plus accueil­lir per­son­ne, se sent prise en otage du vacarme, guette avec crainte le retour de la mar­maille, comme la nomme son mari. Dès que la petite troupe bar­i­olée passe le por­tail et s’engouffre à côté, Rose sait que le tin­ta­marre va tra­vers­er les murs. Finie, la tran­quil­lité. » Tel est le quo­ti­di­en sonore de cette quadra bour­geoise­ment instal­lée au creux d’un quarti­er vert de la ban­lieue brux­el­loise. Avant, le calme rég­nait. Avant, Rose ne se claque­mu­rait pas non plus chez elle. Elle menait une car­rière d’architecte con­scien­cieuse, d’épouse établie, de mère atten­tive à sa Boucles d’Or. Elle avançait sans se pos­er (trop) de ques­tions, suiv­ant le mou­ve­ment, inter­agis­sant par­faite­ment. Cer­tains trou­bles la tra­ver­saient bien enten­du ; ils demeu­raient juste assez inof­fen­sifs quant à la sta­bil­ité des fonde­ments de son exis­tence. Mais avant, Rose n’avait pas per­du son bébé ni subi de cure­tage, et n’était pas encore cette présence d’éther détachée du monde et pour­tant douloureuse­ment con­sciente de ses priv­ilèges. Avant, tout était moins déli­cat, et plus silen­cieux. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la maison vide

Valen­tine de LE COURT, Une mai­son brux­el­loise, Mols, 2017, 160 p., 17.50 €, ISBN : 978–2‑87402–237‑1

de le court_une maison bruxelloiseN’est-ce pas l’enfer pour une mère que de devoir aban­don­ner au loin ses enfants, même tem­po­raire­ment, pour trou­ver les moyens d’assurer leur sub­sis­tance ? C’est bien ce que vit Maria-Fer­nan­da, une jeune femme brésili­enne qui a pris l’avion pour la Bel­gique et se retrou­ve à Brux­elles accueil­lie par une con­nais­sance de sa cou­sine, dans une ville et une société dont elle ignore tout. Con­tin­uer la lec­ture

Se retrouver chez Mauriac à Malagar, et se trouver

Claude FROIDMONT, Chez Mau­ri­ac à Mala­gar, Les Impres­sions nou­velles, 2016, 240 p., 18 €/ePub : 9.99 €   ISBN : 978–2‑87449–321‑8

froidmontLes tra­jets d’une vie sont par­fois – et fort heureuse­ment – faits de cir­con­stances où le hasard tient sa place. Si les tal­ents d’historien et de con­teur d’Henri Guillemin, célèbre chroniqueur médi­a­tique des années 1960, 70 et 80, n’étaient pas par­venus aux oreilles de Claude Froid­mont (c’est le pseu­do­nyme d’un Lié­geois, aujourd’hui pro­fesseur de let­tres à Bor­deaux), nous n’aurions pas entre les mains ce livre, Chez Mau­ri­ac à Mala­gar. Con­tin­uer la lec­ture

Demeure le souvenir d’une amitié ronde et pleine

Claire HUYNEN, À ma place, Cherche midi, 2016, 123 p., 12 €/ePub : 9.99 €

huynenLa sub­tile nuance, si déplaçable, entre Love and Friend­ship, se rap­pelle à nous grâce au  film récent ain­si titré, qui est l’adaptation ciné­matographique du pre­mier roman de Jane Austen,  Lady Susan. Pourquoi recourir à l’anglais pour évo­quer le dernier roman de Claire Huy­nen, À ma place ? Parce que le rap­proche­ment s’est imposé par la for­mule com­pacte et si aisé­ment assim­i­l­able qu’on n’a pas cru néces­saire d’en don­ner une ver­sion française, et aus­si, parce que le précé­dent d’une roman­cière anglaise si experte dans l’analyse des sen­ti­ments humains sus­cep­ti­ble d’encore inspir­er des relec­tures et trans­po­si­tions n’est pas inadéquat. En effet, tout, dans le bref roman de Claire Huy­nen, invite, à l’instar d’Austen,  à nuancer, ou plus exacte­ment à hésiter, peu mais sou­vent comme en est le mou­ve­ment, à aller dans un sens et à en revenir pour en suiv­re un autre. Cela en toute légèreté. Certes, dès les pre­mières pages du roman, une infor­ma­tion matérielle est don­née, dont l’importance appa­raît défini­tive. Con­tin­uer la lec­ture

Secrets de soupente

Patrick DELPERDANGE, Le cli­quetis, Genèse Édi­tions, 2016, 194p., 20.5 €/ePub : 14.99 €

delperdangeImag­inez une demeure de plus d’un siè­cle, un peu décrépie, mais au pouls vail­lant. Prête à vous con­fi­er les mys­tères qui l’ont tra­ver­sée au fil des ans ou à vous révéler les petits secrets de cha­cun de ses occu­pants actuels. Cette mai­son, c’est elle qui endosse le réc­it, nous présen­tant Maïa, la concierge grecque tou­jours fidèle au poste et Mon­sieur Gode­froid, le chercheur acar­iâtre qui s’escrime sur ses vieux livres depuis au moins 20 ans. Charles et Marthe Lau­rent, un cou­ple âgé, dis­cret, et tou­jours amoureux qui rêve de retourn­er aux Con­t­a­mines, où leur his­toire s’est scel­lée. Les Messier qui ont du mal à se par­ler car mon­sieur est tou­jours le nez plongé dans ses recherch­es chim­iques. Leurs deux enfants, Clara, qui adore dessin­er, et Jonathan qui pense que sa sœur est un peu folle. Madame de Pasquale en désha­bil­lé de soie et crinière blonde, et son major­dome qui veille au grain. Tous sont habités par des secrets, des regrets qui finiront par exsud­er à la suite d’un inci­dent anodin : un cli­quetis per­ma­nent, agaçant et inex­plic­a­ble venant de la soupente dis­simulée du qua­trième étage, que des ouvri­ers vien­dront met­tre au jour. De quelle exis­tence trag­ique cette petite pièce fut-elle le témoin ? Quand on fis­sure son mur, ne frac­ture-t-on pas aus­si la moelle épinière d’une mai­son ? Con­tin­uer la lec­ture

Retarder la narration peut faire mourir

Un coup de coeur du Carnet

Emmanuel RÉGNIEZ, Notre Château, Le Tripode, 2016, 160 p., 15 €

regniezL’actualité lit­téraire fatigue. Biopics pseu­do-sul­fureux, aut­ofic­tions écrites avec les pieds, tyran­nie du « sujet ». Heureuse­ment, il reste des écrivains qui se fichent de la mode, et qui nous offrent des bijoux. « Pré­ten­dons qu’il y a un chemin pour tra­vers­er le miroir et pass­er dans la mai­son de l’au-delà ».

« C’est à 11h03, le same­di 2 avril, que l’on a son­né à la porte de Notre Château. C’était extra­or­di­naire. Cela n’arrive jamais. On ne sonne pas chez nous. On ne sonne jamais à la porte de Notre Château. » C’est sur ce bref et appétis­sant pro­logue que s’ouvre le pre­mier roman d’Emmanuel Rég­niez, une mécanique lit­téraire de pré­ci­sion en trois par­ties – les deux pre­mières con­sti­tuées de dix chapitres, la troisième de treize. Nous revien­drons à l’importance du rythme dans Notre Château. Con­tin­uer la lec­ture