Paul VANDERSTAPPEN, Élia, M.E.O., 2025, 97 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑80700–510‑5
Hugo est un journaliste qui a pris l’habitude de rédiger ses chroniques pour un journal dans un café qu’il affectionne particulièrement. Un jour, il y rencontre Élia, une femme de son âge à l’attitude intrigante. En réalité, elle a été séduite par le dernier article qu’il a écrit sur les arbres et elle cherche maladroitement à communiquer avec lui. Malgré son désir de rencontrer Hugo, Élia a un comportement quelque peu timoré. Elle se livre à demi-mots et s’effarouche vite lorsque Hugo tente des approches pour mieux la connaitre. C’est qu’elle a grandi dans la solitude et a appris à se méfier assez tôt des êtres humains, préférant la compagnie rassurante des arbres et des animaux.
Hugo et Élia vont peu à peu prendre l’habitude de se croiser dans leur café afin d’échanger dans un premier temps sur l’écriture, une passion commune, même s’ils ont chacun un rapport différent aux mots.
- Vous aimez jouer avec les mots ! On dirait qu’ils vous accompagnent, qu’ils sont vos alliés.
- Ils ne me lâchent plus ; parfois même ils me poursuivent. Et les vôtres, comment se comportent-ils ?
- Je n’ai pas votre chance, du moins votre facilité. Moi, ils me font souffrir : je me bats souvent avec eux. Je me demande pourquoi je cherche à leur faire dire ce qu’ils me cachent ; j’ai toujours l’impression qu’ils me mentent, qu’ils ne me révèlent qu’une partie de la vérité […] c’est épuisant à la longue, c’est comme s’il y avait une intrigue en moi que je n’arrive jamais à résoudre.
Élia dévoile petit à petit son questionnement sur ses origines, pressentant un secret de famille. De son côté, Hugo entame la rédaction de son prochain roman sur leur rencontre, troublé par cette femme dont l’histoire résonne étrangement en lui, avec cette impression tenace de déjà-vu. Son père étant en maison de repos avec une santé de plus en plus précaire, Hugo est également aspiré par son passé et ses zones d’ombre. Une complicité nait progressivement entre ces deux héros qui s’interrogent sur leur passé et ses traces…
Vous êtes des résilients, chacun utilise ses armes pour s’en sortir ; elle avec ses amis du grenier et toi avec ton écriture, vous nourrissez votre peur pour ne plus avoir peur. […] Cette rencontre n’est pas fortuite, elle te renvoie à ton passé, que tu ne cesses de ressasser dans l’espoir de mieux le connaître et tenter ainsi de donner du sens à ta vie. Chacun de vous deux a quelque chose à échanger avec l’autre. Un secret à partager. Vous avez en vous quelque chose de l’autre qui vous renvoie à vous-même, mais que vous n’arrivez pas à reconnaître. Vos histoires de vie se croisent et entrent en résonance. Les rêves cherchent peut-être à vous rappeler que vous n’êtes pas seuls, même si vous savez que, dans votre parcours, des gens ont pu vous abandonner ou vous trahir : une sorte de syndrome de l’orphelin.
Dans ce nouvel opus, Paul Vanderstappen nous donne à lire un récit court écrit dans un style simple où l’on découvre la rencontre pas si fortuite que ça de deux êtres ayant perdu trop tôt un parent et habités par l’empreinte d’un secret familial dont ils ignorent tout. Leur amour des mots les réunit et les soutient dans le dévoilement progressif de ce qui leur a été masqué sous prétexte de les protéger, mais qui viendra se révéler en force. L’histoire racontée dans Élia nous rappelle l’intransigeance de l’inconscient, qui peut révéler la vérité dans un cri, mais aussi sa puissance capable de briser des berges façonnées dans le passé. On regrettera toutefois une issue assez prévisible à l’histoire.
Séverine Radoux
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