Jocelyne DESSEILLE, Belgiques, Ker, coll. « Belgiques », 2025, 157 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–495‑6
Jocelyne Desseille nous propose une vingtaine de courtes nouvelles ancrées dans la Belgique, plus particulièrement la région de Liège, nous offrant une mosaïque de portraits de personnages que l’on pourrait qualifier de monsieur et madame tout-le-monde dans leur quotidien.
Nous sommes ainsi amenés à suivre sans transition les péripéties d’une petite fille de 10 ans qui tente de trouver sa place dans la fratrie, un homme en conflit avec son frère pour la répartition de l’héritage, une marginale aux longs cheveux gris bientôt délogée de sa cabane dans les bois, une SDF poursuivie par un satyre dans les rues de Liège, un psy employé dans des pompes funèbres, ou encore un ancien sous-traitant de négociant en vin reconverti en arnaqueur.
Aujourd’hui, je dois faire face à une nouvelle tuile. « Michel, je veux mon héritage », m’a dit mon frère. Et ce sournois de notaire dit que si je ne peux pas lui rembourser sa part, je dois vendre la maison. Moi, j’y vis depuis que je suis né. Je me suis occupé de mes parents jusqu’à leur dernier souffle. Je la mérite bien, ma ferme. En plus, Claudy, il a une belle villa à Paliseul. Moi, je serai obligé de prendre un logement social en ville. Ce n’est pas possible. J’aime les bois autour du village. J’aime promener mon chien le soir, jusqu’au vieux château. Le bâtiment en impose. Il est grand, majestueux, on dit même qu’il a appartenu aux ducs de Bourgogne au Moyen Âge et que plus tard, Léopold Ier l’a acheté, même si personne n’a jamais vu ce roi-là dans les rues du village.
À travers des tableaux aux touches impressionnistes, l’autrice, qui signe avec ce Belgiques son premier livre, nous offre avec un style spontané et minimaliste des histoires tantôt drôles, tantôt tristes, avec une certaine légèreté, même quand la réalité est plus difficile à vivre.
Le train pour Paris est annoncé. Je pense à Sébastien, mon fils installé là-bas depuis deux ans. Lui aussi a fui son père. Les boutiques ont fermé. Il ne reste plus que les trains qui grondent à l’étage. Là, le soleil, disparu depuis des jours, n’éclaire plus les vitres multicolores du plafond. Les femmes seules baissent la tête. Elles ont peur. Qu’on regarde leurs yeux, qu’on déshabille leur corps. Rien n’est fait pour les sécuriser. Et dans la ville, on a éloigné les lumières, on a exclu les voitures qui laissent espérer un œil protecteur ou au moins une illusion de sécurité. Si bien que le soir, la ville sera de plus en plus déserte, livrée au non-droit. En éloignant les voitures pour laisser la place aux piétons, les villes ont multiplié les coupe-gorge. L’ombre de Jack l’Éventreur rôde.
Nous sommes amenés à palper l’âme belge dans sa simplicité, avec son atmosphère, ses traditions, son métissage linguistique, mais aussi les événements qui ont jadis marqué les esprits (les tueurs fous du Brabant, le conflit politique dans les Fourons ou la fusillade de la Place Saint-Lambert en 2011, pour ne pas les citer).
Belgiques, un recueil de nouvelles à lire quand on veut se rappeler que finalement, notre pays n’est pas si mal que ça, même s’il est parfois compliqué…
Séverine Radoux