Les poètes de la rue Ducale. Anthologie poétique, Introduction et choix par Yves Namur, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 2025, 247 p., 20 €, ISBN 978–3‑8032–0093‑1
Qu’est-ce au juste que cette « rue Ducale » ? De quand date sa réunion de poètes ? Qui en fit (fait) partie ? L’énigme – bénigne – s’éclaire bientôt si l’on s’avise qu’une rue Ducale borde le Parc Royal à Bruxelles et longe le Palais des Académies royales, dont celle des écrivains francophones… Convenons-en, un titre comme “Nos poètes académiciens” eût paru plus compassé, voire intimidant. Or, il s’agit avec cette nouvelle anthologie de sortir des armoires tout un pan de notre littérature, de la fin 19e à aujourd’hui, pour opérer une remise en lumière et un grand brassage intergénérationnel. Yves Namur, qui collabora jadis avec Liliane Wouters, est un anthologiste expérimenté. Il a choisi de ranger les textes en suivant non l’ordre historique de leur parution mais l’ordre alphabétique des noms d’auteur(trice), ce qui engendre des voisinages inattendus et parfois même dissonants : Véronique Bergen et Charles Bernard, Edmond Vandercammen et Fernand Verhesen, Jeanine Moulin et Pierre Nothomb… Ainsi, loin du carcan chronologique, le volume progresse par sauts et contrastes où l’idiosyncrasie de chaque auteur(trice) est mise en relief par celle de ses commensaux(ales), non sans produire un plaisant effet de chine.
De la poésie française de Belgique, l’anthologie donne donc une image inhabituelle. Généralement jugés incontournables, les non-académiciens tels que Verhaeren, Van Lerberghe, Michaux, Norge, Verheggen ou Izoard n’y figurent pas. Il en va de même des courants surréaliste, expérimental, hermétique, verboludique ou enfantin. Plus étonnante, l’absence d’un certain Yves Namur, sans doute par excès de modestie. Reflet d’un passé patriarcal, neuf femmes seulement côtoient quarante-huit hommes. Pour la plupart d’entre elles et d’entre eux, l’écriture poétique n’est qu’une partie – parfois très discrète – de leur production littéraire, à côté du roman, du théâtre ou de l’essai : une sorte de respiration libératrice entre les contraintes de genres plus fortement normés. Au fil des pages, l’on découvre ainsi une création variée dans le choix des thèmes et des styles, le plus souvent placée sous l’égide du « je », rarement sereine, dont l’imaginaire va du monde industriel au souvenir nostalgique en passant par les saveurs de la vie et de l’exotisme. Bref, une poésie dans l’ensemble plutôt sage, aisément accessible à un public non spécialisé, idéale donc pour remplir à son égard une fonction initiatique.
Daniel Laroche