Archives par étiquette : anthologie

Les mondes sensibles de Béatrice Libert

Béatrice LIBERT, Ce qui vieillit sur la patience des fruits verts : anthologie, Choix et préface d’Yves Namur, Peintures de Francis Joiris, Taillis Pré, 2018, 180 p., 20 €, ISBN : 978-2-87450-129-6</span>

libert ce qui vieillit sur la patience des fruits vertsYves Namur a signé de nombreuses anthologies de qualité, seul ou en tandem avec la regrettée Liliane Wouters. Son catalogue du Taillis Pré atteste de ses goûts et de son jugement d’éditeur. Tout choix étant un parti-pris, il est inévitable que le travail d’éditeur ou d’anthologiste soit sujet à controverse : il en assume parfaitement le risque depuis le début des années 1980. Et il rend ici justice à un poète auquel les landerneaux littéraires successifs ont prêté, comme à beaucoup de femmes dans l’histoire des Lettres, une attention trop souvent superficielle. Béatrice Libert n’est pourtant pas une inconnue : pédagogue, animatrice d’ateliers d’écriture et de collections littéraires, dont l’une dédiée à la jeunesse, elle est sensible aux arts plastiques. En atteste dans la présente édition la mise en valeur d’un Francis Joiris, artiste liégeois tout à fait particulier dont l’univers fascinant est digne de l’Arte Povera. Cette sensibilité picturale est présente aussi dans la bibliographie du poète, où figurent nombre de livres avec des plasticiens contemporains, ainsi que dans son art poétique personnel, où la peinture est, soit thème inspirant, soit présente dans sa manière de voir le monde. Continuer la lecture

Plaisirs littéraire… et linguistique

Michèle LENOBLE-PINSON, Écrire sans faute. Dictées lues, commentées et corrigées. Inclus : version audio en ligne,  De Boeck Supérieur, coll. « Entre guillemets », 2017, 206 p., 19.50 €, ISBN : 9782807315259

lenoble pinsonÉcrire sans faute. Un recueil de trente-trois dictées choisies principalement parmi celles proposées par les Championnats d’orthographe entre 1992 et 2016, auxquelles Michèle Lenoble-Pinson, présidente desdits Championnats, en a joint quelques nouvelles, puisées notamment dans l’œuvre du surréaliste Marcel Mariën et dans celle de Jean Ray, grande figure du domaine fantastique. Continuer la lecture

Maurice Carême, aux fenêtres du temps

Maurice CARÊME, Nonante-neuf poèmes, Choix anthologique et postface de Rony Demaeseneer, Christian Libens et Rossano Rosi, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 159 p., 8 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978-2-87568-251-2

careme nonante neuf poemesSon art est la simplicité même. On a souvent confondu cette limpidité qui semble couler de source, cette fantaisie dansante, cette grâce musicale, avec la candeur, voire le simplisme, d’une poésie dédiée aux enfants – Maurice Carême, poète des écoliers – sans soupçonner la versification subtile ni envisager les thématiques qu’elles recèlent. Continuer la lecture

En un soigneux désordre

Un coup de cœur du Carnet

Belgium Bordelio 2, L’Arbre à paroles et PoëzieCentrum, 2017, 560 p., 24.50 €, ISBN : 978-2-87406-648-1

belgium bordelio.jpgLe 8 juin 2015, Francine Ghysen rendait compte, dans Le Carnet et les Instants, de l’anthologie bilingue Belgium Bordelio récemment co-éditée par le PoëzieCentrum et L’arbre à paroles ; les maitres d’œuvre Antoine Wauters et Jan H. Mysjkin y présentaient en 454 pages trente poètes contemporains – la plupart étaient nés après 1955 –, dont 15 flamands et 15 francophones. Voici que, le 25 mars dernier, vient de paraitre un deuxième volume basé sur les mêmes principes, mais comptant cent pages de plus et mettant à l’honneur vingt-deux autres poètes. L’artisan principal reste J.H. Mysjkin, qui a effectué le choix des textes, leur traduction et la présentation des auteurs, épaulé par Pierre Gallissaires pour les onze flamands, David Giannoni et A. Wauters pour les onze francophones. Les textes originaux figurent systématiquement sur la page de gauche et leur traduction sur la page de droite, ce qui permet au lecteur pointilleux d’effectuer des comparaisons intéressantes, par exemple quand « hun stippen » devient « leur tiqueture », ou « inter minable » (sic) « einde en loos ». Continuer la lecture

Le rayonnement d’un poète, Européen avant la lettre

Catalogue illustré de l’exposition Verhaeren.Un poète pour l’Europe, 80 p.
Émile VERHAEREN, Les villages illusoires, 2016, Espace Nord, 224 p., 9 €
Émile VERHAEREN, Les Villages illusoiresDorpen van zinsbedrog, traduit par Stefaan Van den Bremt, gravures d’Henri Ramah, 2016, Louvain, éd. P, 80 p.
Émile Verhaeren Veerman, poèmes choisis et traduits par Koen Stassijns, 2016, Lannoo, Tielt, 364 p.

verhaeren europePoète majeur, dramaturge original, critique d’art intuitif et pénétrant, Émile Verhaeren est l’une des grandes figures de notre histoire, de notre culture. L’une des plus chères, qui a marqué notre sensibilité de son souffle, son lyrisme, sa force, sa ferveur.

Chacun de nous garde en mémoire tels vers, telles proses aux accents personnels ; évoque son souvenir en se promenant dans les doux paysages des rives de l’Escaut qu’il a tant chantés.

Mais ce qu’on ne soupçonne pas toujours, c’est le rayonnement de son œuvre et de sa personnalité, célèbres dès la fin des années 1890, et avec plus d’éclat encore entre 1900 et 1910, dans l’Europe entière et jusqu’en Russie. Sa foi dans le vieux continent, son aspiration à une Europe unie, exemplaire (« L’Europe est une forge où se frappe l’idée »). Continuer la lecture

Une urgence : faire vivre la poésie

Yves NAMUR, Les poètes du Taillis Pré. Une anthologie partisane. Châtelineau, Le Taillis Pré, 2014, 308 p., 25 €

Poètes du Taillis PréQuand il crée en 1984 les éditions Le Taillis Pré avec la complicité de Cécile et André Miguel, Yves Namur est déjà un poète confirmé. Dès ses études de médecine à l’UCL, il a suivi des cours de Philosophie et Lettres, relu les philosophes présocratiques, dévoré les recueils de Jacques Izoard, rencontré de futurs écrivains comme Francis Dannemark ou François Emmanuel…  et publié de 1971 à 1977 ses huit premières plaquettes, aussitôt saluées par un audacieux mémoire de licence en philologie romane !  Suivent alors sept années de silence littéraire, que viennent rompre en 1984 les recueils Le toucher et Le Voyage, l’obscène, mais aussi la publication artisanale d’un manuscrit calligraphié par le couple Miguel : Dans l’autre scène. La maison d’édition Le Taillis Pré était née. Certes, les premières parutions sont irrégulières et de volume modeste, mais les auteurs ne sont pas choisis au hasard : Roberto Juarroz, Salah Stétié, Fernand Verhesen, Antonio Ramos Rosa, etc. Comme J. Izoard et quelques rares poètes altruistes, Y. Namur ne se contente pas de son œuvre personnelle, qui prend pourtant dans les années 90 une ampleur considérable et lui vaut de nombreux prix : il éprouve le besoin de mettre en valeur et de faire connaitre les textes qui ont trouvé en lui une forte résonance. Continuer la lecture

Izoard, la matière et le corps

Jacques IZOARD, J’apprenais à écrire, à être : anthologie, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, coll. «  Espace Nord », 2016, 8,55 €

izoardEmpruntant son pseudonyme au col mythique des Hautes-Alpes qu’il a gravi, à 20 ans, lors d’un périple à travers l’Europe, Jacques Izoard, né Delmotte, a très tôt pris conscience de la jouissance des cimes et des poèmes. Car on peut dire d’emblée que l’auteur de La Patrie empaillée (Grasset, 1973) aura voué sa vie à traduire en poésie cette pleine matière du réel qui fonde et façonne son écriture, toute corporelle. Un acte poétique en quelque sorte existentiel et sensoriel, fait de « chair de poète », comme le rappelle, avec pertinence, Gérald Purnelle, dans l’appareil critique qui accompagne l’anthologie récemment parue dans la collection Espace Nord et dont le titre J’apprenais à écrire, à être résume à lui seul l’ancrage-Izoard. Continuer la lecture