Un coup de cœur du Carnet
Gwen GUÉGAN, Claire obscure, Chat polaire, 2025, 76 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–40‑7
Gwen Guégan revient avec ce nouveau rendez-vous, à la fois intime et distant, Claire obscure.
Je lève alors un voile / pour rencontrer cette ombre / méconnue / qui est là, en moi / depuis l’origine
Intime car exprimé de cœur d’auteur à cœur de lecteur. Distant parce que via des pages interposées dans un petit livre carré. Intime car la sensibilité de l’autrice est frappante de simplicité grâce à sa ligne claire, ses couleurs rares, minimales et d’autant plus expressives. Distant parce que la pudeur exige un retrait : à la fois fille et sœur, Gwen Guégan raconte un deuil familial et s’adresse à sa douleur ; personnifiée par ses poèmes, palpable par ses dessins.
Tu es emplie de tristesse / exprime-la / ou tu tomberas malade
Deux branches noires aux feuilles blanches ont poussé entre deux poumons étouffés. Un tableau de Rembrandt, Femme se baignant dans une rivière inspire l’autrice pour se dessiner jusqu’aux mollets couverts d’encre épaisse et noire comme le désespoir. Deux pages plus loin, elle tresse ses cheveux avec des barbelés. Plus tard, ses larmes coulent pour se faire oiseaux s’envolant.
Mélancolie / sensibilité au monde / ou regarder dans les yeux / son désastre / sa splendeur
De la Belgique à la Bretagne, la poétesse a emporté une forme de surréalisme qu’elle sublime du bout de ses doigts et mots. Ses associations paradoxales s’attachent à des émotions peut-être inexplorées jusqu’ici par le genre ; moins abstraites ou conceptuelles, toujours poétiques : la langueur, la résilience, la résonance.
Elle est la caresse / prête à éclore / dans le gouffre
Dans les mots et les traits, Gwen Guégan cherche le contraste caravagesque, l’oxymore heureux, le duel réconcilié d’un repli transformant l en c entre douleur et douceur, pourvu que cela transcende la colère l’ayant plongée dans le puits sans fond d’immortels souvenirs.
C’est la tristesse de ma mère / pour sa première enfant / née puis rappelée / à l’horizon
Marion Millo conclut particulièrement bien la préface avec ceci : « Merci Gwen Guégan de frotter les pierres du deuil et du chagrin avec tant de délicatesse pour en faire jaillir la lumière. Vive. » C’est-à-dire vivre. Et vivre en compagnie de
La nostalgie / non de ce qui fut / mais / de ce qui ne sera plus
Tito Dupret