THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE, Pacénous, Cerisier, 2025, 58 p., 11 €, ISBN : 978–2‑87267–257‑8
Ils arrivent.
Ils ne parlent pas.
Ils dansent.
Ils nous regardent.
En publiant Pacénous, le Théâtre de la Renaissance a voulu prolonger la création publique de ce spectacle-débat qui a eu lieu en 2024. Le mouvement du théâtre-action est né en Fédération Wallonie-Bruxelles dans les années 1970 et le Théâtre de la Renaissance exerce ses activités de rencontre avec les publics, de construction de projets, de partages d’expériences d’animation depuis 40 ans ! Installé à Seraing, le théâtre a voulu, dès le départ, prendre en charge scénique les préoccupations sociales, les questions politiques citoyennes et les conflits de ce qu’on appelait jadis la classe ouvrière, alors encore présente et très active dans cette région.
Les temps ont changé, la composition sociale de la population également, l’emploi s’est diversifié dans sa précarité et le Théâtre de la Renaissance, toujours attentif à cette diversification des douleurs et des luttes sociales, veut ici encore rendre compte des questions les plus épineuses, importantes et urgentes, dans le Monde global et principalement la « rencontre des autres ».
Les Pacénous, les fameux aliens qui viendraient de la planète PACE 451 et qui se présentent comme héritiers du peuple Pacénou vont, lors de la rencontre avec les terriens, provoquer le déploiement des sujets qui font débat, ou plutôt opposition enragée, dans nos sociétés et les médias qui les traversent. L’immigration, les migrants, l’extrême-droite simplificatrice, le chômage de masse, les extrémismes de tous bords et les dérives des réseaux, sont les crêtes des angoisses de notre temps. Pour mieux rendre compte du système de manipulation qui, très souvent, mine l’expérience de ce que, à une époque encore récente, on pouvait appeler des débats, les autrices et auteurs de la pièce tentent de nous faire entendre, à travers un vrai (faux) débat télévisé public, les différents points de vue, les agressions verbales, la mauvaise foi de « politiques » en violentes confrontations. Trois « débatteurs » donc, animés par une journaliste et interrogés par un personnage, une femme issue du public et qui le représenterait.
Une des dimensions importantes de la pièce puise dans cette combinaison perverse des points de vue et où, très souvent, la lapidation des nuances devient la loi commune. Cette guerre du verbe et des confrontations idéologiques fait donc le pari de répondre, avec ironie souvent, si ce n’est un zeste de cynisme, au succès de la provocation de tous les discours extrémistes. Cette création collective ne fait pas l’apologie d’une quelconque réponse toute faite et simpliste aux incertitudes de l’époque mais nous propose de faire entendre la complexité des oppositions et la simplicité même de toute souffrance issue de ces manipulations.
Pacénous déplie ainsi une fresque théâtrale de nos imageries collectives tourmentées par l’inquiétude sociale et les peurs excitées par les extrémismes. Le Théâtre de la Renaissance souhaite ainsi faire surgir une forme de réflexion, comme un vaccin antiviral contre la dégradation inépuisable de nos démocraties.
Daniel Simon