Archives par étiquette : Le Cerisier

Comprendre, c’est commencer à agir

Olivier BONFOND, Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde, Éditions du Cerisier, coll. « Place publique », 2017, 526 p., 25€, ISBN : 2872672044

bonfondPremière ministre britannique de 1979 à 1990, Margaret Thatcher a beaucoup contribué à l’instauration de l’ordre néo-libéral qui mène aujourd’hui le monde. Son mot d’ordre : « There Is No Alternative », en acronyme TINA, signifiait que le capitalisme néo-libéral constituait le seul horizon possible pour le monde occidental. Et que, dès lors, il n’y avait rien d’autre à faire que démanteler les syndicats, privatiser les services publics (santé, transports, éducation), baisser les impôts, défaire le droit du travail, raboter les salaires, s’attaquer au système de protection sociale, favoriser les profits industriels et financiers en précipitant une partie sans cesse croissante de la population laborieuse dans la précarité et la misère. En somme : privatiser, déréglementer et appauvrir les moins nantis. Continuer la lecture

L’Eldorado européen

Franck LIVIN, Terrain vague, Éditions du Cerisier, 2016, 72 p., 9 €  ISBN :  978-2-87267-201-1

livinIften est retrouvé mort dans un terrain vague. Ce jeune médecin algérien résidait clandestinement en Belgique. Sa terre natale semblait l’avoir oublié, comme nombre des siens. Le travail manquait. Seule la belle Europe le faisait encore rêver. Un ami l’y attendait, Abdel, et la sœur de celui-ci, Leila. On lui promettait un travail, l’amour et un avenir plus clément. Alors, après avoir traversé la Méditerranée sur un rafiot de misère, après avoir attendu un temps infini en centre fermé à Lampedusa, après avoir avalé les kilomètres en Italie et en France, Iften a touché le sol du Royaume de Belgique. Mais le rêve a semblé vite avorté. Grâce à Abdel, il avait trouvé un boulot de maçon. Saïd, son patron, qui se disait l’un de siens, n’a eu aucun scrupule à l’exploiter sur ses chantiers, comme tant d’autres. À la clé, un salaire dérisoire, une protection sociale inexistante, des conditions de travail inhumaines, une promesse de papiers jamais tenue et toujours la peur au ventre de se faire arrêter et renvoyer au pays. Pourquoi Iften a-t-il trouvé la mort ? Est-ce dû à un accident de travail ? Peut-être était-il devenu gênant, son esprit contestataire peu à peu se réveillant ?
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Le temps de l’engagement

Pierre ORBAN, Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps, Editions du Cerisier, 2016, 144 p., 12€   ISBN : 978-2-87267-200-4

orbanDepuis plusieurs décennies, les éditions du Cerisier se démarquent du champ éditorial belge par un engagement politique et sociétal. Cet engagement se retrouve dans leurs différentes collections et publications. Aujourd’hui parait ainsi un nouveau roman, Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps, écrit par Pierre Orban, dans la collection « Faits et geste ». S’il s’agit d’un roman, il puise néanmoins ses sources d’inspiration dans une réalité très concrète : la crise économique en Espagne et le mouvement des « Indignés » qui en découle. Pour donner corps à cette matière politiquement très dense, l’écrivain a choisi deux héroïnes, Alba et Luna, deux jeunes que tout oppose et rapproche en même temps. Continuer la lecture

Pour que la culture embrasse les cultures

Jean HURSTEL, Cultures des lisières. Éloge des passeurs, contrebandiers et autres explorateurs, Éditions du Cerisier, coll. « Place publique », 2016, 144 p., 12 €   ISBN : 978-2872671960

hurstel.jpgCultures des lisières. Un beau titre, plein de promesses, au sous-titre excitant Éloge des passeurs, contrebandiers et autres explorateurs, pour le livre dans lequel Jean Hurstel, acteur passionné, engagé de la vie culturelle, particulièrement dans le domaine théâtral, retraverse son parcours avec autant de rigueur que de franchise et de sensibilité.

De Strasbourg où il s’inscrit à seize ans à l’École supérieure d’Art dramatique, qui vise à former des acteurs pour aller au-devant des publics populaires, puis, étudiant en philosophie à l’Université, y créait le Théâtre universitaire, à Bruxelles où il préside depuis dix ans les Halles de Schaerbeek, c’est un itinéraire aux multiples étapes qu’il revit avec nous. Porté par l’ardente conviction que toute politique culturelle doit se fonder sur l’histoire de l’art, la création artistique, mais aussi sur la rencontre avec les populations trop souvent oubliées de la culture officielle, celles des zones industrielles désaffectées, des périphéries urbaines, des campagnes abandonnées. Continuer la lecture

André Dartevelle, du silence familial à la mise en images de la parole

André DARTEVELLE, Si je meurs un soir. Mémoires, Cuesmes, Éditions du Cerisier, coll. « Place publique », 2016, 277 p., 16€

André Dartevelle fut un grand reporter de télévision, ainsi que l’auteur fécond de nombreux documentaires historiques et artistiques. En 2014, il présentait ses derniers films, consacrés aux massacres de civils perpétrés par l’armée allemande en août 1914 à Dinant et en Ardenne. Atteint d’un cancer, il manifesta jusqu’au bout la ténacité et la créativité qui le faisaient vivre en parvenant à terminer ses mémoires, aujourd’hui publiés au Cerisier sous le titre Si je meurs un soir. Continuer la lecture

La rage au coeur

Rose HANON, Démissions, Cuesmes, Éditions du Cerisier, 2015, coll. « Place publique », 128 p., 11 €

« Engagée. Encagée. Enragée, aussi. »

Ainsi se présente d’entrée de jeu Rose Hanon, jeune prof de français, c’est-à-dire, commente-t-elle drôlement, au milieu de l’échelle invisible qui, à l’école, va du prof de math, en position dominante, au prof de gym (pardon, d’éducation physique). Dans un petit livre tranchant, Démissions, elle nous fait vivre son expérience, celle d’une jeune femme qui pensait : « enseigner, c’est changer le monde ». Ardente conviction qui lui donnait des ailes, mais qui se heurte à la réalité, soit « l’école du maintien de l’ordre du monde comme il tourne et doit tourner ». Continuer la lecture

Terminus ! Tout le monde descend !

Samia HAMMAMI

lentiniIl est des vies qui ressemblent à des voyages ferroviaires, avec leurs horaires fixes, leurs itinéraires balisés, leurs correspondances définies. Claire Collin, quarante ans, mariée, deux enfants, mène une existence toute tracée, sur les rails parallèles de son activité professionnelle et des tâches domestiques :

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