Marianne LEFEBVRE-RAEPSAET, À fleur de mémoires. Lulu Raepsaet, résistante communiste, rescapée de Ravensbrück, Cerisier, coll. « Quotidiennes », 2025, 176 p., 17 €, ISBN : 9782872672561
Résistance. Solidarité. Humanité. Ajoutons : mémoire. Transmission. Voilà quelques-uns des termes qui se détachent parmi tous les autres dans À fleur de mémoires de Marianne Lefebvre-Raepsaet, un livre consacré à sa mère, Lulu Raepsaet, déportée au camp de Ravensbrück et qui, comme beaucoup de survivantes et survivants des camps, a (très) peu raconté ce qui s’y était passé. Certain·es se sont même tu·es totalement, laissant leurs descendant·es aux prises avec des béances d’autant plus douloureuses. On pense, par exemple, à la mère de Chantal Akerman, si silencieuse (même si parfois bavarde), si présente dans la vie et dans l’œuvre de sa fille : « [le silence de ma mère] c’est sur quoi je travaille, depuis des années, d’une manière ou d’une autre (…) comme elle a eu la parole coupée, vraiment, j’essaie à ma manière de la lui redonner. » Continuer la lecture




Les récits de parents sur leur enfant atteint d’un spectre autistique ne manquent pas. Ceux qui atteignent une dimension littéraire sont plus rares. En Belgique, il y a eu 

Perché sur un échafaudage, à huit mètres du sol, pour revivre la situation qu’il occupait en tant qu’ouvrier dans une confiturerie, un homme vieillissant pose à la faveur de cette « madeleine » désabusée un regard sur les morceaux de sa vie qui lui reviennent en mémoire. Sans ordre et sans passion, comme s’il était étranger aux remontées erratiques de ce passé qui, de chapitre en chapitre, nourrissent son soliloque mental (« Je commence à me plaire ici en haut. J’y vois ma vie défiler, saccadée, démolie, sauvée, espérée, voulue, détestée, attaquée, vermoulue, repeinte, rouillée, abattue, noyée, brûlée. » Ou encore : « Quand j’y pense, il me semble que j’ai toujours regardé le monde de travers en oblique »). Si, à l’heure du choix, il a quitté l’école pour la vie active, c’est seulement parce qu’il « s’y emmerdait ». Ce qui allait donc le mener à gratter à longueur de journée les dépôts de sucre sur les hauts murs de la confiserie au risque de basculer depuis les planches étroites et branlantes jusque dans les cuves fumantes où bouillonnaient les fruits.
Sophie Pirson nous donne à lire les fragments de ses nombreuses conversations avec Fatima Ezzarhouni, une femme rencontrée dans un programme de médiation. Rien n’est anodin dans l’espace de parole qui a permis une entrevue surprenante entre les deux femmes, l’une étant une Bruxelloise dont la fille a été blessée lors de l’attentat de Maelbeek, et l’autre, une Anversoise d’origine marocaine dont le fils radicalisé est parti en Syrie.
Louis, au public — Je m’appelle Louis. Je viens d’une bonne famille, j’ai fait des études, j’ai des amis, des projets, une copine, j’ai de la chance surtout. De bonnes cartes en main. Aujourd’hui, je vais en prison pour la première fois de ma vie. Je suis comédien-animateur et je vais faire du théâtre en milieu carcéral. J’y ai pensé toute la journée. On me l’a proposé et sans y réfléchir plus que ça, j’ai dit oui. Et là, sur le parking de la prison, dans ma voiture, j’ai peur. En fait, je suis partagé entre l’excitation et la peur de l’inconnu. Il y a des mecs violents là-dedans… J’y vais ou je n’y vais pas ?
Il faut nommer pour appréhender. Chaque récit porte ici le titre d’un ou deux prénoms, à quatre exceptions près. Soit trente portraits courts. Autant de vies croquées, à crans et à crocs du microbe. Restez chez vous ! Portes closes. Voilà bien l’inhumaine injonction imposée par un virus couronné maître du monde depuis le printemps dernier. Maintenant, c’est l’automne et les vies virevoltent en tombant comme des feuilles sous la plume de Marc Chambeau qui ne craint pas l’anticipation.
Il serait malaisé de donner tort à Jules Pirlot quand, en incipit de son essai, il affirme : « Julien Lahaut est surtout connu par sa mort ». Sans doute faudrait-il ajouter « et par le mystère qui l’a longtemps entourée ». Sur ce point, l’étude 
Président de l’Union générale des étudiants (UG) de l’université de Liège, de mars 1968 à mars 1969, soit en pleine tourmente Mai 68, Thierry Grisar ne nous livre pas un roman ou un journal intime, un essai ou une synthèse exhaustive mais un récit/témoignage. Il conjugue chronologie des faits, discours clés, humour mordant, écriture fluide, documents historiques (caricatures). Et esquisse le portrait d’une jeunesse privée d’une liberté fondamentale : devenir adulte.
Avez-vous déjà pensé que votre vie se déroule entre d’innombrables boîtes ? Et que, presque à votre insu, elles vous sont chères, et même indispensables ?