Jean Paul Gaultier et Vivienne Westwood pour l’histoire

Véronique BERGEN, Jean Paul Gaulti­er, EPA, 2025, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–737‑9
Véronique BERGEN, Vivi­enne West­wood, EPA, 2025, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–680‑8

bergen vivienne westwoodAprès la paru­tion en 2024 des vol­umes con­sacrés à Karl Lager­feld et Alexan­der McQueen, Véronique Bergen pour­suit son explo­ration du tra­vail des grands cou­turi­ers. En cette fin d’an­née, elle a étudié deux autres grands créa­teurs : Jean Paul Gaulti­er et Vivi­enne West­wood.

Écrivaine pro­téi­forme et excep­tion­nelle­ment pro­lifique, Véronique Bergen n’aura guère posé la plume cet automne : out­re la paru­tion de deux romans (Le col­lec­tion­neur aux édi­tions Onlit et Saint-Just, roman chez Tin­bad), elle nous offre à présent ces deux essais sur le monde de la mode et de la haute cou­ture. Cohérence de la col­lec­tion oblige, Jean Paul Gaulti­er et Vivi­enne West­wood, les deux nou­veaux vol­umes, présen­tent une fac­ture sim­i­laire à celle qui présidait déjà à Karl Lager­feld et Alexan­der McQueen : de beaux livres sur papi­er épais, des pho­togra­phies nom­breuses, bien choisies, dans des repro­duc­tions de très haute qual­ité, au milieu desquelles sin­ue le texte de l’écrivaine belge.

D’une manière à la fois syn­thé­tique et appro­fondie, l’es­say­iste abor­de tour à tour le par­cours des créa­teurs, les œuvres qui les ont influ­encés, leur esthé­tique, leurs réal­i­sa­tions majeures et l’héritage qu’ils lais­sent. La mode est sou­vent con­sid­érée comme un art de l’éphémère, la col­lec­tion du moment chas­sant celle de l’année précé­dente, avant d’être à son tour poussée dans l’oubli par celle qui la suiv­ra. Les essais de Véronique Bergen s’érigent résol­u­ment con­tre ce cliché. Ici, les grands cou­turi­ers sont étudiés en tant qu’artistes. Qui songerait à dire que la Péri­ode rose de Picas­so efface et annule sa Péri­ode bleue ? De même, l’écrivaine embrasse ici l’oeu­vre dans son ensem­ble. Elle met au jour les rup­tures et évo­lu­tions dans les tra­jec­toires de Jean Paul Gaulti­er et Vivi­enne West­wood, et l’extrême cohérence qui se dégage de leurs mul­ti­ples créa­tions.

Le chapitre con­sacré aux inspi­ra­tions des deux cou­turi­ers — indé­ni­able­ment le temps fort des deux vol­umes — les inscrit d’ailleurs pleine­ment dans l’histoire de l’art. Tous deux puisent en effet des idées aus­si bien dans la pein­ture que dans le ciné­ma. Tan­dis que Véronique Bergen décor­tique avec maes­tria ces sources aux­quels les deux créa­teurs se sont abreuvés, une icono­gra­phie pro­fuse appuie son pro­pos. Les images retenues pour le livre ne se bor­nent nulle­ment aux défilés majeurs ou aux pièces maitress­es du ves­ti­aire dess­iné par Gaulti­er et West­wood, elles offrent une ouver­ture bien­v­enue et éclairante sur les œuvres qui ont con­tribué à forg­er leur imag­i­naire.

Hasard ou non, les deux artistes présen­tent de nom­breux points com­muns, du mou­ve­ment punk dans lequel tous deux s’épanouissent à leurs débuts en pas­sant par un car­ac­tère icon­o­claste jamais démen­ti. Dans les deux livres, l’autrice se plait à quelques com­para­isons entre eux. Comme des invi­ta­tions dis­crètes à pass­er d’un vol­ume à l’autre, à voy­ager du Lon­dres de l’une au Paris de l’autre.

À l’en­seigne des édi­tions EPA, Véronique Bergen esquisse une his­toire de la mode au prisme de ses grands créa­teurs, forte déjà de qua­tre ouvrages. Qui nous invi­tent, dès à présent, à rêver au tome suiv­ant.

Nau­si­caa Dewez