Archives par étiquette : esthétique

Jean Paul Gaultier et Vivienne Westwood pour l’histoire

Véronique BERGEN, Jean Paul Gaulti­er, EPA, 2025, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–737‑9
Véronique BERGEN, Vivi­enne West­wood, EPA, 2025, 207 p., 35 €, ISBN : 978–2‑37671–680‑8

bergen vivienne westwoodAprès la paru­tion en 2024 des vol­umes con­sacrés à Karl Lager­feld et Alexan­der McQueen, Véronique Bergen pour­suit son explo­ration du tra­vail des grands cou­turi­ers. En cette fin d’an­née, elle a étudié deux autres grands créa­teurs : Jean Paul Gaulti­er et Vivi­enne West­wood. Con­tin­uer la lec­ture

Dimensions esthétiques et érotiques du nazisme

Arnaud DE LA CROIX, Esthé­tique et éro­tisme nazis, Pré­face d’Anne Sta­quet, Édi­tions uni­ver­si­taires de l’Umons, coll. « Imper­ti­nentes », 2025, 142 p., 22 €, ISBN : 9782873257712

de la croix esthétique et erotisme nazisDans son nou­v­el essai, Arnaud de la Croix ouvre avec brio et finesse une boite noire dont les his­to­riens, les penseurs, les chercheurs con­tem­po­rains se détour­nent parce qu’elle dérange, trou­ble les représen­ta­tions offi­cielles du savoir et les vul­gates poli­tique­ment cor­rectes de la doxa. Inter­ro­geant un domaine jusqu’ici peu étudié, l’ouvrage se penche d’une part sur ce que Philippe Lacoue-Labarthe appelle l’esthétisation de la poli­tique réal­isée par le nazisme et d’autre part sur le ques­tion­nement du lien entre nazisme-éro­tisme-pornogra­phie, sur l’érotisation du nazisme dans la cul­ture con­tem­po­raine, prin­ci­pale­ment le ciné­ma. Afin d’éclairer les dimen­sions esthé­tiques et éro­tiques du IIIème Reich et leur lien intime, Arnaud de la Croix étudie deux organes de pro­pa­gande de l’idéologie du « Blut und Boden », de la pureté de la race aryenne : la vision esthé­tique imposée par les hauts dig­ni­taires nazis et les représen­ta­tions offi­cielles, ambigües, de la sex­u­al­ité. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire orageuse de James Ensor

Vin­cent DELANNOY, James Ensor à Brux­elles, Sam­sa, 2021, 146 p., 19 €, ISBN : 978–2875933102

delannoy james ensor a bruxellesMet­tre en lumière les rap­ports qui se sont tis­sés entre James Ensor (1860–1949) et Brux­elles, alors qu’on ancre volon­tiers le pein­tre à Ostende, c’est le pro­pos du livre de Vin­cent Delan­noy James Ensor à Brux­elles.

Ori­en­té tout jeune vers la pein­ture par son père (ce qu’il gardera tou­jours par dev­ers lui, pro­fes­sant une fois pour toutes qu’il ne doit rien à per­son­ne), for­mé à l’Académie des Beaux-Arts de Brux­elles, s’il tra­vaille avec ardeur dans son ate­lier d’Ostende, c’est dans la cap­i­tale qu’il noue des con­tacts déter­mi­nants pour sa car­rière artis­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Régime de l’art et motif de la condensation

Kim LEROY, La con­den­sa­tion. Économie sym­bol­ique et sémi­o­tique fon­da­men­tale, Let­tre volée, 2019, 192 p., 21 €, ISBN : 978–2‑87317–522‑1

Enseignant la philoso­phie de l’art et la sémi­olo­gie des médias à l’Académie royale des Beaux-Arts de Brux­elles et à l’école d’ARTS à Mons, Kim Leroy éla­bore dans l’essai La con­den­sa­tion une approche des arts plas­tiques, de l’esthétique en général à par­tir du con­cept de « con­den­sa­tion ». Par­tant de l’emploi du terme « con­den­sa­tion » par Matisse dans ses Écrits et pro­pos sur l’art (« Je veux arriv­er à cet état de con­den­sa­tion des sen­sa­tions qui fait le tableau »), Kim Leroy élit cette notion afin de définir un enjeu majeur de la pen­sée de l’art : la ques­tion du pas­sage de la réal­ité sen­si­ble, physique de l’œuvre à sa réal­ité psy­chique. Con­tin­uer la lec­ture

André Delvaux

Le cinéaste dans la cité. Les notes d’André Del­vaux, dir. Jean MEURICE, CEP, 2018, 251 p., 18 €, ISBN : 978–2390070214

Le cinéaste dans la citéEn 1965, le film L’Homme au crâne rasé qu’André Del­vaux adapte du roman de Johan Daisne mar­qua l’avènement du ciné­ma belge mod­erne. Non que le sep­tième art belge fût totale­ment inex­is­tant. Mais André Del­vaux invente un nou­veau souf­fle qui, dans nom­bre de ses films, relèvera de ce qu’on a appelé le réal­isme mag­ique. Venu du monde de la musique, de la lit­téra­ture, pianiste qui accom­pa­gna durant des années les films muets à la Ciné­math­èque royale de Bel­gique, à cheval sur les cul­tures néer­lan­do­phone et fran­coph­o­ne, l’auteur de Ren­dez-vous à Bray, Ben­venu­ta, L’Œuvre au noir pose les pre­mières pier­res de la moder­nité du ciné­ma belge, frayant une aven­ture artis­tique pio­nnière dont bien des réal­isa­teurs actuels sont les héri­tiers. Recueil d’inédits, de textes rassem­blés par Cather­ine Del­vaux, Richard Miller, com­por­tant des cor­re­spon­dances avec Jacques Sojch­er, Philippe Rey­naert, une étude de Roger Lalle­mand sur Ben­venu­ta, un avant-dire de Raoul Ser­vais, Le cinéaste dans la cité nous plonge pour notre plus grand bon­heur dans le lab­o­ra­toire de celui qui fut à la fois cinéaste, péd­a­gogue (il fut l’un des fon­da­teurs de l’INSAS), musi­cien.

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Regard sur Jeff Koons

Lau­rent DE SUTTER, Pornogra­phie du con­tem­po­rain. Made in Heav­en de Jeff Koons, La Let­tre volée, coll. « Palimpses­tes », 2018, 64 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87317–516‑0

L’indignation qu’a sus­citée l’installation Made in Heav­en en 1991, plus récem­ment Les Tulipes, les ires et con­damna­tions que soulèvent les œuvres de Jeff Koons dans le monde des cri­tiques d’art (mer­can­til­isme, oppor­tunisme, infan­til­isme, mau­vais goût…), Lau­rent de Sut­ter les aus­culte, les dis­sèque au fil de Pornogra­phie du con­tem­po­rain. Made in Heav­en de Jeff Koons, un essai auda­cieux, déca­pant, incisif qui part du symp­tôme Koons pour livr­er les atten­dus d’une esthé­tique con­tem­po­raine. Un mot con­dense à ses yeux l’anathème dont Koons est vic­time : celui de kitsch dont il mon­tre que Clement Green­berg en a fait le repous­soir du mod­ernisme. Pour Green­berg, le kitsch est au mod­ernisme ce que l’arrière-garde est à l’avant-garde. Le rejet du kitsch (vu comme vul­gaire, académique, cul­ture stan­dard­is­ée, démoc­ra­ti­sa­tion de l’art…) que parta­gent Green­berg et Harold Rosen­berg s’appuie sur l’épineuse ques­tion de la déf­i­ni­tion de l’art, à savoir le partage entre un « art vrai, authen­tique » et la sphère du non-art. La divi­sion entre « grand art » et « art pop­u­laire », la visée essen­tial­iste chargée de pro­duire les canons esthé­tiques, les critères tran­scen­dants départageant l’art du non-art ont, depuis lors, été réfutées. Der­rière la volon­té d’exclure ce qui relève du kitsch, des straté­gies de dom­i­na­tion sont opérantes. Con­tin­uer la lec­ture

Comprendre de l’intérieur

Colette NYS-MAZURE, Quand tu aimes il faut par­tir. Sur “Mater­nité” de Modigliani, Inven­it, 2016, 71 p.

nys-mazurePub­liée par les édi­tions Inven­it à Tour­co­ing, la col­lec­tion « Ekphra­sis » con­fie à des écrivains le soin de com­menter en toute lib­erté un tableau remar­quable. Colette Nys-Mazure, qui avait déjà signé en 2013 Val­lo­ton, le soleil ni la mort, con­sacre aujour­d’hui un opus­cule à Mater­nité de Modigliani : Quand tu aimes il faut par­tir. L’in­térêt prin­ci­pal de ce livre, nous sem­ble-t-il, est de pos­er implicite­ment plusieurs ques­tions épineuses quant à l’ap­proche lit­téraire de l’œu­vre pic­turale, entre obser­va­tion visuelle, infor­ma­tions biographiques, rap­proche­ments avec d’autres pein­tres, cita­tions d’écrivains, intu­ition per­son­nelle, inter­pré­ta­tions téméraires. Mater­nité représente la com­pagne du pein­tre, Jeanne Hébuterne, ten­ant sur ses genoux – sans la retenir, pré­cise l’es­say­iste – leur petite Gio­van­na. « Der­rière la jeune fille qu’il a faite femme et mère, je déchiffre la fig­ure tutélaire d’Eugénie », la mère de Jeanne ; « la tristesse suinte de cette œuvre » ; « j’emporte une image tout à la fois désolée et rob­o­ra­tive » ; « “on ne nous aura pas. Je résiste, moi aus­si” affirme Jeanne ». Aucune de ces asser­tions, notons-le, n’est vraie ni fausse : C. Nys-Mazure a fait résol­u­ment le choix de l’ap­préhen­sion sub­jec­tive en vue d’ex­pliciter les sig­ni­fi­ca­tions pro­fondes du tableau, qui pour elle sont prin­ci­pale­ment des sig­ni­fi­ca­tions affec­tives. Con­tin­uer la lec­ture