La machine à remonter le temps

Éti­enne GUILLAUME, Une danse de noces, Édi­tions namurois­es, 2025, 240 p., 16 €, ISBN : 9782875511621

guillaume une danse de nocesEn plongeant les lec­tri­ces et les lecteurs dans l’his­toire fic­tive d’une région (Namur), l’au­teur Éti­enne Guil­laume dans Danse de noces joue avec les codes du roman his­torique qui se parta­gent sou­vent entre réal­ité et fic­tion… Éti­enne Guil­laume cherche à engager lec­tri­ces et lecteurs dans cette prox­im­ité que la lit­téra­ture per­met. Il a tou­jours défendu le pat­ri­moine de Wal­lonie et il a, dans l’écri­t­ure de plusieurs romans, voulu con­stru­ire des univers où la nar­ra­tion tente de coudre le temps his­torique à notre per­cep­tion con­tem­po­raine.

L’auteur saisit ain­si le temps his­torique pour con­stru­ire la fic­tion à par­tir de doc­u­ments, de témoignages et des traces d’un réel dis­paru. Et cet exer­ci­ce, l’au­teur le mène avec un bel entrain ! Il nous fait ren­con­tr­er de mul­ti­ples per­son­nages de la noblesse, de la bour­geoisie, du peu­ple et nous fait tra­vers­er des guer­res, des amours, le vol mys­térieux d’un tableau, des trahisons, bref, tout ce qui fait les acci­dents de l’his­toire pour con­stru­ire un roman de ce type.

Nous sommes donc à la fin du 19e siè­cle, dans un château ancien, dans les tripots, les paroiss­es de religieuses ou des salons pré­cieux où les per­son­nages se déploient dans une époque que l’au­teur remonte, détri­cote et retisse dans ce temps éloigné où les mœurs, les pas­sions, les vices réson­nent dans une dimen­sion que l’in­ves­ti­ga­tion romanesque de l’His­toire peut nous faire enten­dre con­crète­ment. Bien sûr, la per­cep­tion du temps, de la durée, des oblig­a­tions morales et sociales sont étriquées dans une société fondée sur la sépa­ra­tion des class­es sociales et la diver­gence des morales.

On y ren­con­tre notam­ment la comtesse Suzanne et le comte Eleuthère con­fron­tés aux dynamiques sociales de l’époque dans l’entrecroisement des descrip­tions et des moments nar­rat­ifs. Pour accom­plir cet exer­ci­ce périlleux, l’au­teur nous fait ren­con­tr­er des per­son­nages attachants issus du peu­ple ou de la bour­geoisie, la vieille nour­rice Hon­orine, le major­dome que tout le monde appelle Mon­sieur Georges, le Sol­dat Louis et son amoureuse Mari. L’au­teur a trou­vé une façon dynamique et entrainante dans la con­duite de ce réc­it en entre­croisant la nar­ra­tion his­torique avec les ren­con­tres et les réflex­ions de Marcelin, ami et com­plice du nar­ra­teur. Celui-ci for­mule des remar­ques cri­tiques à pro­pos de cer­taines séquences et redonne au nar­ra­teur l’oc­ca­sion de for­er encore plus pro­fond sa manière.

Le roman plonge aus­si dans la vie quo­ti­di­enne du château pen­dant la Pre­mière Guerre mon­di­ale lorsqu’il devint refuge pour les sol­dats… Le vieil ami du nar­ra­teur, Marcelin, per­met, de façon très mod­erne et avec la mal­ice du con­tre­point, de réa­juster sans cesse les por­traits, les sit­u­a­tions, les per­son­nages dans un dia­logue qui ne manque pas de piquant ! C’est aus­si une façon en sur­plomb de ren­dre compte de la machine romanesque avec humour et intel­li­gence… Un bel ouvrage.

Daniel Simon