Théo CASCIANI, Insula, P.O.L, 2026, 160 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782818064924
Insula, court roman contemporain de 160 pages écrit par Théo Casciani et publié aux éditions P.O.L, nous embarque dans un monde futuriste pas si éloigné du nôtre, passant d’une fête sulfureuse londonienne à un hôpital parisien.
J’ai eu à subir la violence du monde, certes, celle qui se dresse contre les pédés, contre les pauvres, contre les ploucs ; on m’a dominé, on m’a menacé, on m’a battu. C’est vrai. Cependant, pour être honnête, pour peu que j’en sois capable, je dois commencer par vous dire qu’il m’est aussi arrivé de fauter, souvent et plus encore que je ne le crois, de trahir, de tromper ou de blesser.
C’est avec cette présentation honnête et transparente que nous entrons dans la tête de Théo, jeune personne non-binaire en partance pour une soirée de cruising (soirée dédiée à la réalisation de fantasmes sexuels sortant de l’hétéronormativité) au dernier étage d’un immeuble désaffecté situé au cœur de Londres. Alors que Théo est persuadé de n’éveiller le désir chez personne, un garçon tatoué au niveau de la gorge apparait et lui prouve le contraire… Toutefois, avant de passer aux choses sérieuses, Ivo propose à Théo une pilule d’INSULA. L’insula, pour faire simple, c’est une petite ile qui flotte dans notre cerveau, mais il s’agit aussi et surtout d’un nouveau jeu de réalité virtuelle accessible uniquement dans la plus grande des illégalités et après l’absorption du comprimé précédemment cité.
Dans Insula, Théo (la.e narrateur.ice) s’adresse directement au lecteur de manière très directe. Iel nous fait part de chacune de ses pensées, sans craindre de choquer. L’errance du personnage dans ce monde futuriste, le mal-être qu’iel vit quotidiennement et le deuil imminent auquel iel devra se confronter rendent cet anti-héros particulièrement attachant.e et humain.e.
… quand l’image se brouille pour laisser place à la réalité et me tirer de mon sommeil, je me mets à hurler parce que c’est comme ça que je me sens ; mal.
En un nombre de pages restreint, Théo Casciani parvient à interpeller, à effleurer de nombreuses problématiques très actuelles telles que l’euthanasie, l’intolérance (particulièrement envers les communautés LGBTQIA+), l’omniprésence de la technologie, la difficulté de créer du lien réel dans un monde qui se virtualise, l’impact négatif du patriarcat (jamais nommé mais représenté par le malheur que le sperme et les hommes infligent au monde), la difficulté de s’aimer soi et celle de faire fi du regard des autres tout en souhaitant leur plaire.
Du début à la fin, le lecteur ne parvient jamais vraiment à savoir où Théo se trouve. Monde réel ou virtuel? La.e narrateur.ice n’est pas fiable, il l’assume et instaure un doute permanent qui attise la curiosité du lecteur et le pousse à dévorer Insula jusqu’à son point final.
Insula offre une porte d’entrée moderne, truffée de références culturelles classiques et populaires, à celles et ceux qui seraient tentés de partir à la découverte de la science-fiction tout en douceur.
Sandra Defoy