Paul COLIZE, La saison des pluies, Hervé Chopin, 2026, 320 p., 19,50 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782357209824
En une bonne douzaine d’années, et presque autant de titres parus, Paul Colize s’est fait un nom dans le monde éditorial très prolifique du polar et des récompenses littéraires ont salué son œuvre à plusieurs reprises. Il nous revient aujourd’hui avec La saison des pluies, un roman noir aux rouages bien huilés.
C’est aux côtés de Claire que nous découvrons Théo Delcourt. Elle est bénévole dans un hôpital namurois où elle accompagne des patients en fin de vie dans les moments de temps libre que lui laissent son métier de coach indépendante et sa vie de famille. Lui sait que sa fin est proche et il trouve en elle une oreille attentive à qui il souhaite raconter ce que fut sa vie. Au fur et à mesure que passent les jours et que ses forces le quittent, il se montre pressant et la jeune femme est mise à rude épreuve. Militaire de carrière dans l’armée belge, il a dès son enfance manifesté une forme de férocité et de froideur glaçantes et ses confidences, qu’il délivre sans pudeur et qu’aucun remords n’accompagne, sont parfois insoutenables, suscitant tout à la fois répulsion et fascination. L’intensité de son propos prend toute la place dans la vie et dans l’esprit de Claire qui délaisse sa famille et son métier pour rejoindre l’hôpital et reprendre le fil de l’histoire en suspens. C’est dans le récit de ses activités lors de la prise d’indépendance du Congo que son propos devient plus précis : il a été mêlé à la répression du soulèvement du peuple congolais et aux opérations secrètes et meurtrières qui ont marqué les débuts de l’indépendance. Et lorsque sa voix n’est plus que murmure, Claire apprend que ce n’est pas par hasard qu’elle se trouve à son chevet …
L’intrigue, qui entrecoupe les confidences du mourant rapportées telles quelles et les moments où Claire se retrouve face à elle-même et à sa famille, s’accélère à mesure que tournent les pages et que croît la tension. Elle est assortie d’une intrusion dans le monde des trafiquants d’art africain et elle donne surtout l’occasion à l’auteur de revenir en détail sur l’histoire du Congo et sur les responsabilités de l’état belge dans les faits sanglants qui ont marqué l’indépendance. Si Paul Colize a pris soin de modifier les noms des protagonistes tant belges que congolais, lectrices et lecteurs n’auront sans doute aucune peine à identifier ceux qui appartiennent à la réalité, dont la figure emblématique de Patrice Lumumba, (vainement) dissimulé sous le pseudonyme de Paul Kitenge.
En arrière-fond des propos du mourant, l’auteur nous permet de rentrer dans l’intimité de l’équipe d’un service de soins palliatifs, celle d’hommes et de femmes, professionnels et bénévoles, qui vivent au rythme des patients et des familles, alternant des relations intenses de fraternité et le désarroi répété des nombreux deuils. Il pose également un regard sur la posture d’écoute inconditionnelle et dénuée de jugement et sur la pénibilité que cette pratique peut générer. Un contre-point singulier et bienvenu que complètent les moments où Claire, qui porte un poids dont elle découvrira la cause, tente de surnager dans des courants qui la dépassent, faisant d’elle un personnage attachant et d’une profonde humanité.
Thierry Detienne
Un extrait de La saison des pluies
Extrait proposé par les éditions Hervé Chopin