Armel JOB, Le testament du diable, Robert Laffont, 2026, 288 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782221285473
François Lebel est mort
La nouvelle s’étalait en gros caractères noirs à la une de « La Gazette des Ardennes », édition spéciale du mardi 14 août 1990. En temps normal, la « Gazette » paraissait le samedi, elle comportait dix pages. Ce mardi-là, éditée dans l’urgence, elle se limitait à une double feuille. Sous la manchette, les yeux étaient aussitôt happés par un grand portrait de Lebel datant de quelques années, un ruban de deuil en diagonale dans l’angle supérieur gauche. La légende tenait en trois mots : Notre regretté directeur.
Cette année, Armel Job, orfèvre de la fine et ténébreuse mécanique de l’âme humaine, nous entraine, avec Le testament du diable, dans une histoire de famille à la fois ordinaire et glauque comme il sait si bien le faire. Et en effet, si on y pense, quel meilleur révélateur de tout ce qui va, et plus encore de tout ce qui ne va pas, que la succession après la mort du dernier parent ? Continuer la lecture










L’aventure est grande, dense, jules-vernienne : c’est un roman d’exploration où l’on course le diamant, le coltan, l’uranium, l’enfance, la filiation, l’amour. Il y a dans L’homme qui dépeuplait les collines un luxe d’humanité dont on se doute que la réalité est beaucoup plus dure sur place, au Congo, Sud-Kivu, en pleine jungle rongée par l’avidité des uns et la survie des autres.
En 1950, à peine âgée de vingt ans, Inge Schneid débarque au Congo belge pour rejoindre son mari, Charles, alors jeune employé de la Forminière, une importante société minière. Après un voyage en avion éprouvant et une traversée du pays, elle rejoint la région du Kasaï, réputée pour ses mines de diamants. Inge fait la connaissance d’un pays encore entièrement aux mains des Belges et des Européens. La chaleur suffocante, l’humidité ambiante, les Congolais, les villages isolés, les plaines arides, les denses forêts… tout est neuf pour elle. Elle découvre la vie de colon, ses avantages et ses inconvénients. Leur quotidien semble paisible à cette époque-là : les familles bénéficient chacune de l’aide de plusieurs boys, les femmes passent le plus clair de leur temps au bord de la piscine du Club, on s’amuse le soir autour d’un bon whisky ou lors des saturday night fever… Charles n’est pas très festif, mais Inge se plait à jouer de l’accordéon dans le petit orchestre du poste. Deux cents âmes européennes vivent à cette époque au poste de Bakwanga. Tous les hommes sont employés à la société minière qui s’étend toujours plus, sur des milliers d’hectares.
Le récit que Jean-Marie Dubetz nous donne à lire est composé de fragments de son enfance dans l’ancien Congo belge, depuis ses premiers souvenirs jusqu’à ses dix ans. Il souligne d’entrée de jeu sa volonté de transmettre son histoire au sein de sa famille, mais aussi auprès d’un public plus large intéressé par son vécu particulier et l’empreinte que ce dernier a laissée sur lui, à savoir la capacité d’émerveillement de l’enfant face à la beauté du monde dans lequel il a grandi.
Au début des années 1960, Adèle embarque vers une ville non nommée qui apparaîtra finalement être Stanleyville. Elle est à la recherche de Sainto avec qui elle a vécu une brève mais très forte relation et dont elle est enceinte. Dans la première partie de Toutes les îles et l’océan, Jean-Pierre Orban raconte cette lente remontée sur un bateau, où Adèle est la seule Blanche, et l’arrivée dans une ville à feu et à sang. La deuxième partie a pour cadre Bruxelles, la troisième Londres et une brève quatrième se déroule sur l’océan.
L’étude que publie l’historien Pierre-Luc Plasman se situe dans le droit fil de ses recherches sur la gouvernance des États coloniaux et vient combler une lacune dans l’historiographie de ce « cœur des ténèbres » que fut pendant des décennies le Congo belge. En effet, les précédents ouvrages sur la question, même si leur auteur affirme se ranger sous la bannière de l’objectivité scientifique, prenaient souvent un tour polémique, réquisitoire ou plaidoyer, quand il s’agit d’évoquer les conséquences sanglantes de la colonisation belge.