Promenade au crépuscule

Héloïse HUSQUINET, Couler le ciel contre ma joue, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2026, 100 p., 15 €, ISBN : 9782930822426

husquinet couler le ciel contre ma joueHéloïse Husquinet, avec son recueil Couler le ciel contre ma joue publié aux éditions L’arbre de Diane dans leur collection « Les deux sœurs », nous prend doucement la main et nous emmène en balade dans des endroits qu’elle a connus ou seulement traversés, dans une Amérique du Nord jamais nommée mais que la maison d’édition nous souffle à l’oreille. L’autrice nous offre des bribes de lieux, des bouts de nature, des fragments plus urbains qu’elle fait vivre à travers de petits instants de vie y étant rattachés.

au bassin Pierre-Lorange
je file comme un reptile
en respectant le rang
je recompose la danse de l’embryon
tous les corps redeviennent
des vertébrés primaires
des comètes osseuses
qui frétillent de la queue

de grands gars crawlent
et tapent des mains sur l’eau

Dans Couler le ciel contre ma joue, nous découvrons aussi des morceaux d’intimité, l’exploration du corps, des souvenirs de scène de la vie quotidienne qui semblent si simples et universels qu’ils peuvent avoir la capacité d’éveiller une espèce de mémoire collective chez le lecteur. On ferme les yeux, et les mots deviennent des images, des instantanés sépia, nostalgiques, de notre propre vécu.

entre les figures félines
les carottes vinaigrées
les visages aimantés sur le frigo
je guette cuillères et ciseaux
leurs chants sont de petites mains
qui tanguent
je frissonne
quand on m’effleure le dos

Dans ce recueil divisé en six parties, l’autrice nous propose des textes qui ne comportent jamais de majuscule (hormis les noms propres), ni de point ou de ponctuation de façon plus générale. Ce qui peut laisser penser que les poèmes qui composent le livre sont autant d’instants volés, attrapés du bout des doigts, sans début précis, sans fin définitive. On devine, aussi, une relation sur le déclin, deux âmes, deux corps, qui ne parviendront bientôt plus à rester unis.

nous sommes deux organismes
en mouvement
une poignée de mains disjointes
au travers d’un carrefour
deux formes grasses et liquides
zigzaguant sur le béton 

tes silences sont de grands lacs
bleutés
je renonce à faire parler pour toi
cette enclave muette 

je te laisse là où tu es
pendant que je ré-intègre ma charpente
et promets ma voix
à d’autres babillages

L’on ressent, d’un bout à l’autre de la lecture, une sensualité sous-jacente, quelque chose de charnel dans le choix des mots et images utilisés dans certains poèmes. Le mouvement d’une main, la cadence d’un bassin, la réaction du corps à l’évocation d’un souvenir, au contact de la nature.

Une lecture à la fois douce et intense, qui mérite qu’on s’y attarde, qui donne envie d’y revenir, de redécouvrir la promenade que l’autrice nous offre.

Sandra Defoy

Héloïse Husquinet à la Foire du livre

Dédicaces : 
  • Dimanche 29 mars 15h-16h – Stand 337 (Hall 3)