Patrick DEVAUX (texte) et Catherine BERAEL (gravures), Avaloirs, Coudrier, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5
Les gravures de Catherine Berael résonnent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réunis sous le titre d’Avaloirs. Elles ont en effet la double caractéristique de conserver les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effacer jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes résonnent ainsi comme l’écho, lointain et transparent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réussisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement vertical de la typographie accentue l’abîme qu’il dévoile.
Devaux place son recueil sous l’enseigne de René Char dont un exergue dit admirablement ce que l’on retrouvera de page en page dans le recueil du poète mouscronnois : Nous errons auprès de margelles / dont on a soustrait les puits. C’est à une errance de cet ordre, Aube / ivresse / des / profondeurs que Patrick Devaux invite d’emblée le lecteur auquel il s’adresse explicitement.
Il l’entraine ensuite dans une succession de fulgurances, parcourant la longueur du jour depuis l’aurore jusqu’à la nuit.
Le poète interrogeant son art (mots pleins / d’un / risque / en / plus), se désole de ne pas lui trouver la résonnance espérée (trop / pleins / les mots / sont / vides / pour / les étagères / qui n’intéressent / personne), parfois se rassure par une soudaine consolation, vertu du poème achevé (humide / un poème /sèche / ses larmes / sur / la table / de / nuit), et, enfin, relativise la condition humaine infime parcelle de la galaxie /(qui) fait / son / petit / tri).
Mise en abyme du temps, interrogation désabusée sur la création poétique, emprise du doute, angoisse face au destin des mots (à / ta mort / j’eus / ce long cri / muet / dieu / seul / sait / vers / où / il / résonne / encore / à / travers / la galaxie), chaque fragment de ce recueil s’inscrit, comme un éclat de verre, dans une mosaïque où la lumière, inaltérable, lutte telle l’étoile dans la nuit, lumière morte suspendue à un lugubre linceul anthracite.
On connait le visage plein d’aménité de Patrick Devaux, son sourire inaltérable, son engagement dans la société des poètes.
Est-ce dans ce recueil qu’il faut trouver le vrai dévoilement qui hante son écriture :
le poème
cet
infini
tiré
à
quatre
épingles
et
proposé
à
quelques
rares
exemplaires
vaut
bien
une
esquisse
de
trou
noir.
Est-ce là ce qui justifie l’alignement typographique serré à l’extrême (un mot, un article construit le vers) ? On dirait la respiration venant à manquer, lorsque la poésie défie le vide. On dirait l’effroi survenu auprès de la margelle sans puits dont parle René Char et qu’évoquent les gravures de Catherine Berael.
Mais l’espoir, nourri du travail poétique, refait surface :
la persévérance
espère
la mer
au
bout
Jean Jauniaux
Patrick Devaux à la Foire du livre
Dédicaces :
- Dimanche 29 mars 14h-15h – Stand 337 (Hall 3)
- Dimanche 29 mars 16h30-18h – Stand 242 (Hall 2)
