La rentrée d’automne est toujours un temps fort de l’année éditoriale. Certes, les maisons d’édition belges sont moins concernées par les « grands prix d’automne » — lesquels ne visent que les romans – que leurs consœurs hexagonales. Pour les éditeurs de Wallonie et de Bruxelles, l’événement majeur de l’année reste la Foire du livre de Bruxelles, et l’effervescence éditoriale est grande lors de la rentrée d’hiver. D’aout à décembre, les auteurs et autrices belges seront néanmoins nombreux à « faire leur rentrée », qu’ils soient publiés en Belgique ou en France. Tour d’horizon du programme éditorial d’automne, qui misera surtout sur les auteurs et autrices reconnus, malgré quelques découvertes. Continuer la lecture
Archives par étiquette : Patrick Devaux
… cet infini tiré à quatre épingles…
Patrick DEVAUX (texte) et Catherine BERAEL (gravures), Avaloirs, Coudrier, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5
Les gravures de Catherine Berael résonnent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réunis sous le titre d’Avaloirs. Elles ont en effet la double caractéristique de conserver les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effacer jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes résonnent ainsi comme l’écho, lointain et transparent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réussisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement vertical de la typographie accentue l’abîme qu’il dévoile. Continuer la lecture
« (…) La manigance des mots … »
Patrick DEVAUX, Ne le dites à personne, illustrations de Catherine Berael, Coudrier, 2025, 55 p., 18 €, ISBN : 978–39052-070–2
Poète prolifique, Patrick Devaux publie ses recueils avec une régularité de métronome. Sa bibliographie (partielle !) donne le vertige et pourrait donner à craindre une profusion développée au détriment de l’inspiration. Ce n’est certes pas le cas ici.
Avec Ne le dites à personne, Devaux se laisse porter par la nostalgie d’un temps qu’il regrette de n’avoir pu sauvegarder. Loin des réseaux sociaux (qu’il pratique pourtant avec une gourmandise allègre), ce temps-là préservait les vrais contacts (que le poète développe avec une non moins grande affabilité, ne serait-ce que dans l’exercice de ses responsabilités au sein de l’AREAW dont il est le président). Continuer la lecture
De l’impermanence et du temps
Patrick DEVAUX, Statues ombellifères, illustrations de Catherine Berael, Coudrier, 2024, 61 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–060‑3
Né à Mouscron le 14 juillet 1953, Patrick Devaux éprouve dès l’enfance une attirance très forte pour la poésie. Sa rencontre avec la jeune poétesse Kathleen Van Melle, puis avec Paul, le père de celle-ci, qui l’intègre à ses activités littéraires au sein du G.R.I.L., accélère sa motivation pour l’écriture. Poète discret pour ne pas dire timide et volontiers enclin à la modestie, Patrick Devaux aborde progressivement dans ses thèmes tous les sujets, de la vie à la mort, de l’ombre à la lumière. Sa sensibilité le porte à observer la nature, à en saisir les images et les symboles, à en capter le transitoire et l’éternel retour. Continuer la lecture
Et je n’ai plus su ce qu’on sait des choses
Patrick DEVAUX, Le trou de ver, préface de Jean-Michel Aubevert, ill. Catherine Berael, Coudrier, 2023, 59 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–046‑7
La disposition typographique de la page participe-t-elle à la poésie ? Depuis Apollinaire, la question a trouvé réponse. Le trou de ver, dernier recueil de Patrick Devaux, se décline dans l’alignement vertical de vers courts (un mot, une préposition de deux lettres parfois). Il entraîne la lecture dans une verticalité vertigineuse. On ne peut éviter de s’interroger à nouveau ici, au gré des pages dont plusieurs s’ouvrent sur ce qu’on sait des choses. Continuer la lecture
Pour peindre le portrait d’une poète-oiseau…
Patrick DEVAUX et Martine ROUHART, Mouvances de plumes, Ill. de Catherine Berael, Préface de Anne-Marielle Wilwerth, Coudrier, 2022, 52 p., 16 €, ISBN 978–239052-032–0
Dans l’ « avant-lire » qui ouvre le recueil paru aux éditions Le Coudrier, Anne-Marielle Wilwerth cite opportunément Chateaubriand : Les poètes sont des oiseaux : tout bruit les fait chanter. Les (trop rares) illustrations de Catherine Berael nous donnent à voir de ces oiseaux quelques crayonnés, de rouge et de noir, composés dans ces attitudes qui sont familières et que certains poèmes évoquent.
Patrick Devaux et Martine Rouhart déposent dans ce volume allègre et heureux, feuille à feuille, des poèmes composés à quatre mains. Quatre mains enlacées, complices, solidaires de l’émotion poétiques : elles ne sont pas identifiées. Au lecteur de tenter le jeu d’attribuer à l’une ou à l’autre telle ou telle fulgurance, telle ou telle image verbale, telle ou telle évocation. Il lui faudra beaucoup de familiarité avec l’œuvre de l’un, Patrick Devaux et de l’autre, Martine Rouhart, pour redistribuer les cartes et signer d’un seul nom l’une ou l’autre de ces mouvances. On aimerait savoir comment les affinités complices ont orchestré les papiers / aux regards / d’encre. Continuer la lecture
Chute ascensionnelle
Patrick DEVAUX, Le temps appris, Coudrier, 2021, 74 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–025‑2
À soixante-huit ans, Patrick Devaux prend désormais son temps. Surtout celui de la réflexion, se tournant face au passé comme devant un miroir. Il y mire ses souvenirs, y reconnait la nostalgie, y revoit des gens rencontrés et ceux qui ne sont déjà plus là. « Un souvenir est un acquis, ce n’est pas du temps perdu », m’explique-t-il par téléphone. Ainsi, le titre de son recueil, Le temps appris, signifie que ce dernier n’a rien pris sans laisser quelque chose, des bribes, des fragments, des poussières d’étoiles ; leur scintillement. Continuer la lecture
Ostende-Bangkok Express
Patrick DEVAUX, Dorures légères sur l’estran, Bruxelles, Les Carnets du Dessert de Lune, 2015, 100 p., 12 €
Il y a des romans qui sont d’énormes pavés. Des fictions labyrinthiques qui emmènent dans les méandres du monde ou d’une langue. D’autres sont d’une extrême minceur. Brossent en quelques traits la trame d’une histoire. N’ont que faire des fioritures d’une langue baroque. N’ont que faire des intentions profondes et secrètes des personnages. Filent à toute vitesse de la première à la dernière page, en somme. Comme des trains express, ils ne laissent à leurs lectrices et lecteurs qu’à peine le temps de saisir une atmosphère, une couleur. Ces romans « marchent » peut-être d’autant mieux qu’ils se réfèrent à un genre très codé. Le roman d’amour, par exemple. Continuer la lecture