En tête

Godfroid Pour les beaux yeux d’Eddy Merckx

Pour les beaux yeux d’Eddy Merckx

Auteur : Marc-Syl­vain God­froid

Mai­son d’édition : Weyrich

Col­lec­tion : Plumes du coq

Année d’édition : 2026

Prix : 23,50 €

Livre numérique : /

ISBN : 9782390770084

Mar­cel-Syl­vain God­froid, avant de faire paraitre Pour les beaux yeux d’Ed­dy Mer­ckx aux Édi­tions Weyrich, avait pub­lié, il y a plus de dix ans, un pre­mier roman remar­qué chez le même édi­teur, Le bureau des rep­tiles, cen­tré sur la ques­tion de la poli­tique colo­niale de Léopold II. Il a pour­suivi, depuis, de plusieurs façons, son activ­ité de jour­nal­iste et d’en­quê­teur socié­tal et s’est livré, en nous offrant ce nou­veau roman, à un exer­ci­ce périlleux et réus­si, en ce sens où fonder tout un roman sur la fig­ure mythique du héros cycliste, pour une généra­tion, et sur le cyclisme, était une gageure !

Il a donc con­stru­it ce roman, qui plonge autant dans l’his­toire et la vie de Hurlebise, que, de près ou de loin, dans le monde où Eddy Mer­ckx a con­quis ses vic­toires de la fin des années 1960 à 1975. Ce fut la grande péri­ode en Bel­gique de l’avène­ment d’un nou­veau Roi : il gag­nait Tour de France sur Tour de France, des cours­es en Bel­gique et à l’é­tranger. Et cette ambiance de vic­toire dans ce qui s’ap­pelait les Trente glo­rieuses a été, que l’on s’in­téresse ou non au cyclisme, une époque où la radio, la télévi­sion, la presse écrite, rendaient compte, de façon exaltée, des exploits du sur­prenant Eddy…

C’est dans ce con­texte que Mar­cel-Syl­vain Gode­froid nous plonge dans l’his­toire d’un petit garçon, Vic­tor, et de son père qui idol­âtre « le Can­ni­bale », comme l’avait  surnom­mé l’univers du cyclisme. Aujour­d’hui, évidem­ment, le vélo a des relents plus écol­o­gistes ! Le petit Vic­tor grandit sous la coupe d’un père pas­sion­né de cyclisme qui a lit­térale­ment assigné la même pas­sion à son fils. Cette forme d’abus traduit, de page en page, une forme d’ad­dic­tion que beau­coup vivaient à l’époque… Le fils, Vic­tor, qui devien­dra jour­nal­iste de télévi­sion, enquêtera sur la dis­pari­tion soudaine du père et se met­tra à écrire sur cette dis­pari­tion et sa pro­pre place dans la vie famil­iale et dans le siè­cle dans lequel il se promène.

L’au­teur mène son roman sous la forme d’une enquête, mais autant cette enquête se déploie dans le pat­ri­moine des sou­venirs col­lec­tifs des Belges de cette péri­ode, autant l’e­space et le temps se con­fron­tent, au cœur des per­son­nages de la mère, de l’on­cle, des amis ou des voisins et des habi­tants du vil­lage. Pour les beaux yeux d’Ed­dy Mer­ckx, qui appa­rait d’abord comme un roman famil­ial, devient très vite un réc­it où les per­son­nages font face à des enjeux socié­taux, cul­turels civil­i­sa­tion­nels… On entend le son du film de cette époque et à tra­vers les péripéties de Vic­tor dans ses recherch­es, les lec­tri­ces et les lecteurs pour­ront être plongés dans ce mythique « temps passé».

Cet « ovni lit­téraire » se relie par ailleurs à une tra­di­tion de la lit­téra­ture française et ital­i­enne où la pas­sion du vélo tient grande place chez Émile Zola, Antoine Blondin, Albert Lon­dres… Le cyclisme représente prob­a­ble­ment dans la lit­téra­ture une sorte de dépasse­ment, de surhu­main, comme la lit­téra­ture voudrait, ou pré­tend, si attel­er. Cela, prob­a­ble­ment, parce que le cyclisme est un des sports les plus rudes et les  plus exigeants.

Pour les beaux yeux d’Ed­dy Mer­ckx se révèle, certes, un roman sin­guli­er, sans pour autant aban­don­ner le lecteur dans un hypothé­tique pelo­ton !

Daniel Simon