
Cosmogonie du gouffre
Auteur : Xénia Maszowez
Maison d’édition : Abrapalabra
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 108
Prix : 15 €
Livre numérique : /
EAN : 9782931324134
L’écriture de Xénia Maszowez creuse le territoire du continuum, de la lignée continue qui embrasse les humains et les non-humains, le fini et l’infini, les mots et les choses. L’expérience sensorielle est celle d’une immersion dans un tout auquel le corps est intimement lié. Les césures, les failles, les crevasses passent dans d’autres zones, celles de la mémoire collective et intime, celles de l’amour, du féminin, celles de la vie qui a côtoyé la mort. Couronné par le prix Plisnier avant sa parution, le recueil poétique Cosmogonie du gouffre entend ne pas faire du gouffre une métaphore mais danser au-dessus des abîmes que côtoie un soi poreux au dehors. Dans une langue qui emprunte différents registres d’écriture, tantôt abrupte, rêche, tantôt lyrique, il est question d’une cosmogénèse des galaxies mais aussi de soi, de l’univers intime, d’une créature-éboulis-ravissement « née d’un trou noir et d’une montagne ». Les catégories mentales sous lesquels, en Occident, l’esprit humain a cartographié l’ensemble des choses du monde volent en éclats, la « chair de fruit » est « presque viande », l’être est une montagne, un roc, une pluie, un volcan. L’animisme consone avec un vitalisme qui célèbre l’identité des cheveux et des ronces, des ongles et des pétales, du verbe et du lynx, de la sève, du sang et de l’encre.
Puisque mon poème est une clavaire
Un corail ardent s’élevant de l’humus
Comme si d’une femme s’échappait un faon
Ou qu’une rivière engendrait un enfant
L’énergie de la nature traverse les entités humaines, le corps féminin se bâtit un corps d’orage et de foudre et s’affirme contre ce qui le limite et l’enferme. Des collages de Xénia Maszowez ponctuent des textes qui bifurquent dans des plans hétérogènes, qui ravivent, sans les nommer, des figures féminines mythiques, des sorcières, des hérétiques, des prêtresses du nocturne, de la lune, Médée, Hécate, Médée. Placé sous le signe du kintsugi, l’art japonais de réparer les porcelaines, les céramiques, d’apaiser les âmes ébréchées, le poème éponyme élève un chant à la libération d’une femme-furie qui rompt les entraves et pétrifie l’adversaire, l’oppresseur. On songe à une réécriture du mythe de Méduse, on voit Méduse la farouche, la magicienne qui se lève entre les lignes, qui erre sur les landes des pages et vainc Jason à qui elle n’offrira pas sa tête. Cosmogonie du gouffre se place à l’intersection de l’intime et du cosmique, le premier étant devenu le second. Parfois, la langue se fait hachures, bonds sur les failles ; toujours, elle s’installe dans les ruptures (d’ordre, d’unité), dans les ébréchures, les points de tension loin de l’équilibre.
Je
Souvent
Déborde
De mon théâtre intérieur
Sur un monde en ruines, percuté par la guerre, par l’extinction silencieuse de espèces animales et végétales, Xénia Maszowez invente une écriture qui désencage, qui se tient sur la crête de la lucidité : « Ça ne durera plus longtemps Cosmiquement parlant ». Le bruit de fond de l’univers remonte dans le ventre des femmes, pulse dans les cicatrices, les plaies d’un corps, d’une âme qui cherche à être recousue.
Je ne suis pas blessée
Je suis blessure
Je suis sanglante plaie
Je suis gerçure
Après un premier recueil Hyphes (Éditions Chloé des Lys), Xénia Maszowez nous offre un chant aussi puissant que singulier qui se glisse dans le rien qui sépare le monde du moi.
Il n’y a rien entre le monde et moi
Pas même une blouse
De la plus fine soie.
Véronique Bergen