
L’Iliade
Auteur : Paul Emond
D’après l’oeuvre de : Homère
Maison d’édition : Le lion z’ailé
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 168
Prix : 16 €
Livre numérique : /
EAN :978–2‑39066–113‑9

L’Odyssée
Auteur : Paul Emond
D’après l’oeuvre de : Homère
Maison d’édition : Le lion z’ailé
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 186
Prix : 17 €
Livre numérique : /
EAN :978–2‑39066–113‑9
Le cycle troyen s’offre comme la matrice de lecture des guerres passées et actuelles en Occident. La puissance de l’adaptation théâtrale de L’Iliade et de L’Odyssée proposée par le romancier, dramaturge et essayiste Paul Emond (qui a également adapté pour la scène La légende de Tristan et Yseult, Don Quichotte, Madame Bovary, Le château, Moby Dick, L’éducation sentimentale) se loge dans un jeu entre restitution textuelle et choix scénique. Dans ces deux volumes parus aux Éditions Le Lion Z’Ailé dans la collection « Théâtre » dirigée par Jean Jauniaux, la matière épique homérique est traduite dans deux dispositifs théâtraux commandés initialement par Jules-Henri Marchant afin d’être joués au Rideau de Bruxelles. L’adaptation de L’Iliade se concentre sur la gigantomachie, la guerre qui opposa la Grèce aux Troyens durant dix ans, déclenchée par le rapt d’Hélène, femme de Ménélas, par Pâris, fils du roi troyen Priam. L’intervention des dieux dans les affaires humaines, les exploits guerriers d’Achille, de Patrocle, d’Hector, les querelles et coups bas entre divinités de l’Olympe, le déchainement des pulsions destructrices, les champs de morts, les lamentations d’Andromaque, les thrènes des veuves, la culpabilité d’Hélène délivrent une fiction anthropologique de la condition humaine. L’universalité du thème de la guerre traité dans L’Iliade fournit un éclairage des conflits sanglants, des massacres qui embrasent la planète de nos jours. Paul Emond choisit les alternances entre scènes d’embrasement, de folie martiale et moments où la violence se suspend, reflue (accueil du roi Priam par Achille et restitution du cadavre de son fils Hector).
Comme l’auteur l’analyse dans l’entretien avec Jean Jauniaux en postface des volumes, sans doute composées aux alentours du 8ème siècle avant notre ère, L’Iliade et L’Odyssée, textes fondateurs et éternels, s’inscrivent dans une pensée grecque où dieux et humains coexistent, les premiers jouant avec les seconds, les châtiant, les sauvant, les orientant. Le tragique de la destinée humaine ne se comprend que dans son lien intime avec des êtres immortels et invisibles qui règlent et dérèglent le cours des choses en fonction de leurs envies, de leurs courroux et des rivalités entre seigneurs de l’Olympe. La vision que Paul Emond donne de Zeus, Héra, Apollon, Arès accentue leur partialité, leurs caprices, souligne leur hiérarchie, leurs pouvoirs respectifs. N’en faisant qu’à leur tête, les divinités exaucent leurs désirs, pas ceux des humains.
Achille
Ne m’irrite pas, vieillard. Zeus veut que je te rende Hector, je le sais. Il m’a envoyé ma mère pour me le dire. Je sais bien aussi que, sans l’aide d’un dieu, jamais tu ne serais parvenu jusqu’ici. Mais ne remue pas la douleur en moi car, tout suppliant que tu sois, je pourrais violer l’ordre de Zeus et te jeter dehors.
Le soulèvement des mortels contre la loi des immortels, des femmes contre la fureur guerrière qui anime les hommes, l’appétence (qu’exprime Achille entre autres) pour un monde où divinités et humains cesseraient d’être la proie d’une furie, d’un démon thanatologique ouvrent la possibilité d’un dépassement harmonieux, certes provisoire, des contradictions qui forment l’étoffe du réel, des esprits et des songes.
Épopée qui narre les déboires endurés par Ulysse lors de son retour à Ithaque, qui s’inscrit dans l’après guerre de Troie, L’Odyssée est traversée par deux thèmes « qui ont profondément marqué l’imaginaire occidental » comme Paul Emond le mentionne dans la postface : « l’esprit d’aventure et la nostalgie du pays natal ». La tension entre ces deux dimensions traverse une adaptation théâtrale qui, portée par les voix de l’aède, de Télémaque, de Pénélope, de la magicienne Circé, de la nymphe Calypso, de la princesse Nausicaa, du devin Tirésias, des Cyclopes, sans oublier les dieux Zeus, Athéna, Poséidon, Éole…, épouse les séquences narratives du texte homérique. Le champ des questions ouvert par l’épopée demeure éminemment contemporain, convie à une lecture de notre présent implosé : l’équilibre du monde, entre les règnes, entre les vivants et les morts, les questions de la justice, de l’harmonie du cosmos, de l’ordre politique, de l’hospitalité, les méditations sur la mort, la gloire, la responsabilité des humains par rapport à leurs actes en dépit de la présence des divinités, sachant qu’aux dieux et déesses antiques, nous avons substitué d’autres idoles, de nouveaux Veaux d’or (Marché, Profit, Progrès…).
Véronique Bergen