« Du corps et d’écrit »

”Lombe

Rendre soin

Autrice : Julie Lombe

Mai­son d’édition : Blast

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 190

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 978–2‑492642–39‑5

Depuis son cab­i­net de soin, la poétesse Julie Lombe écrit ce qui toni­true du geste, sal­va­teur ou trau­ma­tique, du touché, du vécu, du char­nel, du matriciel et pub­lie aujourd’hui Ren­dre soin. Des heures et des jours à mass­er les chairs, les vies, les silences, les souf­frances de ceux venus s’allonger, la tex­ture vibre, jail­lit, reten­tit. Plonger dans le réel des corps épuisés, puis­er au cœur de son vivant de mas­sothérapeute pour com­pos­er un recueil où l’intime rejoint le poli­tique : Ren­dre soin, faire œuvre avec tact et attaque, comme un appel à trans­former la fragilité en force cri­tique.

Je sors de la cab­ine, ais­selles en sueur et, aus­sitôt, j’écris.
Écri­t­ure acci­den­tée
Pleine de ratures et d’abréviations.
À l’encre d’huile, je dépose une phrase, une sen­sa­tion,
une idée, un mot.

Dépos­er du vrai, du lucide, sans fard ni pom­made aux ver­tus angéliques pour le tra­vail du soin. Irriguer les pages avec une écri­t­ure du con­tact, où le lan­gage passe par la peau, la fatigue, l’écoute, l’usure, les blessures. Clamer avec justesse douceur et douleur, scan­der la colère, celle qui n’a pas à se lire entre les lignes, dénon­cer les iné­gal­ités, en corps encore, le cumul, les charges, le prix, le mépris.

Notre apparence, notre san­té,
Ne sont pas tant une ques­tion de claaasse mais de classe,
Presque de caste.
Corps de rich­es piéti­nant corps de pau­vres comme
            ser­pil­lères,
Dans l’indifférence crasse des corps inter­mé­di­aires.

Avancer dans une frag­men­ta­tion qui par­ticipe à l’esthétique nar­ra­tive, suiv­ant les dis­con­ti­nu­ités des con­sul­ta­tions, l’enchainement des corps, l’épanchement émo­tion­nel et les assauts de ce réel. Faire de la poli­tique par le sen­si­ble, du corps indi­vidu­el touch­er l’ordre social, pétrir la pré­car­ité, remod­el­er la machiner­ie des trans­mis­sions, fric­tion­ner les nor­ma­tiv­ités ambiantes, point­er « les préjugés nuancés au calorimètre », cibler les ten­sions du care, mus­cler « bouche pleine face à bouche bée », expos­er l’envahissement, les vio­lences, les assig­na­tions de genre et de race, les iné­gal­ités sociales, les rap­ports de dom­i­na­tion.

Est-ce qu’on épuise son cap­i­tal-care
Comme on grig­note son cap­i­tal-soleil,
Se gril­lant été après été, jusqu’à se chop­er un can­cer de
la peau ?
Quel cha­peau, quel indice de pro­tec­tion pour l’abnégation ?
Est-ce aus­si au plus jeune âge
Que le proces­sus est le plus dom­mage­able ?
On devrait pro­téger nos filles en les tarti­nant de Beau­voir
Quand on les laisse culs-nus sur la plage du care.

Une « poéthique » du care à la rhé­torique de la pul­sa­tion ryth­mée où détourne­ments phraséologiques, métaphores qui filent et scan­sions prosodiques don­nent voix au vivant d’un cab­i­net de soin qui se fait cham­bre d’écho du monde social. Un ancrage au réel qui prend soin de nous inviter à nous réap­pro­prier nos imag­i­naires.

Sarah Bearelle