« À taaaaaaaaable ! »

”Caillaux

Vous n’allez quand même pas finir la bouteille ?

Autri­ces : Françoise Cail­laux & Anne Letoré

Mai­son d’édition : L’âne qui butine

Col­lec­tion : Amphis­bène

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 274

Prix : 22 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑919712–40‑3

Françoise Cail­laux et Anne Letoré se mon­trent pro­lix­es et jubi­la­toires dans ce roman-chorale, illus­tro­col­lagé en fin de vol­ume. Elles inva­sion­nent un Coin de Terre qui fig­ure un petit monde entier. Fidèles à la ligne rabelaisi­enne de leur étable d’édition, les autri­ces buti­nent les idées-pis­tils et les mots-éta­mines de la car­nava­lesque tru­cu­lence, cette déli­cieuse mau­vaise herbe de toutes les utopies.

« Oh ! Oh ! Oh ! » qu’elle lâche pointant un doigt manu­curé et apeuré vers la bouteille posée entre les pattes du rôti-chat. Tous suiv­ent de leurs yeux exor­bités la bouteille qui gon­fle, enfle, bal­lonne, jusqu’à… PAF ! Comme la grenouille qui veut se faire… En un jet puis­sant et vir­il la bouteille libère un feu d’artifice de con­fet­tis.

Vous n’allez quand même pas finir la bouteille ? ne boit jamais le cal­ice jusqu’à la lie. Il en reste tou­jours un fond pour s’assurer que le bon­heur bachique per­dure. Le Coin de Terre est pour­tant un espace con­damné et stérile, un ter­rain acheté sym­bol­ique­ment par Émile, ancien cheminot. Le pro­jet ? Il est con­tenu dans la devise glou­tonne d’un cri de joie et de ral­liement « À taaaaaaaaable ! »

La table est nue, signe que l’heure est grave. Ceux qui sont assis n’ont pas l’air dans leur assi­ette. Debout, se tien­nent Bernard et André, muni d’un dossier. Élise et Mar­tine se glis­sent sur le banc entre Monique et Albert. Un doigt compt­able pointe chaque con­vive.

Le texte alterne dia­logues savoureux, calem­bours épicés, jeux de mots saucés, scènes scat­ologiques et bar­becu­lesques ; avec des pas­sages lyriques. Notam­ment portés par Port de La Lune, un poète-som­me­li­er qui con­fie ses écrits à des bouteilles jetées dans le ruis­seau du Filet. L’espoir d’une vie heureuse est ain­si expéri­men­té in situ, dans le quo­ti­di­en col­lec­tif et l’innocente cocasserie, où les ten­sions dra­ma­tiques sont jeux de rôles au milieu d’idylles nais­santes.

Ce matin-là, cha­cun arri­va à l’heure pour le petit déje­uner. Con­viés par un mes­sage anonyme, écrit en let­tres découpées dans le gra­tu­it local, glis­sé dans la poche de leur veste, le sac, le man­teau, le cha­peau… ils étaient tous là autour de la table se deman­dant quelle nou­velle venait d’ar­riv­er.

D’un 21 juin aux cli­max pro­gram­més du 31 décem­bre, voici le jour­nal dif­fus et soutenu de la com­mu­nauté du Coin de Terre, sorte de bouffe-in-progress, tam­bouille tou­jours recom­mencée, promise et cuitée à « ne pas finir la bouteille » jusqu’à l’épreuve du con­traire.

Tito Dupret