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Sapphô au présent

Sophie KLIMIS et Maya BÖSCH, Au rythme de Sap­phô. Se dire femme en désir, Rhuth­mos, coll. « Le libre jeu des plis », 2025, 182 p., 20 €, ISBN : 979–1095155393

klimis bosch au rythme de sapphoL’arc-en-ciel qui relie la poétesse grecque Sap­phô et l’ouvrage à qua­tre mains conçu par Sophie Klim­is et Maya Bösch s’appelle désir. Inau­gu­rant la nou­velle col­lec­tion « Le libre jeu des plis » des Édi­tions Rhuth­mos, Au rythme de Sap­phô. Se dire femme en désir déplie un dia­logue, un tres­sage de voix entre la philosophe, poétesse et dra­maturge Sophie Klim­is et la met­teure en scène, l’artiste Maya Bösch. Com­ment évo­quer aujourd’hui la magie d’Erôs, com­ment le penser dans ses puis­sances amoureuses et poli­tiques, à la croisée des éveils qu’il pro­duit sur le corps et sur l’esprit ? Con­tin­uer la lec­ture

Où l’auteur produit, à tour de bras, une littérature splendidement utile et inutile

Un coup de cœur du Car­net

Antoine BOUTE, Siestes Pilotes, Back­land, 2025, 98 p., 17 €, ISBN : 9782959402753

boute siestes pilotesJ’ouvre Siestes pilotes et, d’emblée, deux évi­dences : 1) j’aime ce livre et, 2), j’aimerais que, là, à l’instant, Antoine Boute se matéri­alise devant moi et me lise des extraits de Siestes pilotes, réin­ven­tant, pour mes yeux, et surtout mes oreilles, son écrit, dans une lec­ture per­for­mance inou­bli­able et drôle.

Parce qu’Antoine Boute est un maitre. Un expert en écholalies et glos­so­lalies. Prenant grand soin de ne jamais nous per­dre. Prenant grand soin à nous tenir en haleine. C’est que, l’air de rien, la langue mon­strueuse et les façons de faire d’Antoine Boute tien­nent autant du jeu, de la blague, du plaisir qu’il y a à écrire, à laiss­er la langue et les jeux avec les mots dicter le réc­it, les his­toires mul­ti­ples à pleur­er de rire rap­portées dans le livre qu’à l’art du réc­it et de la racon­touze. Comme si la langue — et les jeux qu’elle per­met — créait elle-même, en per­son­ne, le texte que nous sommes en train de lire. Comme si la langue en était l’auteur ou l’autrice. Antoine Boute n’étant que l’instrument de la langue. Son bic ou son écran infor­ma­tique. La langue pas­sant à tra­vers le corps d’Antoine Boute pour enfin s’incarner. Pren­dre corps devant nous. Con­tin­uer la lec­ture

Entre les mondes

Anna Safi­a­tou TOURE, Her­bier du départe­ment con­go­lais des Ser­res royales de Laeken, CFC, 2024, 64 p., 16 €, ISBN : 9782875721044

toure Herbier du département congolais des Serres royales de LaekenAu départ, un fait his­torique : les plantes ramenées du Con­go par les colons, pour agré­menter de leurs couleurs et leurs tex­tures les Ser­res royales de Laeken, n’ont pas survécu au cli­mat belge. Un siè­cle plus tard, une artiste fran­co-mali­enne s’empare du réc­it pour le tor­dre, en extraire la sève restée vivace – en dor­mance – sous l’écorce momi­fiée du réel. Con­tin­uer la lec­ture

Cinquante-six danses avec le maelström

COLLECTIF, 56 Descentes dans le mael­strÖm, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 306 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–460‑9

collectif 56 descentes dans le maelstromPoint d’ombilic de la nais­sance du pro­jet mael­strÖm, la nou­velle d’Edgar Allan Poe, Une descente dans le Mael­strom se voit recréée, réin­ter­rogée, pro­longée par le texte, l’image ou le dessin. Cinquante-cinq artistes (de Bel­gique, de France, d’Italie, du Liban, du Con­go-Zaïre, d’autres pays) descen­dent dans le vor­tex textuel d’Edgar Allan Poe. Un arc de cer­cle relie trois espaces : le texte de Poe pub­lié en 1841, l’aventure édi­to­ri­ale frayée par David Gian­noni en 1987 avec la créa­tion de la revue Mael­strÖm et la nou­velle vague pro­duite à l’occasion des trente-trois ans de l’aventure du pro­jet mael­strÖm.  C’est cette nou­velle vague générée par un texte aux vibrantes ondes de choc que le recueil col­lec­tif nous offre. 56 Descentes dans le mael­strÖm s’ouvre sur la nou­velle de Poe, laque­lle décrit le réc­it d’un des trois frères ayant survécu au mael­ström de Mok­strau­men. Con­tin­uer la lec­ture

Un avenir à dix euros

KRO, Madame Irma. 1. Per­les fines, Lamiroy, 2022, 88 p, 20 €, ISBN : 978–2‑87595–724‑5   

kro madame irmaMais qui donc est Madame Irma? De quel phénomène est-elle le prénom? Madame Irma n’est pas une incon­nue, elle inonde nos boîtes aux let­tres de petits bil­lets signés marabout Machin-chose ou Madame Truc­muche qui parviendraient à répar­er notre voiture même à dis­tance!

Madame Irma est une sorte de mouche sur le vis­age apparem­ment raisonnable d’une société tou­jours plongée dans les croy­ances et les pré­dic­tions à deux sous. Les réseaux soci­aux, par exem­ple, per­me­t­tent à n’importe quel com­pagnon de bar ou de tav­erne numériques de tir­er des plans sur la comète avec l’arrogance d’un Expert du Vide… Madame Irma n’est pas méchante, c’est pire, elle a trans­for­mé ce Schaden­freude alle­mand (cette réjouis­sances du mal­heur des autres) en un petit com­merce à dix euros la réponse qui lui per­met de sat­is­faire n’importe quelle pau­vre dés­espérée ou un infer­nal réviseur de l’entreprise des­tin… Con­tin­uer la lec­ture

Ultimation du présent

André DOMS, Anachroniques, Herbe qui trem­ble, 2021, 146 p., 18 €, ISBN : 978–2‑491462–22‑2

doms anachroniquesAnachroniques est le deux­ième volet d’un dip­tyque, cette fois con­sacré au temps lorsque le pre­mier, sor­ti un an plus tôt, fut spa­tial : Top­iques pour le monde actuel. Alors, en vue de cette deux­ième recen­sion, je me suis ren­du chez l’auteur à Wépi­on. C’était fin jan­vi­er et André Doms m’a d’emblée con­duit dans son jardin pour me mon­tr­er, fier et ravi, son hamamélis en fleur ; ce qui n’arrive qu’une fois l’an en plein hiv­er. Ses fleurs sont autant de petits feux végé­taux jaunes dont les pétales explosent en traits d’oursin depuis un noy­au de velours bor­deaux. Con­tin­uer la lec­ture

Pour saluer Vandromme

Un coup de coeur du Carnet

Pol VANDROMME, Une indif­férence de rébel­lion, Paris, Pierre-Guil­laume de Roux, 200 p., 23 €

Dans une inter­view pour La Presse lit­téraire parue début 2008, Pol Van­dromme répondait, laconique, à une ques­tion que je lui posais sur l’identité wal­lonne : « Je suis Belge par humil­ité et j’entends bien le rester. Vu mon âge, et ce qu’est déjà l’état du monde, le reste m’est indif­férent. Une indif­férence de rébel­lion. » C’est apparem­ment cette for­mule qu’il retint comme titre de l’ensemble qui con­stituerait son dernier recueil d’articles cri­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Ode à la poésie

Un coup de cœur du Car­net

Colette NYS-MAZURE, La vie poé­tique, j’y crois, Bayard, 2015, 137 p.

nys-mazureCe livre est une let­tre ouverte à tous les ama­teurs de poésie ou sus­cep­ti­bles de le devenir un jour. Colette Nys-Mazure, plus con­va­in­cue que jamais, pro­pose un plaidoy­er actu­al­isé sur la poésie et son rôle majeur dans l’existence. Au fil des pages, elle sème les noms des auteurs qui comptent pour elle pour mon­tr­er que la poésie est « partout, vivante et effi­cace ». Con­tin­uer la lec­ture

“La poésie est le réel absolu”

Francine GHYSEN

lekeucheS’entretenant avec Myr­i­am Watthee-Del­motte, en ouver­ture du numéro de la revue Nu(e) qui lui est dédié, Philippe Lekeuche embrasse ain­si sa con­cep­tion de la poésie, ancrée au plus pro­fond de son être, de sa vie :

Pas de poésie sans amour (donc sans soli­tude), sans art et sans folie. Et la poésie doit aus­si per­pétuelle­ment se débrouiller avec ce reste de sex­u­al­ité qui échappe à toute sub­li­ma­tion. Pour moi, je le dis hum­ble­ment, la poésie est mon risque suprême, elle me pose la ques­tion qui me taraude douloureuse­ment : « Qu’est-ce que l’amour, lui-même divisé en ses mul­ti­ples fig­ures ? ». Con­tin­uer la lec­ture

Les fins et le Moyen

Un coup de coeur du Carnet

Emmanuel GERARD, Widukind DE RIDDER, Françoise MULLER, Qui a tué Julien Lahaut ? Les ombres de la guerre froide en Bel­gique, Renais­sance du Livre, 2015, 350 p., 24,90 €/ epub : 13,99 €

lahautLes meilleures enquêtes crim­inelles se lisent, paraît-il, comme des romans. Un macchab, un (ou des) tueur(s), un modus operan­di, un mobile, des zones d’ombre, et voilà pour une intrigue qui devrait tenir le lecteur en haleine jusqu’au dénoue­ment. Mais dans le cas présent, l’affaire se com­plique d’une toile de fond labyrinthique. Car le 18 août 1950, le cadavre qui gît dans une mare de sang, abat­tu dans l’entrée de sa mai­son sise sur les hau­teurs de Seraing n’est autre que celui du charis­ma­tique leader com­mu­niste Julien Lahaut ; ses assas­sins sont sans doute des mil­i­tants, mais n’appartiennent-ils pas à son pro­pre bord poli­tique ? L’action se déroule en quelques min­utes à peine, avec la déter­mi­na­tion car­ac­téris­tique des com­man­dos ; le mys­tère demeur­era entier pen­dant des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture