Le tremblement de Pierre

Templier Les lueurs du rêve

Les lueurs du rêve

Auteur : Luc Tem­pli­er

Mai­son d’édi­tion : Weyrich

Col­lec­tion : Plumes du coq

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 210

Prix : 20 €

Livre numérique : /

EAN : 9782390770244

Pierre Soltare fouille. Le passé l’a envahi jusqu’à la soli­tude. La mort d’Amélie reste irré­solue dans le fond de son cœur. Archéo­logue, il con­fond les ves­tiges des tombes qu’il explore avec le deuil de ses ver­tiges amoureux. Son­der est le creux de ce roman comme un abîme où la vie s’enfonce irrémé­di­a­ble­ment. Sans remède, sinon Amélie. Qui n’est pas morte. Elle ne peut pas mourir. Pierre ne veut pas.

Je me rap­pelle ce proverbe bul­gare qui m’avait tant mar­qué, le jour où mon père me l’avait lu : « les vivants fer­ment les yeux des morts, mais les morts ouvrent les yeux des vivants. »

Tel est le pro­gramme de Luc Tem­pli­er dans Les lueurs du rêve. Amélie va devoir rou­vrir les yeux de Pierre. Il les a fer­més pour elle et il a rompu l’ordre du temps. La paix ne revien­dra que lorsque les rôles du vivant et de la morte seront rétab­lis. Com­ment faire ?

Qu’allais-je faire à présent ? Où en étais-je ? Moi, l’archéologue, chargé de mis­sion, servi­teur dévoué d’un méti­er de règles et rigueur… Pourquoi étais-je revenu comme un som­nam­bule dans la chapelle ? Pour ouvrir des tombes ? Qu’allais-je faire ?

La chapelle du roman est aus­si spec­trale qu’Amélie. Savoir si Pierre et son chantier sont réels est une ques­tion qui par­court le livre et qui cherche sa réponse. Pierre fouit la terre à l’intérieur des tombes de l’édifice et par allé­gorie, la noirceur en son for cav­erneux. Des rem­parts se dressent, des brèch­es s’ouvrent, puis des failles se comblent dans des murs qui dis­parais­sent.

Le silence fut long. Je bais­sai les yeux un instant, vac­il­lant entre deux mon­des : mes vieilles ténèbres et la douce lueur du réc­it.

Celui-ci avance avec minu­tie dans le cahi­er des fouilles. Sur le chantier archéologique autant que lit­téraire, Pierre ne voit plus de fron­tières entre lui, son méti­er et le ter­rain. Faute de répons­es, les ques­tions s’accumulent et une lim­ite se rap­proche. Celle de la folie, de l’enragée douleur, tant, que la pre­mière séduit pour soulager la sec­onde.

Pierre Soltare, isolé, s’interroge con­stam­ment et déroge aux lois sci­en­tifiques de sa pro­fes­sion avec la volon­té du dés­espoir. Il erre tout le roman, comme une sala­man­dre dans un marathon de mots piét­inés, pour en éclabouss­er le sens. Car mis en abîme, son réc­it onirique recule, se dis­tan­cie de lui-même et inter­pelle plusieurs fois sa pro­pre lec­ture.

De même, un lecteur, avide, inca­pable de résis­ter à l’appel du dénoue­ment, tourn­erait fréné­tique­ment les pages d’un roman pour courir vers la solu­tion, vers les dernières pages, brûlant d’impatience…

Cette fièvre, tout du long, entre les lignes, l’auteur et le lecteur la parta­gent. Au point de se deman­der si l’un et l’autre ne sont pas, finale­ment, le remède l’un de l’autre.

Tito Dupret