… D’une branche cassée, refaire tout un monde

Un coup de cœur du Car­net

”Colmant

Arbrissime

Auteur : Philippe Col­mant

Illus­tra­teur : Philippe Col­mant

Mai­son d’édi­tion : Le Coudri­er

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 75

Prix : 20 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑39052–083‑2

Orné d’aquarelles du poète, le recueil Arbris­sime, dédié à son père « qui fut un grand arbre », décline à la fois les saisons de la vie et celles de l’arbre. La poésie, telle une quête de l’Arbris­sime, l’arbre ultime / arbre de tous les jeux / Et de tous les aveux, explore la grâce ini­tiale, celle du pre­mier arbre, celui de l’enfance, lui qui mar­qua très tôt / dans mes paumes si nues / les lignes de la vie (…).

Une grâce solen­nelle jamais démen­tie irradie de cha­cune des évo­ca­tions de l’arbre, de la forêt et de l’écriture. Philippe Col­mant y puise une qual­ité lumineuse d’évocation dont l’émotion éveille en nous le sou­venir infor­mulé de sen­sa­tions loin­taines, celles d’un enfant sans roy­aume / Qui marche sur la mousse / Du long couloir du temps.

Le pas­sage du temps est ici omniprésent, comme le bat­te­ment trag­ique / d’un clocher incer­tain enten­du lorsque L’air réu­nit les bor­ds / de la plaie du jour bleu…

L’enfant devient le porte-parole du poète et le con­fi­dent des arbres, lorsque le jour descend / L’escalier lent des heures.

La beauté de la for­mu­la­tion poé­tique réside aus­si dans sa capac­ité de métaphore, comme ici lorsque le poète, devant un vieil arbre / soli­taire un peu fou, / plus gris qu’un ciel de ville, salue la résilience de cet ermite <qui> tient /  par ses seules racines / tout un flanc de colline.

On com­prend la magie de l’évocation poé­tique lorsque Philippe Col­mant en quelques lignes nous fait la con­fi­dence de l’éternité de la forêt et de « l’arbrissime », cette éter­nité qui ressem­ble tant à la poésie de l’enfance, ou plutôt à l’enfance en poésie…

D’une branche cassée
Refaire tout un monde,
Un bâton pour la route
Le scep­tre inat­ten­du
d’un roy­aume inter­dit.
Un pré­texte au poème…

Ne peut-on lire le mot « pré­texte » de deux façons, à la fois une rai­son d’exprimer, mais aus­si la racine, l’origine du texte, ce qui l’a précédé, la racine dont il jail­lit vers le ciel ?

Un recueil remar­quable.

Jean Jau­ni­aux