Fondu au blanc

Guinard White Song

White Song

Autrice : Chris­tine Guinard

Pho­tographe : France Dubois

Mai­son d’édi­tion : Unic­ité

Année d’édition : 2026

Prix : 13 €

Livre numérique : /

EAN : 978–2386383229

White song, court recueil poé­tique pub­lié aux édi­tions Unic­ité est le neu­vième ouvrage de Chris­tine Guinard. On entre dans cette Chan­son blanche comme dans un rêve flou et mys­térieux, un fon­du au blanc qui s’étirerait pour n’être plus une tran­si­tion mais un état per­ma­nent, de la pre­mière à la dernière page. On pose le pied sur un tapis de neige encore fraiche et le bruit sourd que fait cette dernière sous la semelle s’étend, laisse se dépos­er partout autour un silence enrobant où l’on peut se lover comme dans un cocon tis­sé à par­tir de sou­venirs et sen­sa­tions d’une enfance loin­taine mais pas tout à fait oubliée.

un jour depuis le début toi
tu es entrée en quête
tu avais les yeux grands ouverts
sur le blanc

sur les reliefs aus­si
les murs avec les traces de dessin d’enfant
au choco­lat noir
pour faire pass­er le temps du petit matin

Au fil des poèmes, on décou­vre une sen­si­bil­ité et une plume à fleur de peau où le silence pos­sède la même force et la même impor­tance que les mots. Parce qu’il est tou­jours dif­fi­cile d’affirmer – lorsqu’il est ques­tion de poésie surtout – qu’on a tout com­pris, que ce que l’on a lu entre les lignes est bien ce que le poète y a volon­taire­ment lais­sé, c’est sans être jamais sûr de com­pren­dre totale­ment, con­crète­ment, où le poème veut ou peut nous men­er qu’on devine, qu’on se laisse porter, qu’on s’octroie le droit d’interpréter ce qui nous est don­né à lire sans cul­pa­bil­ité. Les blessures, mais aus­si la ten­dresse des sou­venirs liés à l’enfance tra­versent le lecteur, le caressent, l’emportent.

Je t’ai cher­chée
comme encore je te cherche
au fond même du blanc
et à tra­vers les reliefs
que com­posent
notre terre

[…]

Je t’ai appelée
M.
je t’ai nom­mée
je t’ai atten­due
vail­lam­ment
tu n’arrivais pas
tu ne pou­vais pas
il n’y aurait per­son­ne
alors que tu com­po­sais
chaque par­celle d’air

Pour com­pléter, inten­si­fi­er la douce sen­sa­tion d’égarement, de silence, d’absence, le recueil est parsemé de pho­togra­phies issues de la série Par­adis blanc de France Dubois, pho­tographe brux­el­loise. Les images sont vaporeuses et lumineuses, elles accentuent l’impression d’être à la fois dans un cocon et de se tenir devant une immense éten­due neigeuse.

Amour, attente, souf­france, ten­dresse, absence et enfance font par­tie des thèmes qui con­stituent ce recueil et que la poétesse abor­de avec beau­coup de sub­til­ité, de pudeur et de finesse. La lec­ture de White song laisse des traces, dis­crètes mais pas seule­ment, dans l’esprit du lecteur, telles celles lais­sées lors d’une longue marche sur un sol cou­vert de neige.

Je te voy­ais
partout
comme aujourd’hui
en cet instant et pour la nuit des temps
je nous vois.

San­dra Defoy