Révéler le quotidien

Barsics Mon sosie

Mon sosie

Autrice : Cather­ine Bar­sics

Mai­son d’édi­tion : Rav­ages

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 92

Prix : 14 €

Livre numérique : /

EAN : 9782960413731

Mon sosie de Cather­ine Bar­sics est un recueil poé­tique pub­lié aux édi­tions Rav­ages. Les textes qui com­posent l’ouvrage, on ne fait pas que les lire, on les entend presque et rien d’étonnant à cela, puisqu’ils sont d’abord des textes à oralis­er, à per­former.

Dans Mon sosie, c’est de quo­ti­di­en dont il est ques­tion. Un quo­ti­di­en somme toute banal, mais auquel Cather­ine Bar­sics parvient à insuf­fler une poésie très con­tem­po­raine. Un ren­dez-vous chez le coif­feur, des cours­es au super­marché, les ami­tiés, l’amour et le désir, les petites choses de la vie courante : tout est là, et ce tout est abor­dé dans une langue mod­erne, avec légèreté et humour, mais aus­si avec une grande douceur.

Pleine de bonnes inten­tions
j’entre chez le coif­feur
je lui dis
bon­jour mon­sieur
je voudrais
un Meg Ryan 92
il dit ban­co
je dis mer­ci
avec qua­torze sucres
s’il vous plaît
nous devi­sons gaiement
il est plutôt euro
je suis restée très franc

Pen­dant ce temps ma voi­sine
un rien plus âgée
reçoit un Hugh Grant 97
ver­sion Véronique Gen­est

Au fil des textes, on décou­vre de nom­breuses références allant de la pop-cul­ture des années 1990 et 2000 aux mar­ques d’objets ou d’aliments que nous util­isons et con­som­mons, tous, ou presque, dans notre vie quo­ti­di­enne. Il est égale­ment fait men­tion de l’injonction à cette con­som­ma­tion, à notre besoin de dépenser, à cette pos­si­bil­ité, à la fois bénie et cauchemardesque, d’obtenir tout ce que l’on désire en un clic, ain­si que l’objectivation et la pré­cari­sa­tion des artistes que l’on prend et que l’on jette selon les besoins du moment. La poétesse évoque aus­si les réseaux soci­aux aux­quels il est, à l’heure actuelle, bien dif­fi­cile d’échapper.

Une société
de trans­port routi­er
basée à Tallinn
s’intéresse à mon pro­fil
Linkedin
Insta­gram
me pro­pose
des instru­ments Dyson
dont j’ignore
com­plète­ment
la poten­tielle fonc­tion
Face­book me four­nit
des paus­es
pub­lic­i­taires
– je n’en retiens
que la pause –

J’échappe
encore
aux algo­rithmes.

Tout au long du recueil, le lecteur se pose une ques­tion : qui est ce sosie dont par­le la poétesse à plusieurs repris­es ? Son sosie qui ne lui ressem­ble pas, qui est un garçon, qui rêve d’elle, son sosie ven­imeux, son sosie qui aime la poésie, qui est-il ? Se pour­rait-il qu’il soit, en fait, des morceaux d’elle-même, des par­ties d’elle bien gardées ? À chaque facette de soi, le sosie qui y cor­re­spondrait.

Par amour
de la poésie
mon sosie
songe
de plus
en plus sou­vent

À la quit­ter.

Instants volés, anec­dotes, tranch­es de vie exquis­es, ren­con­tres inat­ten­dues, amour et humour. Mon sosie offre des moments de lec­ture par­ti­c­ulière­ment rich­es grâce aux mul­ti­ples thèmes abor­dés, au ton employé et aux références très actuelles facil­i­tant la ren­con­tre et créant une prox­im­ité entre le lecteur et les textes qui lui sont don­nés à lire.

San­dra Defoy