Antoine Wauters : quand des cœurs battent dans des grottes

Antoine Wauters

Antoine Wauters

Voilà, ça y est. Antoine Wauters est de retour dans sa « grotte ». Dans ce qu’il appelle « grotte ». Son chez lui. Ce qui constitue son chez lui. Après quatre mois passés sur les routes. À promouvoir Marthe, moi et les autres et Pense aux pierres sous tes pas, ses deux livres parus simultanément l’automne dernier, chez Verdier. Visite de sa grotte. Retour sur sa vie aussi. Son parcours, déjà beau, déjà riche, de poète, scénariste, romancier et éditeur.

De sa grotte, il dit : « Avant mes enfants vivaient avec moi » puis « aujourd’hui je les vois les weekends et les vacances », alors, « c’est une grotte où j’ai plus de temps pour écrire mais où mes enfants me manquent ». Puis il ajoute : « Pour le reste, difficile d’évoquer la réalité de ma maison : je vis la plupart du temps dans un monde parallèle, où les objets du quotidien n’existent pas, où les horaires n’existent pas et où moi-même, j’avoue, suis assez peu présent ».

Puis il digresse. Parle d’écriture. « Je crois qu’écrire, chez moi, est une manière de transformer le quotidien, souvent insupportable, en quelque chose de plus intéressant, de s’offrir des vies improbables, de se démultiplier, de rejoindre la grande meute des personnages qu’on ne peut pas être dans la vraie vie, mais qui n’attendent qu’à s’incarner. Ça permet aussi de flotter, de ne s’ancrer dans rien ou dans le vaste rien, sensation délicieuse ».

Puis il s’excuse. Se dit incapable d’être concret. De parler concrètement de sa maison, de sa « grotte ». Il dit pourtant qu’elle se trouve en ville. Qu’il y accomplit les quatre ou cinq actions qui, en dehors de l’écriture, « donnent un peu d’épaisseur à sa vie ». Cuisiner par exemple. Passer cinq heures à préparer des plats libanais – son péché mignon –. Jouer avec ses enfants. Choses simples. Les plus simples possibles. Dit encore que, s’il le pouvait, il transférerait sa grotte à la campagne, où il deviendrait « nez », concoctant « des parfums à base de résine et de fougère, de musc et de romarin ». A toujours adoré les parfums. « Même les plus désagréables ».

Puis il parle des livres peuplant sa grotte. Du dictionnaire, « presque aussi beau que la Bible et que les livres de botanique », ces « parfaits poèmes ». « Lire la description précise de la composition d’une feuille d’arbre, avec ce vocabulaire riche et rare, me remplit de joie », dit-il. Tout comme les cartes topographiques. Ou les noms des lieux-dits de la région où il est né : « Chifgotte, Adzeux, Chincul, Bois Renard, Trou du Chien, Belle-Roche », parfaits poèmes eux aussi. Dit ensuite qu’il aimerait être un lecteur boulimique. Comme les libraires qu’il rencontre lorsqu’il est sur la route. Connaissant tout sur tout. Mais il croit, de manière générale « qu’il est difficile de se rendre disponible à la lecture divertissante lorsqu’on est écrivain ».

Il glisse alors quelques mots sur le métier d’écrivain. Sur ce qu’il sait, sent, du métier d’écrivain. Disant que, comme écrivain, on est « toujours en train de chercher, on est toujours à l’affût ». Grappillant de petites choses ou de petits détails pour avancer dans le texte en train de naître. Antoine Wauters s’identifiant alors, lorsqu’il travaille à un livre, à une abeille. « Parce que je butine en continu, chez les autres, d’infimes éléments qui nourriront ou relanceront, si pas mon texte lui-même, en tout cas mon envie d’écrire ». Mais l’art qui le retourne le plus, qui le laisse sans voix, c’est la musique. Glenn Gould jouant les Variations Goldberg, par exemple. « Ça n’appelle aucun commentaire, et c’est un grand bonheur », dit-il. « Atteindre ce lieu où il n’y a, littéralement, plus rien à dire ». Tout étant donné. Révélé, là.

Le goût des livres

Antoine Wauters présentant alors quelques livres, quelques auteurs autrices, peuplant sa grotte, sa bibliothèque. Disant de Nietzsche qu’il serait « comme un frère ». « Un ami et un ennemi ». Quelqu’un de fascinant et d’irritant. Remerciant au passage Jacques Sojcher qui voit en Nietzsche un poète, un fou tout autant qu’un philosophe. Wauters relisant régulièrement les lettres que Nietzsche adressait à ses amis, dans les dernières années de sa vie consciente. « On l’y sent incroyablement seul et obsédé à l’idée d’être entendu, écouté ». « Ses quelques lettres à Strindberg sont remarquables », dit-il. « C’est très beau et très triste, comme, à peu près à la même époque, les lettres que Vincent Van Gogh adresse à son frère Théo. On y sent des êtres constamment épuisés, constamment mobilisés et repris par leur art », dit-il encore. Fascination par ce va-et-vient constant, « entre maladie et santé, énergies sombres et énergie vives, souffrance intérieure et capacité à forger les concepts vitalistes de grande santé ou d’amor fati. » Cette faculté de transformer « nos ombres en clarté » étant peut-être « la principale mission de la littérature ». « C’est en tout cas ce qui m’a amené à écrire, et me pousse à continuer ». À côté de Nietzsche, d’autres amis-ennemis, bien sûr : Thomas Bernhard, Antonio Moresco et sa Petite Lumière, Agota Kristof, Faulkner, Steinbeck, Stephen King, Juan Gelman…

Goût des livres lui venant toutefois sur le tard. Enfant, il faisait de l’athlétisme : sprint et saut en longueur. Courir aura été « sa première fiction, son premier dédoublement ». « Ça n’a jamais été moi qui courais, dit-il, mais des projections de moi, des sortes d’avatars, de prête-noms qui sprintaient pour moi ». Wauters se glissant ainsi dans la peau des athlètes du Santa Monica Track Club et de Carl Lewis, son héros. Wauters se fichant de l’athlétisme en tant que tel. Préférant s’imaginer être quelqu’un d’autre. Commentant la course, pendant qu’il courait lui-même, à la manière d’un journaliste. Le public et son père n’y voyant que du feu. Croyant le féliciter quand il gagnait, mais félicitant, en réalité, « Anton Libermans, Evgueni Sakomatof ou Alter John Lewis, mes personnages fictifs d’alors, avec qui je continue aujourd’hui de pratiquer le sport. »

Les livres débarquant dans la vie de Wauters à l’adolescence en raison d’une vilaine blessure. Wauters se revoyant remplir ses premiers carnets de notes, pour continuer à se mouvoir, « bondir et rester nombreux ». « Je pense sincèrement ce que je suis en train de dire : j’écris pour continuer, bien qu’immobile, à me mouvoir dans des espaces où j’ai le sentiment de flotter », dit-il. Puis enchaînant. Disant que le premier livre marquant aura été La patrie empaillée de Jacques Izoard. Wauters n’y comprenant rien mais sentant au fil des pages que « quelque chose était en train de se passer ». Que sa vie serait désormais liée à la magie des mots. « À leur vitesse » dit-il. « Et au silence profond qu’ils renferment ». Les livres débarquant aussi via Monsieur D., un professeur, présent dans Nos mères. Ayant repéré ce « petit dérèglement » permettant d’écrire ce que d’autres n’écriraient pas. Encourageant alors Wauters à écrire. Faisant de sa vie autre chose qu’un « sacré pétrin ».

Enfance

Parce que l’écriture de Wauters tourne autour de cela. Du sacré pétrin. Comprenant, à huit ans, qu’il lui est impossible de se supprimer, il se rend compte qu’il est tenu à lui-même « comme un chien à une laisse », et que « cette servitude s’appelle vivre ». Tout Wauters, toute l’écriture de Wauters, tournant alors autour de ça. De ce questionnement identitaire ayant « foudroyé » son enfance, dit-il. De cette impossibilité de se détacher de soi. De s’oublier. De prendre congé de soi-même. Wauters commençant à écrire, pense-t-il, parce qu’écrire est une « prodigieuse façon de disparaître » tout en « se manifestant dans le secret ». « Ce que je veux dire, dit-il, c’est que je n’étais pas prédestiné à écrire, j’étais prédestiné à flotter ». L’écriture étant un excellent moyen pour cela. « Sans ennuyer personne, du reste ». Wauters ne faisant pas de bruit. N’emmerdant aucun collègue. N’obligeant personne à lui parler ou téléphoner. N’ayant juste besoin que de s’asseoir, « gentiment » dit-il, à sa table et d’écrire.

De son enfance, de cette seconde matrice qu’est son enfance, Antoine Wauters dit : « Ma mère peignait. Mon père était curieux de tout. On vivait la vie que les gens vivaient alors ». Où l’idée de se mettre en avant n’existait pas. Où les habits passaient d’un frère à l’autre. Les chaussures réparées. Une vie sans restaurant. Sans voyages à l’étranger. « Notre New York à nous s’appelait Chanxhe », dit Wauters. On se rendait à Liège trois fois par an. « Pas vu Bruxelles avant mes dix ans ». À la télévision, « on ne pouvait pas regarder les dessins animés violents, ni le Club Dorothée ». « C’était une belle période », dit Wauters. « Tout y a commencé et tout y a pris fin ». Wauters mené par sa mère à l’école par le « chemin aux araignées ». Père qui veille « y compris lorsqu’il est absent ». Animaux des fermes. Machines agricoles. Paysages façonnant les regards et les corps. Sommets des collines. Moissons. Etc. « C’est tout ça qui me fait écrire, c’est tout ça qui me manque ». Puis il précise : « L’impulsion de tous mes livres est dans la petite étable-poulailler de mon grand-père Charles. Des quelques mètres carrés du hangar à poules de Papou. Près de l’odeur des fraises qu’il cultivait. Non loin de l’étang aux oies et du terrain de football. Près des odeurs de chaux. Dans le purin ».

Écrire seul ou avec d’autres

Puis nous dérivons. Revenons à l’écriture. Aux textes qu’Antoine Wauters produit. Wauters soulignant qu’ils n’ont pas d’importance en eux-mêmes. Que l’important, c’est la destination, écrire n’étant pas, pour lui, une question de production de textes mais un lieu qu’il doit rejoindre. Parce qu’il doit écrire. Rejoindre ce lieu qui est peut-être le seul où il se sent vraiment à sa place. Wauters disant alors qu’il craint de disparaître parce que cela signifierait qu’il ne pourra plus occuper ce lieu. S’y ébattre. L’écriture étant peut-être, souligne-t-il, « une des plus prodigieuses façons d’approcher, de son vivant, ce vaste rien d’après la mort. » Wauters disant ensuite qu’il a écrit ses livres avec ses moyens de l’époque. Os avec ses moyens de l’époque. Sylvia avec ses moyens de l’époque. Quant à Césarine de nuit, narration poétique complexe, non chronologique, très « montée », il dit que ce livre lui a tout appris. Les livres d’avant Césarine étaient des « exercices préparatoires », dit-il.

Puis reprenons ses livres, un à un, les passant en revue. Wauters disant que ses premiers textes ont paru en revue, d’abord en revue, le monde de l’édition lui étant, à l’époque, totalement inconnu. Jacques Izoard, à nouveau, l’incitant à envoyer ses textes. Wauters se demandant alors ce qu’aurait été sa vie s’il n’avait rien montré à l’époque. S’il avait écrit secrètement. En faisant un « vrai » métier à côté. « Ce qui est ironique, c’est que, quand nos livres se mettent à être lus par un certain nombre de personnes, on se met tout à coup à courir derrière eux. On devient soi-même une sorte de personnage. À mon sens, la pire des choses pour un auteur. Les médias sont obsédés par le fait qu’il faille qu’un écrivain soit un personnage. Que sa vie et son œuvre se fondent. Qu’il émette un avis sur tout, même s’il n’a rien à dire ». Trait typique, selon Wauters, d’une société qui, dans son ensemble, est obsédée par cette idée de personnage. D’image à jouer. À entretenir. Wauters disant : « Je suis épuisé par ça ». Ça étant à l’opposé de ce qui se joue dans l’écriture. « Quand il n’y a que le texte et nous. ». L’horreur absolue étant, pour lui qui écrit pour disparaître ou vivre nombreux, que l’écriture finisse par faire de lui « quelqu’un ». Un personnage de pacotille. Un personnage de paillettes.

Wauters disant alors avoir publié ses premiers livres, en 2008 ; des livres de poésie, chez de petits éditeurs belges. Puis publiant trois récits chez Cheyne. Puis publiant maintenant des romans chez Verdier. Une maison incroyable « car incroyablement humaine ». Son éditrice étant « l’être le plus impitoyable que je connaisse ». Ne lui disant, par exemple, qu’après la relecture des secondes épreuves de Pense aux pierres sous tes pas qu’elle trouvait le livre réussi. L’édition, le monde de l’édition, ne lui étant pas étranger, ayant lancé en 2011 la collection « IF », à l’Arbre à paroles, ayant été directeur de collection chez Cheyne aussi. Ayant lancé aussi, bien avant cela, une revue de poésie avec Ben Arès, le poète Ben Arès, l’ami et quelques autres amis. Lisant tous et toutes sans arrêt. Osant tout. Wauters se fichant de savoir, à l’époque, et maintenant encore, si ce qu’il fait serait du roman ou de la poésie narrative, ses livres pouvant à la fois être perçus comme relevant d’un genre ou de l’autre. Le roman étant peut-être « jaloux ». « Si tu l’abandonnes quelques heures parce que tu veux aller prendre l’air, il te fait une scène à ton retour », dit-il. La poésie, quant à elle, s’écrivant « au vol », dès qu’on a un moment. La différence entre eux tenant peut-être donc au fait « qu’un roman s’écrit dans une souffrance et un plaisir longs, alors que la poésie serait liée à l’instant ». Wauters n’établissant aucune hiérarchie entre les deux.

Moi, profitant des livres de Wauters, du fait que nous abordions ses recueils et romans, pour lui demander quelle place tiennent, dans son cœur, les ouvrages écrits à quatre mains, avec Ben Arès et Tom Nisse. Lui, disant alors : « Je vais être sincère. Ce sont pour moi des travaux qui n’ont rien à voir avec le reste. Mis à part Préjudice, film que j’ai coécrit avec Antoine Cuypers, les livres que j’ai écrits avec d’autres auteurs ne représentent pas grand-chose pour moi, pour la simple raison qu’ils ont été écrits rapidement, alors que tout le reste a été très coûteux en temps ». Ajoutant : « Je pense qu’il est très difficile, quand on écrit un livre avec quelqu’un d’autre, de rejoindre ce lieu qui est le nôtre et depuis lequel, parfois, on peut parler. C’est très beau de partager la parole, mais je ne suis pas certain que cela marche dans le travail littéraire ». Disant encore : « Je crois que nous ne sommes bons que sur un très petit territoire qui nous est propre, et que dès qu’on le quitte, on écrit moins bien. Je garde cela dit un excellent souvenir de ces collaborations, tant avec Ben Arès qu’avec Tom Nisse, parce que c’était stimulant, galvanisant. On faisait ça sans se poser de questions. Le monde de l’édition manque sacrément de types qui font les choses comme ça, sans plan ni calcul ».

Nous, revenant alors sur ce lieu qui est le sien. Son imaginaire. Son rapport au monde et à la langue. Moi, lui demandant s’il y a eu, à son sens, évolution. Si ce qui le préoccupait au début, le préoccupe encore maintenant. Ou s’il est allé ailleurs. S’il s’ancre ailleurs. Lui, disant alors que tous ses livres pourraient commencer par la phrase qui ouvre Pense aux pierres sous tes pas : « On était nés jumeaux, pourtant mon frère avait toujours été comme un aîné pour moi ». Disant que cela résumerait tout. Que tout ce qu’il écrit vient de là. Que cela passe tantôt par des textes qui semblent davantage parler de langue et d’écriture, tantôt par des textes plus en prise avec le monde et la façon dont il appuie. « Mais en réalité » dit-il, d’un régime de texte à un autre, « il s’agit toujours à peu près de la même chose ». Parce qu’il est évident que « c’est par le langage que les choses se produisent » dit Wauters. Ajoutant : « Pense aux pierres sous tes pas est un livre politique, qui parle de notre monde actuel en utilisant le registre de la fable, mais qui dénonce surtout les effets dévastateurs des discours politiques, la manière dont ils affectent négativement le monde ». Disant que tout cela était déjà en germe dans Debout sur la langue. Son premier livre. Un bookleg paru chez Maelström. Il y disait en substance que, « lorsque la langue ne serait plus qu’informative ou strictement communicationnelle, marchande, ne portant plus que le marketing ou les balivernes politiques, alors c’en serait fini de nous, hommes de bouche ». « L’état de santé d’une langue, sa vivacité, son audace, sa liberté, son ouverture, est un incomparable instrument de mesure de la santé de l’individu. De son niveau de bien-être, non ? », dit-il encore.

Cinéma

L’écriture scénaristique, de cinéma, influençant, quant à elle, un peu l’écriture de certains de ses livres. Wauters étant tombé depuis longtemps dans le cinéma. Ayant toujours regardé énormément de films. Passant son temps, à l’ULB, quand il étudiait la philosophie, à regarder des films « sur les petites télés-magnétos d’un minuscule local près de la médiathèque ». Ayant vu ainsi des centaines de films, classiques, expérimentaux, asiatiques, tous les films du Dogme 95. Etc. Des années plus tard, Antoine Cuypers, qu’il connaissait par ailleurs, lui proposant de travailler sur un court-métrage. Antoine Wauters acceptant aussitôt. Malgré le fait qu’il n’est pas visuel pour un sou. Qu’il est dans la nuit quand il écrit. A New Old Story connaissant un joli succès dans les festivals. Puis les Antoine se mettant à Préjudice. Long métrage sorti fin 2015. Avec Nathalie Baye, Ariane Labed, l’excellent Eric Caravaca et Arno. « Expérience magnifique » dit Antoine Wauters. N’ayant jamais autant ri de sa vie que durant cette période. Inventant même une nouvelle discipline olympique : « le lancer de fourche-bêche ».

Puis revenant à l’écriture, à l’influence de l’écriture scénaristique sur l’écriture des livres. Disant que « le scénario est un outil technique, un moyen, pas une fin en soi ». Qu’il faut néanmoins « l’écrire juste ». Faire tenir un monde grâce au poids des mots. Ce régime d’écriture lui ayant appris à écrire de façon plus concrète, l’obligeant à visualiser davantage personnages et décors, à fluidifier, à faire des coupes, à travailler les dialogues. Le cinéma lui apportant surtout cette « chose fondamentale » : « désacraliser le texte, envisager l’écriture comme quelque chose de ludique, un défi et non une chose à vénérer ». Ajoutant: « un texte comme Moi, Marthe et les autres, je ne l’aurais pas écrit sans avoir préalablement écrit Préjudice. Il est monté comme un film, séquence après séquence. L’écriture en est sèche. Rugueuse. Peu littéraire, en somme. Je suis heureux d’avoir écrit un texte peu littéraire ».

Antoine désirant maintenant « revivre » dit-il. Ayant fait, depuis septembre 2018, bon nombre de rencontres autour de ses derniers romans. Ayant beaucoup voyagé. Pris des trains. Dormi dans des hôtels. Désirant maintenant marcher, préparer de la potée aux carottes à ses enfants et à son amoureuse. S’en tenir à sa grotte. À ses trous. Prendre ainsi quelques notes. Rêvant d’écrire à propos du village où il est né. Ou de partir, quelques mois, aux États-Unis. Y jouer au poker. Se tenir en tout cas à distance, un peu, du monde littéraire et de ses approches théoriques, à l’opposé de ses façons de faire, bien à lui, intuitives et sensibles. Craignant aussi le piège de la reconnaissance. De la possible perte de liberté que serait la médiatisation à outrance, ce « petit pacte avec le diable ».

Moi, laissant alors Antoine Wauters dans sa grotte. Dans son refuge. Auprès de ses amis proches et lointains. Des œuvres écrites qu’il affectionne et « des petites lumières, des êtres dont la vie et l’œuvre clignotent doucement, sur l’autre versant de la colline. Et qui nous animent. Et qui nous guident », dit-il.

Vincent Tholomé


Article paru dans Le Carnet et les Instants n° 202 (2019)