Des mineurs, des minores ?

illustration mine

Un peu moins de 31 000 km2. Certes, ce n’est pas le Licht­en­stein. Ce n’est pas le Brésil non plus. Autant dire que pour se tailler une place dans le con­cert des nations, la Petite Bel­gique aura dû compter davan­tage sur ses tré­fonds que sur sa super­fi­cie. Au 19e siè­cle, elle s’impose comme une puis­sance indus­trielle de pre­mier plan, grâce à ses géo­logues et ses ingénieurs, qui ont su où et com­ment exploiter les richess­es de son sous-sol car­bonifère. Mais surtout avec la sueur, les larmes et le sang ver­sés par son « peu­ple de la nuit », à la manœu­vre. Sep­tante ans après la tragédie du Bois du Cazier, il est tou­jours temps pour ce pays minus­cule de saluer ses Tra­vailleurs majus­cules.

Il n’aura pas fal­lu atten­dre l’émergence du bassin indus­triel mosan et l’accumulation des ter­rils dans le Pays noir au mitan du 19e siè­cle pour voir se noir­cir les mains des lab­o­ra­tores au con­tact de cer­taine pré­cieuse matière pre­mière, voi­sine du dia­mant en sa com­po­si­tion. Les pre­miers textes évo­quant l’exploitation de « houil­lères » dans les ter­ri­toires qui devien­dront longtemps après la Bel­gique, sont attestés depuis le milieu du 13e siè­cle. Et l’Étasunien John Jakes, dans sa saga sur la Guerre de Séces­sion Le Nord et le Sud, ne se plai­sait-il pas à rap­pel­er que les ancêtres de cer­tains de ses per­son­nages n’étaient autres que des Wal­lons émi­grés au Nou­veau-Monde pour y importer, déjà !, leur savoir-faire métal­lurgique ? Cette exper­tise, qui n’a rien d’une légende, ne sera d’ailleurs pas que prof­itable à ses déten­teurs et sus­cit­era des jalousies qui iront des brimades jusqu’à l’agression physique. Dans Ger­mi­nal, Zola imag­i­nait déjà que l’on « casserait du Belge » si les autorités du Voreux avaient la mau­vaise inspi­ra­tion d’appeler des ren­forts du Bori­nage pour con­tre­car­rer la grève ; et des exac­tions xéno­phobes eurent bel et bien lieu en aout-sep­tem­bre 1892 à l’encontre de familles belges instal­lées dans les coro­ns de Lens.

La fig­ure du pro­lé­taire, urbain ou péri-urbain, de mine et d’usine, nait donc de l’idée de Révo­lu­tion indus­trielle. Si la local­i­sa­tion de son berceau est située en Angleterre, sa data­tion reste très dis­cutée. Faut-il en faire remon­ter l’origine à l’essor com­mer­cial que vit l’Occident à la fin du 17e siè­cle, ou comme Fer­nand Braudel à la Renais­sance, voire au Moyen Âge ou encore à la maitrise du feu par Homo sapi­ens ? Dans notre pays, les choses sont claires. Instal­lé à Liège depuis 1797, John Cock­er­ill se voit chargé, vingt ans après, par le roi Guil­laume Ier des Pays-Bas de dévelop­per le domaine sidérurgique dans ce pays repassé sous pou­voir orangiste depuis deux ans. L’installation de l’Anglais dans le château de Seraing va boule­vers­er le paysage mosan tout autant que la vie des habi­tants de cette région appelée le cœur du bassin indus­triel le plus prospère du Vieux con­ti­nent.

Soubassements d’une littérature prolétarienne

camille lemonnier

Camille Lemon­nier

Pour faire tourn­er la machine, l’énergie mus­cu­laire ne suf­fit plus. Ce sera la con­sum­ma­tion du char­bon par tonnes qui fourni­ra la vapeur et la chaleur néces­saire aux opéra­tions de la mas­sive alchimie se jouant dans les hauts-fourneaux et les laminoirs. L’extraction de cet or noir néces­site méth­ode, savoir-faire, et surtout endurance physique comme morale. À la suite des paysan.nes condruzien.nes, des fileurs et fileuses gantois.es, des dock­ers anver­sois ou des mariniers ostendais, les tra­vailleurs et tra­vailleuses de la mine en Wal­lonie entrent dans la galerie des Nobles Tra­vailleurs œuvrant au développe­ment économique d’un pays tout jeune. Fig­ure pic­turale ou stat­u­aire chez un Con­stan­tin Meu­nier, l’ouvrier.ère d’usine ou de mine devient égale­ment un pro­tag­o­niste de drames lit­téraires, sous la plume d’écrivains fon­da­teurs de Nos Let­tres. Ain­si, après avoir évo­qué Ceux de la glèbe, Camille Lemon­nier se tourne vers le (lumpen) pro­lé­tari­at, dont il sonde les cœurs et les reins dans Happe-chair (1886) ou qu’il situe en con­tre­point des class­es exploitantes déca­dentes, comme dans La fin des Bour­geois (1892).

Mais le tra­vail n’est là encore qu’un motif. Si crue et âpre que soit la mise en scène de la con­di­tion ouvrière dans ces œuvres majeures, elle reste au ser­vice d’un pro­jet lit­téraire : le développe­ment de l’œuvre total­isante de celui que la Jeune Bel­gique avait sacré Maréchal des Let­tres dès son pre­mier roman. Lemon­nier sera longtemps taxé de « Zola belge », alors que son nat­u­ral­isme instinc­tif et pre­mier se dis­tingue à maints égards de la pré­ten­tion à la sci­en­tificité sous-ten­dant le cycle des Rougon-Mac­quart. Et si doc­u­men­tés que soient l’auteur de Ger­mi­nal ou son épigone ixel­lois, ils demeurent tous deux fon­da­men­tale­ment étrangers à la classe émer­gente qu’ils dépeignent, avec brio avant-gardiste et génie, mais en en demeu­rant les chroniqueurs, les écrivains et les pein­tres.

Le ques­tion­nement est inépuis­able : faut-il être Andalou.se, ou klep­tomane, ou maitre-ver­ri­er, ou veuve de guerre, pour être autorisé.e, « légitime », à écrire un roman met­tant en scène un per­son­nage d’Andalou.se, de klep­tomane, de maitre-ver­ri­er, de veuve de guerre ? Il n’en reste pas moins que cer­taines vari­ables du « pacte fic­tion­nel » changent selon que l’auteur.trice a partagé, enduré, perçu intime­ment, bref vécu, la con­di­tion de sa créa­ture de papi­er. De même pour les écrivains dits « pro­lé­tariens ». Con­sid­ère-t-on un auteur comme tel à par­tir du moment où il s’attaque à décrire les con­di­tions de vie et de mort des ouvri­ers, à l’exemple de l’auteur Ger­mi­nal ? Où se trou­ve alors la fron­tière entre une telle veine et les mou­ve­ments réal­iste ou nat­u­ral­iste ? Est-elle soumise à un critère soci­ologique, exigeant que, pour être pro­lé­tarien paten­té, il faut néces­saire­ment être, ou avoir été, soi-même ouvri­er… ? Dans ce dernier cas, la qual­ité d’écriture peut par­fois s’en ressen­tir. Quelle lit­térar­ité accorder en effet à un texte nar­rant le vécu des mineurs, mais sur un mode plat, anti-lyrique, d’une écri­t­ure grise cen­sée coller au sor­dide et à la mis­ère, bref dépourvu de style ? Et d’ailleurs, un texte issu de la cul­ture pop­u­laire a‑t-il la même valeur lit­téraire que celui d’un éru­dit, d’un jour­nal­iste pro­fes­sion­nel, d’un intel­lectuel qui a pen­sé avant de les décrire les con­di­tions du tra­vail d’une caté­gorie de la pop­u­la­tion ?

La lit­téra­ture pro­lé­tari­enne se défini­rait en somme par la néga­tive, comme tout ce qui n’est pas lit­téra­ture bour­geoise. Et la nuance pour­rait encore s’affiner en dis­tin­guant l’artisan ten­ant d’une tra­di­tion, d’un esprit cor­po­ratif, de l’ouvrier d’usine, tra­vailleur dérac­iné, ten­tant de se recon­stituer une iden­tité, une social­ité et une cul­ture dans un con­texte générale­ment urbain. La charnière entre ces deux domaines d’exercice du tra­vail peut être sym­bol­isée par le statut tout par­ti­c­uli­er du mineur, dont l’apparition va de pair avec celle d’avancées tech­nologiques et de méth­odes mod­ernes d’organisation du tra­vail, mais dont la nature des activ­ités les rat­tache à une tra­di­tion ances­trale de troglodytes laborieux et de Nibelun­gen serviles. Finale­ment, « ceux et celles de la houille » dévelop­per­ont un ensem­ble de codes soci­aux, de loisirs (on pense ain­si à la colom­bophilie, mais aus­si aux har­monies locales, à cer­tains jeux, etc.), de rit­uels et de pos­tures pro­pres, enfin une langue por­teuse d’une vision du monde (le wal­lon), pour s’imposer comme l’incarnation même de la valeur tra­vail dans la lit­téra­ture belge, et ce pen­dant près d’un siè­cle.

En ouver­ture de son étude essen­tielle sur la lit­téra­ture pro­lé­tari­enne, Paul Aron énumérait une série de représen­tants de l’écriture ouvrière avant 1914. Et un pre­mier dis­tin­guo se for­mule entre ces ouvri­ers – typographes, bot­tiers, mar­bri­ers – qui écrivaient, qui de la poésie, qui des arti­cles mil­i­tants, mais rien de réelle­ment per­son­nel, et la généra­tion qui suiv­ra la créa­tion du Par­ti Ouvri­er Belge, en 1885. Le sur­gisse­ment de ce troisième pili­er dans la vie poli­tique belge va très rapi­de­ment man­i­fester l’urgence de men­er un com­bat cul­turel et se souci­er de dot­er les class­es pop­u­laires de moyens d’expression qui ne leur avaient jamais été réservés aupar­a­vant. Ce sera le pro­jet mené par la Sec­tion d’Art, à tra­vers les Maisons du Peu­ple. D’éminentes per­son­nal­ités tels que le poète Émile Ver­haeren ou l’écrivain George Eekhoud par­ticiper­ont à cet élan empreint de pro­gres­sisme et d’humanitarisme.

En Bel­gique fran­coph­o­ne, il ne faut pas atten­dre l’après-guerre pour que s’affirme une autre écri­t­ure du tra­vail, non pas à voca­tion édi­fi­ante mais exp­ri­mant les angoiss­es, les tour­ments, les souf­frances et les tragédies qu’il engen­dre. Le dés­abuse­ment face aux grands idéaux d’un Sander Pier­ron dans Le tri­bun (1906), les douleurs de la pros­ti­tuée exprimée dès 1919 par Neel Doff dans sa Sym­phonie de la faim, noir­cis­sent sévère­ment le tableau. Sur le ter­rain de la mine, on doit au jour­nal­iste Mar­ius Renard d’avoir en pre­mier exprimé la détresse des Borains dans Gueule rouge (1894). Paul Aron a mon­tré com­ment Renard s’était détourné de « l’épopée ouvrière » pour priv­ilégi­er un vérisme sans con­ces­sion, dénué d’espoir. Six décen­nies plus tard, il chang­era de ton pour se muer en chantre de son « pays », le Bori­nage, qu’il voit désor­mais comme un Heimat minier devenu « terre d’énergie ». Il n’empêche qu’avec Mar­ius Renard, la lit­téra­ture de la mine en Bel­gique trou­ve son pre­mier témoin cap­i­tal.

Enfin Malva vint…

Constant Malva

Con­stant Mal­va à Jemappes en 1938 — © Mar­cel Lefrancq, CC BY-SA 2.0 be

À quiconque abor­de l’écriture de la mine en Bel­gique fran­coph­o­ne, le nom d’Alphonse Bourlard, alias Con­stant Mal­va, vient naturelle­ment à l’esprit. De 1919 à 1940, ce forçat du pic et de la plume cumu­la à ses descentes jour­nal­ières dans le trou la rédac­tion d’une œuvre poignante et sobre où il dépein­dra mieux que quiconque le morne quo­ti­di­en des « Gueules noires ».

Entré en lit­téra­ture grâce à l’appui de Hen­ry Poulaille, porte-voix majeur de la lit­téra­ture pro­lé­tari­enne en France, Mal­va sera sou­vent salué mais jamais pleine­ment recon­nu, ce qui empêchera la par­faite éclo­sion de son tal­ent. Il faut admet­tre que son style et son ton ne s’apparentent ni aux harangues révo­lu­tion­naires ni au mil­i­tan­tisme act­if auquel se prêteront plusieurs de ses con­tem­po­rains. Ain­si, dans L’histoire de ma mère (1932), les petites gens s’expriment dans un lan­gage policé et poussent la déli­catesse jusqu’à s’apostropher au sub­jonc­tif passé ! La nar­ra­tion, si elle touche par son réal­isme, reste d’une fac­ture clas­sique et souf­fre d’un cer­tain purisme auto-cor­recteur, pro­pre à nom­bre de créa­teurs belges de l’époque, avides de se voir agréés dans le giron du tro­pisme parisien.

On n’entend donc pas vrai­ment « par­ler peu­ple » dans ces pages, qui n’en gar­dent pas moins une indé­ni­able valeur de témoignage sur la con­di­tion – et plus encore les affres intérieures – des écrivains-tra­vailleurs. Mal­va, que Vic­tor Serge tax­ait de « mineur d’opérette » parce qu’il le voy­ait fréquenter des per­son­nes n’appartenant guère à son milieu, rompra avec le cliché exalté et idéol­o­gisé qui col­lait à sa caste dès l’incipit d’une con­fes­sion aux accents sans détour, Un mineur vous par­le (1948). Il y explique que, loin d’être une pro­fes­sion trans­mise par tra­di­tion, ce méti­er se con­tracte plutôt par repro­ductibil­ité et avec un sen­ti­ment de fatal­ité résignée ; de ce fait, il ne peut être aimé par ceux qui l’exercent. Mal­va déplore la grossièreté des hommes du fond tout en prenant acte du mépris dans lequel ils sont tenus. Se refu­sant de juger ceux dont il partagea le sort, il sou­tient : « À quelqu’un qui reprocherait au mineur sa men­tal­ité, je pour­rais répon­dre qu’il a la men­tal­ité inhérente à son méti­er. Si au lieu de tra­vailler dans le char­bon et la pierre, cet homme tra­vail­lait dans la farine, son lan­gage prendrait prob­a­ble­ment une autre couleur. »

Après ces pas­sages où se mêlent à la fois acuité et naïveté, le réc­it de Mal­va se frag­mente en sou­venirs d’enfance puis en évo­ca­tions du sol natal, le Bori­nage, de ses vicis­si­tudes his­toriques et de ses joyeuses ducass­es, de ses proverbes couil­lus où le dia­ble traine tou­jours un peu, de ses fig­ures majeures et de ses gens « gais mais qui savent que la vie leur est mesurée ».

L’image d’un auteur mono­lithique vole en éclats devant une telle dis­parate de gen­res, car, même s’il y con­serve un décor immuable, Mal­va s’essaye au roman (Le jam­bot), aux por­traits et aux scènes sur le vif (Borins, Un de la mine) et enfin au jour­nal intime, dans un texte sub­lime­ment inti­t­ulé Ma nuit au jour le jour. C’est dans cette tranche de vie « commencé[e] à une date prise au hasard et terminé[e] à la même date de l’année suiv­ante », que Mal­va touchera à l’accomplissement. Il y passe de la descrip­tion clin­ique de ses épuisantes heures dans la fos­se à celle, sans fard, de ses frus­tra­tions d’artiste inabouti, se sen­tant de plus en plus isolé, quand ce n’est pas oublié, de ses pairs.

En prenant la déci­sion d’écrire, le mineur doit assez tôt affron­ter un para­doxe, lorsqu’il s’agira d’exprimer sa con­di­tion : d’une part, il ne peut que vouloir l’améliorer, croire en un avenir meilleur pour lui et ses com­pagnons d’infortune ; d’autre part, son quo­ti­di­en le ren­voie à une réal­ité abrutis­sante, morose et physique­ment éprou­vante, qui laisse bien peu de pos­si­bil­ités à l’imaginaire de se dévelop­per. Ma nuit au jour le jour est la par­faite illus­tra­tion de cet état d’esprit pris entre deux feux. Il est d’ailleurs représen­tatif à plusieurs titres des traits nar­ra­tologiques et styl­is­tiques pré­dom­i­nants de la lit­téra­ture pro­lé­tari­enne.

Tout d’abord, un car­ac­tère intro­spec­tif et une ten­dance mar­quée à la con­fes­sion. L’écrivain pro­lé­tarien n’hésite pas à se met­tre en scène, dans sa réal­ité la plus plate. Con­stant Mal­va choisit par exem­ple de tenir son jour­nal pen­dant un an et de racon­ter « au jour le jour » les petits événe­ments, les rit­uels de la vie des mineurs, mais aus­si ses états d’âme (fatigue, réflex­ions sur l’écriture, aspi­ra­tion aux loisirs, admi­ra­tion de l’activité intel­lectuelle fig­urée par le ressource­ment à Paris auprès de Poulaille ou la fréquen­ta­tion d’auteurs belges, etc.).

Cette appréhen­sion du vécu per­son­nel et du monde induit évidem­ment une styl­is­tique appro­priée. Paul Aron employ­ait à ce pro­pos la très belle et per­ti­nente expres­sion d’«esthétique du ténu » (Paul ARON, La lit­téra­ture pro­lé­tari­enne, p. 175).

Tirail­lés entre les exi­gences de dire le réel dans toute sa nudité, tout en le trans­for­mant quand même en matéri­au lit­téraire, les pro­lé­tariens se sont forgés une écri­t­ure pour répon­dre à leur ques­tion­nement artis­tique. En défini­tive, la lit­téra­ture pro­lé­tari­enne telle qu’elle s’est imposée dans les années 1920–30 con­siste donc en la fig­u­ra­tion mi-glo­ri­fi­ante mi-trag­ique d’anti-héros du labeur rou­tinier, enfer­més dans des paysages ou de décors tels que l’usine, la mine, le coron, etc. Autant d’univers clos où ils ten­tent cepen­dant de se « réen­racin­er ». À ce titre, cette veine de l’histoire lit­téraire peut appa­raitre comme une « soci­olo­gie sauvage », entre témoignage direct d’une réal­ité col­lec­tive et plongée intro­spec­tive.

Hubermont, Nisolle : écrivains-mineurs détournés

On ne peut cepen­dant faire l’impasse sur les par­cours idéologiques pour le moins sin­ueux, voire erra­tiques, de cer­tains pro­lé­tariens qui s’expliquent notam­ment par l’inconfort de leur posi­tion sociale, ces écrivains se sen­tant déclassés sans être vrai­ment réin­té­grés au champ intel­lectuel.

Par­ti du trot­skisme, proche des sur­réal­istes, Con­stant Mal­va ne sem­blait pas prédes­tiné à con­naitre un douloureux pur­ga­toire après-guerre. Or, en 1940, il renonce à son tra­vail de mineur et, au début de la guerre, il suit l’appel de Hen­ri De Man, prési­dent du POB, qui récla­mait une forme de soumis­sion à l’occupant. Proche de l’UTMI (Union des Tra­vailleurs Manuels et Intel­lectuels) col­lab­o­ra­tionniste, Mal­va pâti­ra jusqu’à sa dis­pari­tion en 1969 d’avoir signé des arti­cles pour des jour­naux « sous la botte ». Le par­cours de son chef‑d’œuvre Ma nuit au jour le jour, écrit en 1937, reste par­ti­c­ulière­ment exem­platif. Michel Ragon, dans sa pré­face à la cor­re­spon­dance de Mal­va, émet­tait l’hypothèse que c’est bien à cause de son atti­tude pen­dant la guerre que, en 1947, Hen­ry Poulaille rejette la pub­li­ca­tion d’un man­u­scrit qui lui avait été soumis huit ans plus tôt (Voir Con­stant MALVA, Cor­re­spon­dance, Labor, coll. « Archives du futur », 1985) ! Bal­lot­té d’éditeurs en édi­teurs, le livre ne con­naitra de dif­fu­sion autre que con­fi­den­tielle que grâce aux Édi­tions Maspero, en 1978, longtemps après la mort de son auteur.

charneux et alii pierre hubermont

On pense égale­ment au cas de Pierre Huber­mont (1903–1989), dont les idéaux s’ancraient lui aus­si à gauche, au départ. Engagé alors qu’il a à peine 17 ans dans les rangs du Par­ti Ouvri­er Belge, fréquen­tant des auteurs social­istes ou com­mu­nistes comme Charles Plis­nier, Albert Aygues­parse ou Augustin Habaru, il pub­lie en 1930 un roman dense et hyper­réal­iste, Treize hommes dans la mine, qui narre le des­tin d’une équipe de mineurs coincés sous terre par un éboule­ment de galerie.

Le réc­it de Huber­mont s’inscrit pleine­ment dans l’atmosphère de crise de l’entre-deux-guerres. La ten­sion qui l’anime est per­cep­ti­ble dès la descrip­tion des mineurs enfi­lant leurs « tenue du fond, tenue de com­bat, hard­es mac­ulées de sueur, de pous­sières et de résine. Ces hommes casqués ont l’air d’aller aux tranchées. Le front, la taille, le front de la taille, n’est-ce pas comme à la guerre ? » (Pierre HUBERMONT, Treize hommes dans la mine, p. 27). C’est d’une voix sincère que Huber­mont évoque les tra­vailleurs dans toutes les atti­tudes que sup­pose la pré­car­ité de leur emploi : reven­di­cat­ifs de leurs droits, ani­més de brefs élans de sol­i­dar­ité, ils s’avèrent finale­ment inca­pables d’assumer avec courage la mobil­i­sa­tion col­lec­tive. Les treize qui se retrou­vent au fond du trou seront sac­ri­fiés sur l’autel des intérêts indi­vidu­els à tout niveau de la pyra­mide, de la base au som­met.

Non dénué de tal­ent, Huber­mont sera lui aus­si séduit par le néo-social­isme planiste de Hen­ri de Man au tour­nant de 1940 et présidera aux des­tinées de la CCW (Com­mu­nauté cul­turelle wal­lonne) sub­ven­tion­née par l’occupant. Son adop­tion, dans les pages du jour­nal La Wal­lonie qu’il dirige, des thès­es cher­chant à établir une com­posante raciale ger­manique aux orig­ines du peu­ple wal­lon, ne lui sera jamais par­don­né. Il sera con­damné à la per­pé­tu­ité, pour être libéré en 1950, mais, ne recon­quérant jamais de posi­tion lit­téraire, pas même sous un nom d’emprunt, il demeur­era très dis­cret pen­dant les quelque qua­tre décen­nies qui lui restent à vivre.

Il faut égale­ment citer Charles Nisolle, l’un des rares écrivains belges à avoir été passé par les armes. Son œuvre très lim­itée (quelques con­tes ou arti­cles parus entre 1934 et 1938 dans le péri­odique anar­chiste Le Rouge et le Noir, un con­te dans Esprit en 1937) est empreinte d’une tonal­ité par­ti­c­ulière­ment som­bre con­cer­nant la fig­ure du tra­vailleur, qu’il n’exalte absol­u­ment pas. L’exécution de Charles Nisolle tient plutôt à son engage­ment dans le rex­isme et à sa présence, attestée par le témoignage du « Führer wal­lon » dans son ouvrage La Cohue de 40, aux côtés de Léon Degrelle sur le front de l’Est. Il sera fusil­lé en 1947.

8 août 1956

catastrophe du bois du cazier

La cat­a­stro­phe du Bois du Cazier, le 8 aout 1956

Après-guerre, la lit­téra­ture pro­lé­tari­enne pro­duite par des auteurs et autri­ces fran­coph­o­nes de Bel­gique est moins présente dans les dynamiques du champ lit­téraire. Entachée par les engage­ments de ses représen­tants majeurs, elle se trou­ve pour longtemps reléguée à des pro­duc­tions région­al­istes ou dans les antholo­gies. Ain­si, il fau­dra par­courir le flo­rilège de la Lit­téra­ture pro­lé­tari­enne en Wal­lonie, pub­lié par Plein chant en 1985, pour dénich­er quelques pages vibrantes d’émotion signées en 1957 du mécon­nu Hec­tor Clara. Les pro­tag­o­nistes de Nos Haras incon­nus ne sont autres que… les chevaux de traits de berlines dans les galeries minières. Nous sont présen­tés tour à tour Le Gros, Blanc, Bap­tiste et autre Satan, ouvri­ers à part entière, à la dif­férence près qu’eux sont voués à finir leur exis­tence dans les entrailles de la terre où ils ne descen­dent qu’une fois. Ce texte fait par­tie des mille et un dia­mants noirs dont rutile la lit­téra­ture de mine.

D’autres auteurs ont abor­dé l’univers de la mine autrement que par le petit bout de la lorgnette, avec davan­tage de souf­fle et à nou­veau en « écrivains du monde ouvri­er », non plus en « ouvri­ers écrivant ». Quand il fait paraitre Bauduin-des-mines chez Gal­li­mard en 1939, le Car­olorégien Oscar-Paul Gilbert (1898–1972) inau­gure un cycle romanesque ambitieux qui se con­clu­ra en 1948 avec un titre qui fait écho à Lemon­nier, La fin des Bauduin. D’ascendance famil­iale aisée (son père fut directeur d’hôpital puis phar­ma­cien), Gilbert, for­mé au lycée Jean­son-de-Sail­ly à Paris et devenu jour­nal­iste pour Le Peu­ple notam­ment, ne peut être vu comme un pro­lé­tarien. Mais son œuvre mar­que un pre­mier moment de retour mémoriel glob­al sur l’activité minière dans la mesure où cette fresque d’une famille de maitres-char­bon­niers embrasse aus­si bien les des­tinées des damnés de la terre que des pos­sé­dants. Elle cou­vre en out­re une péri­ode par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble de l’histoire puisqu’elle se déroule essen­tielle­ment pen­dant la guerre, alors que l’Administration mil­i­taire mise en place par l’occupant avait pour seul souci de faire tourn­er à plein régime l’exploitation des ressources du pays. De con­vic­tion social­iste, Gilbert a pu installer une authen­tique dra­maturgie pour cha­cun de ses per­son­nages, quel que soit son statut social, et par là faire de la mine le cadre d’un dial­o­gisme romanesque puis­sant. Elle met en scène tous les drames humains liés à cet univers âpre, à com­mencer par celui de l’accident minier, motif cen­tral chez un Huber­mont et qui ici devient un élé­ment piv­ot de la nar­ra­tion par­mi d’autres. La fic­tion aura tôt fait d’être dépassée par la réal­ité.

Le 8 aout 1956, 262 hommes de douze nation­al­ités dif­férentes péris­saient au char­bon­nage du Bois du Cazier à Marcinelle, en Bel­gique. Cette date reste dans la mémoire ouvrière comme l’une des pires tragédies de l’histoire des Gueules noires en Europe. Au-delà de l’onde de choc émo­tion­nelle qu’elle sus­ci­ta, une polémique s’ensuivit, à pro­pos des respon­s­abil­ités à chercher prin­ci­pale­ment au niveau patronal.

L’instruction judi­ci­aire de l’affaire n’aboutit qu’à de dérisoires dédom­mage­ments, sans que jus­tice soit réelle­ment ren­due aux vic­times, directes ou indi­rectes, de la cat­a­stro­phe. La dénon­ci­a­tion d’un sys­tème d’exploitation dégradant fut à l’époque étouf­fée par les pesants débats d’experts et le jar­gon tech­ni­cien des ingénieurs. Et le pub­lic, après s’être cap­tivé au beau milieu de ses vacances pour le sor­dide feuil­leton de la remon­tée des corps, eut tôt fait de ne plus s’en souci­er. Trois ans plus tard, seuls de rares entre­filets dans les jour­naux fer­ont écho du ver­dict des juges à l’encontre des cinq inculpés : non coupables. Qui l’eût cru ?

L’ouvrage de référence sur le sujet, Tut­ti cadav­eri (Aden, 2005), lais­sait altern­er trois regards sur un même événe­ment. D’abord, l’apport de l’archiviste pas­sion­née, Marie-Louise de Roeck, attachée à réu­nir les doc­u­ments orig­in­aux et à recueil­lir les sou­venirs des ultimes sur­vivants ; ensuite, la con­tri­bu­tion de la jeune his­to­ri­enne Julie Urbain, resi­tu­ant avec grande clarté le con­texte du drame (bilan économique du pays au tour­nant de l’après-guerre, poli­tiques d’immigration con­cer­nant la main d’œuvre majori­taire­ment ital­i­enne, fon­da­tion et développe­ment du Bois du Cazier, rela­tion détail­lée des enquêtes et du procès) ; enfin, l’approche engagée du syn­di­cal­iste, Paul Lootens, qui a élar­gi sa con­clu­sion à la vaste prob­lé­ma­tique de la lég­is­la­tion sur l’accident de tra­vail.

Cette étude rassem­blait avec une irréprochable exhaus­tiv­ité les pièces du dossier. La douleur n’est pas exclue de ces pages, notam­ment de celles où la parole est don­née aux témoins, pour exprimer leur impuis­sance, leur insond­able désar­roi. Elle cède rapi­de­ment la place à la révolte, quand par exem­ple on revient sur le cas Gas­tone Lodolo, qui, pour l’avoir « un peu trop ouverte », se vit arbi­traire­ment arrêté puis expul­sé de son généreux pays d’accueil.

L’événement de 1956 a mar­qué les corps et les cœurs. Il signe aus­si un tour­nant défini­tif dans les esprits. Deux ans après le drame de Marcinelle parait l’anthologie d’Achille Delat­tre inti­t­ulée À la gloire du mineur. C’est autant un chant qu’un éloge quelque peu funèbre à la mémoire d’une fig­ure qui déjà s’estompe sur le ter­rain social. Les grandes grèves de 1960 se pro­fi­lent, le déclin indus­triel wal­lon s’amorce et ren­dra son dernier soupir au mitan des années 1980. Les enfants, puis les petits-enfants de mineurs se hissent sur les épaules des titans four­bus pour accéder à d’autres ambi­tions pro­fes­sion­nelles, dans d’autres secteurs économiques. Le wal­lon, langue jadis trip­ière des sol­i­dar­ités et des reven­di­ca­tions, n’est plus guère par­lé. Les galeries souter­raines se déser­tent pour ne plus se creuser que dans la mémoire de celles et ceux qui ont eu la patience d’écouter leurs ainés, voués autrement à devenir juste des « vieux ».

La cat­a­stro­phe de Marcinelle hante la mémoire de nombreux.ses écrivain.e.s belges d’expression française. Elle est mise en scène par Jean Lou­vet et Marie-Louise de Roeck comme une tragédie en qua­tre temps ; elle occupe une place impor­tante dans le roman his­torique Les années paix de Michel Claise ; elle fait l’objet d’une nou­velle, Pays noir, dans le recueil Bel­giques de Jean Jau­ni­aux ; elle est reponc­tuée par une solen­nelle poly­syn­dète, traduite en ital­ien, dans Tut­ti cadav­eri d’Éric Brog­ni­et ; elle est au cœur du roman noir de Paul Col­ize Devant Dieu et les hommes, où une jeune jour­nal­iste cou­vre un procès crim­inel dans le sil­lage de l’accident ; elle est enfin le déclencheur de la quête mémorielle entamée par Angela, La fille de Nino, dans le pre­mier roman de la promet­teuse Gabrielle Borile.

Mais la tragédie, dont 136 vic­times étaient des Ital­iens, a surtout eu pour corol­laire un change­ment socio-poli­tique majeur. Le Pro­to­cole bel­go-ital­ien du 23 juin 1946, étab­lis­sant l’échange de main‑d’œuvre, est rompu. L’immigration en Bel­gique va chang­er de vis­age, même si la « Légion du sous-sol » – ain­si que la désig­nait en 1958 le beau titre d’Eugène Mat­tia­to –, défini­tive­ment remon­tée à la sur­face, s’enracine durable­ment dans ce sol qu’elle a aus­si irrigué de ses larmes, de sa sueur et de son sang.

Une par­en­té évi­dente relie Eugène Mat­tia­to (1910–1991) à un Con­stant Mal­va, et ce n’est pas seule­ment l’exercice d’un méti­er. Il s’agit d’une com­mu­nauté de regard, désidéal­isé, sur une caté­gorie bien spé­ci­fique de tra­vailleurs. En effet, le per­son­nage mis en scène par Mat­tia­to, le délégué à la sécu­rité Mal­co, ne se prive pas de morigén­er ses com­pagnons d’infortune en leur enjoignant d’utiliser cor­recte­ment le matériel mis à leur dis­po­si­tion. Ce sens de l’autodiscipline est l’une des con­di­tions de leur survie, mais elle n’est pas aisée à inté­gr­er de la part d’individus ayant pâti d’un déficit d’éducation. Mat­tia­to s’en déso­lait : « Le lan­gage abom­inable, les kyrielles de blas­phèmes, les vocif­éra­tions, les féro­ces chamailles, l’effarant mépris de leur per­son­ne, l’absentéisme, les exploits si négat­ifs des fiers-à-bras, sont inhérents à l’exercice même du méti­er de mineur en Bel­gique ». Paul Aron expli­quait cette intran­sigeance par le fait que l’expérience de Mat­tia­to, employé à descen­dre dans le trou dès 1924, à qua­torze ans, était « plus proche de celle des mineurs belges que des nou­veaux arrivants ».

santocono rue des italiens

Toute dif­férente est l’approche de Giro­lamo San­to­cono, arrivé en févri­er 1953 à Mor­lan­welz alors qu’il est à peine âgé de trois ans. Son Rue des Ital­iens, paru en 2001, retrace, sur un mode éminem­ment intime et sen­si­ble, une enfance puis une jeunesse passées dans l’environnement laborieux de L’Étoile, le char­bon­nage de Mariemont-Bas­coup. Le père de San­to­cono, à qui l’œuvre est naturelle­ment dédiée, a fait par­tie de cette généra­tion mis­éreuse d’Italiens du Sud fascinés par les affich­es de pro­pa­gande qui mon­traient des mineurs du Nord allumant leurs cig­a­rettes avec des bil­lets de mille… Le garçon­net fera donc par­tie de ces mil­liers d’émigrants arrivant en train comme après un long exode. Lui, il débar­que en plein mois de févri­er, alors que le pays est sous la neige. Une décou­verte de la blancheur et du froid, qui s’obscurcira bien­tôt et ne se réchauf­fera guère. Sa Comédie humaine vire sou­vent à la Com­me­dia dell’arte, surtout quand il croque les chau­vin­ismes inter-régionaux qui sub­sis­tent, loin de la Botte, entre l’Abruzzese, le Marchig­giano et les Siciliens ! Avec un art con­som­mé du trait, San­to­cono croque ain­si le peu­ple de la nuit, la famiglia, les voisins, les cama­rades d’école, et orchestre la par­ti­tion de ce que Jean­nine Paque qual­i­fiera de « Rital-lit­téra­ture ». L’une des spé­ci­ficités de cette veine ? Affirmer mod­este­ment mais fière­ment sa dif­férence. Le père de Giro­lamo l’affirme : « Le char­bon­nage est pour nous un moment de plus dans notre vie, au même titre que la mis­ère, la guerre, le fas­cisme, les trem­ble­ments de terre… [le mineur belge] a une mémoire de mineur, lui. Moi, non ! Et même si lui et moi avons sué les mêmes gouttes, craint les mêmes coups de grisou et attrapé la même sil­i­cose, lui par­le de sa vie, moi de mon boulot… C’est dif­férent ! ».

salma marcinelle 1956

Extrait de “Marcinelle 1956” de Ser­gio Salma — Edi­tions Cast­er­man

Des maux, des mots, voilà tout ce qui resterait de ce passé irrémé­di­a­ble­ment enfoui ? En 2006, Ser­gio Salma avançait une propo­si­tion auda­cieuse pour renou­vel­er le regard sur ce qui s’était joué à Marcinelle, en 1956, avec une bande dess­inée en noir et blanc qui flirte avec le roman graphique. Imman­quable­ment, et même si son trait est plus flu­ide et ten­dre, on pense aux con­trastes d’un Frans Masereel, surtout dans ces cas­es où la ten­sion est à son comble. Le tra­vail de Ser­gio Salma, au même titre que ceux précédem­ment cités, nous prou­ve que le passé n’est jamais vrai­ment let­tre morte. Sans de telles remis­es en per­spec­tive, que la fic­tion con­tribue à actu­alis­er, à fix­er et à uni­ver­salis­er, cer­tain « fait divers » se résumerait à quelques pho­tos de femmes en noir, agrip­pées à un por­tail, pressen­tant que leur deuil se trame à 1000 mètres de fond, dans l’attente, l’insupportable attente que soit remon­té, au mieux un sur­vivant, au pire un cadavre. Mais, au moins, qu’il en sub­siste quelque chose de présent…

Frédéric Sae­nen


Repères bib­li­ographiques

  • Paul ARON, La lit­téra­ture pro­lé­tari­enne, Lover­val, Labor, coll. « Un livre une œuvre », 1995, rééd. coll. « Espace Nord », 2006.
  • Gabrielle BORILE, La fille de Nino, Bas­togne, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026.
  • Éric BROGNIET, Tut­ti cadav­eri, Amay, L’arbre à paroles, 2017.
  • Michel CLAISE, Les années paix, Avin, Luce Wilquin, 2010, rééd. Brux­elles, Genèse édi­tion, coll. « Les poches belges », 2020.
  • Paul COLIZE, Devant Dieu et les hommes, Bor­deaux, Hervé Chopin, 2023, rééd. Paris, Folio polici­er, 2024.
  • Jacques CORDIER, Vital BROUTOUT, Lit­téra­ture pro­lé­tari­enne en Wal­lonie, Chronique et réc­its (Clara, Nisolle), Bas­sac, Plein Chant, coll. « Voix d’en bas », 1985.
  • Marie-Louise DE ROECK, Julie URBAIN et Paul LOOTENS, Tut­ti cadav­eri, Le procès de la cat­a­stro­phe du Bois du Cazier à Marcinelle, Brux­elles, Aden, coll. « EPO », 2006.
  • Achille DELATTRE, À la gloire du mineur (antholo­gie), Cuesmes, Impri­coop, 1958.
  • Oscar-Paul GILBERT, Bauduin-des-mines, Paris, Gal­li­mard, 1939, rééd. Lover­val, Labor-RTBF, coll. « Espace Nord », 1996.
  • Pierre HUBERMONT, Treize hommes dans la mine, Paris, Val­ois, 1930, rééd.  Lover­val, Labor, coll. « Espace Nord », 1993.
  • Jean JAUNIAUX, « Pays noir », dans Bel­giques, Hévillers, Ker édi­tions, 2019.
  • Jean LOUVET et Marie-Louise DE ROECK, Bois du Cazier, Man­age, Lans­man, 2006.
  • Con­stant MALVA, Paroles de mineurs, Présen­ta­tion de Michel Ragon, Paris, Omnibus, 2007.
  • Eugène MATTIATO, La légion du sous-sol, Lover­val, Labor, coll. « Espace Nord », 2005.
  • Mar­ius RENARD, Le Bori­nage, terre d’énergie, illus­tré par l’auteur, Brux­elles, Imprimerie Bul­lens, 1951.
  • Ser­gio SALMA, Marcinelle 1956, Cast­er­man, coll. « Écri­t­ures », 2006.

Giro­lamo SANTOCONO, Rue des Ital­iens, Mons, Le Cerisi­er, 2001.


 

Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°228 (2026)