Archives par étiquette : Françoise Delmez

Mystique boréale

Françoise DELMEZ, Les nom­breuses éten­dues ouvertes de la mer, Tra­verse, 2018, 82 p., 14 €, ISBN : 978–2‑93078–329‑1

Françoise Delmez mouille la plume comme l’ancre d’un bateau dans un été de la vie de Léon Losseau. L’étincelle est l’étonnement. Qu’est-ce que le petit avo­cat mon­tois (il a peu plaidé), riche bour­geois et grand bib­lio­phile — 100.000 livres ! –, est par­ti faire tout là-haut sur la carte, dans les eaux froides du cer­cle polaire ? Con­tem­po­rain du fameux Paul Otlet qu’il invi­tait chez lui, tous deux étaient « sûrs que l’accès à la con­nais­sance était un fac­teur de prospérité et de paix pour l’ensemble de l’humanité. » Tel est peut-être un pre­mier aspect de son départ ? La con­nais­sance ? Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, L’escarbilleuse

Ingénue Proserpine

Sophie BUYSEL’escar­billeuse, Talus d’ap­proche, 1995

buyse l'escarbilleuseA peine vient-on de décou­vrir Sophie Buyse avec La graphomane (pub­liée à Toulouse chez Patrice Thier­ry) que l’on a droit, déjà, à un deux­ième roman. S’y expri­ment une fois encore la jubi­la­tion créa­trice et l’éro­tomanie du jeune écrivain. Que s’est-il passé, quelles leçons de vie et quelles métamor­phoses depuis Mara-la-Graphomane jusqu’à Mar­cia-l’Escar­billeuse, depuis la blonde véni­tienne jusqu’à l’ex­il au pays noir ? Peut-être après tout n’est-ce qu’une ques­tion de point de vue. Quand l’amoureuse épis­to­laire s’ingé­ni­ait à jouer avec la mort par l’in­ter­mé­di­aire des mots, la petite grap­pilleuse de char­bon, de l’hôpi­tal où elle con­sole à l’a­cadémie où elle pose, a la mort sur son épaule comme un man­teau d’hiv­er : « Ce n’est pas elle qui touche la mort, /c’est la mort qui la touche », ain­si par­le l’épigraphe. Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, La graphomane

Telle est prise…

Sophie BUYSELa graphomane, pré­face de Mar­cel More­au, Patrice Thier­ry édi­teur, 1995

buyse la graphomaneOn a le sen­ti­ment, au sor­tir du pre­mier roman de Sophie Buyse (« écrit à Venise à l’âge de vingt-six ans ») d’avoir décou­vert un bon écrivain, une per­son­nal­ité sin­gulière cul­ti­vant et orches­trant avec brio tous les élé­ments de sa sin­gu­lar­ité. Son livre se pose dans la grande tra­di­tion du roman épis­to­laire mais il fait de la let­tre, et surtout de la let­tre d’amour, son objet de prédilec­tion. Les liaisons dan­gereuses que vont nouer les deux person­nages du roman au gré de leur cor­re­spon­dance, et qui ne cesseront de se démul­ti­pli­er en métaphores sub­tiles telles que chaines d’or, brins de laine et nœuds de mots, ont en effet pour pré­texte l’é­tude que la jeune femme, rési­dant à l’in­sti­tut psy­chi­a­trique véni­tien de « l’île aux fous », entend men­er sur la let­tre d’amour chez les écrivains con­tem­po­rains. Les rap­ports sen­suels que Mara entre­tient à dis­tance avec son guide de recherch­es, Sébastien Cas­san­dre, déclinés, dis­séqués, épuisés au cours des let­tres, soumis dès l’abord aux contrain­tes fort pré­cis­es du genre, échap­per­ont bien­tôt à la maîtrise de ces trop con­fi­ants démi­urges pour anéan­tir le cou­ple qu’ils for­maient. Con­tin­uer la lec­ture