Archives par étiquette : Sophie Buyse

Nos articles les plus lus en 2024

Nous pour­suiv­ons notre bilan de 2023, avec quelques sta­tis­tiques con­cer­nant l’activité sur le blog du Car­net et les Instants au cours des 12 derniers mois. Con­tin­uer la lec­ture

La mystique de l’érotisme

Sophie BUYSE, Pros­ti­tuée sacrée, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 256 p., 18 €, ISBN : 9782875055057

buyse prostituée sacréeLa mys­tique des corps, les puis­sances cathar­tiques de l’amour et de l’érotisme com­posent le noy­au des romans et réc­its de Sophie Buyse, de La graphomane à L’organiste, de L’escarbilleuse à Con­fi­dences de l’olivier, Amour et Kab­bale. Roman éblouis­sant, Pros­ti­tuée sacrée enroule las­cive­ment ses chapitres autour de Venise, une ville dont le des­tin est intime­ment noué à la pros­ti­tu­tion, et deux cour­tisanes, Veron­i­ca Fran­co et Mado. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2024, avec sobriété

Rentrée littéraire 2024

Pour la plu­part d’entre nous, le début des vacances est aus­si immi­nent qu’attendu. Évo­quer en ce moment la ren­trée, fût-elle lit­téraire, a donc for­cé­ment quelque chose d’incongru. Pour­tant, les maisons d’édition ont générale­ment déjà bouclé leur pro­gramme autom­nal et plusieurs d’entre elles l’ont présen­té aux libraires, voire aux médias. Comme tou­jours, les autri­ces et auteurs belges seront nom­breux à dévoil­er leur nou­veau livre cet automne. Le point sur leurs sor­ties annon­cées au deux­ième semes­tre.

Mais d’abord quelques con­stats. À part les édi­tions M.E.O., Weyrich et Les impres­sions nou­velles, dont cer­tains romans parais­sent dès la fin août, les maisons d’édition belges ne se calquent pas sur le cal­en­dri­er de la ren­trée lit­téraire française : la plu­part de leurs pub­li­ca­tions sont prévues plus tard dans la sai­son. Ce décalage peut s’expliquer par une volon­té de ne pas se plac­er en con­cur­rence, for­cé­ment déséquili­brée, avec des sor­ties hexag­o­nales accom­pa­g­nées de moyens pro­mo­tion­nels sans com­mune mesure. Il reflète aus­si une logique autre : plusieurs maisons d’édition inter­rogées pour pré­par­er cet arti­cle nous ont expliqué pro­gram­mer leurs paru­tions en fonc­tion non de la ren­trée lit­téraire, mais des événe­ments plus por­teurs pour elles, tels que le Marché de la poésie, le fiEs­ti­val ou encore le Poet­ik Bazar. Con­tin­uer la lec­ture

Puissances de la lettre

Sophie FAVENNEC-BUYSE, Amour et kab­bale, MaestrÖm, 2019, 204 p., €, 15 €, ISBN : 978–2‑87505–344‑2

Que le monde, sa créa­tion, son sens, sa richesse reposent sur les puis­sances de la let­tre, Amour et kab­bale le traduit en réc­it dans le mou­ve­ment où il le met en œuvre. Dans ce roman bruis­sant de sor­tilèges, qui explore les liens entre énergie de l’amour et esprit de la kab­bale, la roman­cière (auteure de La graphomane, L’organiste, Autop­sy, Con­fi­dences de l’olivier, pub­liés sous le nom de Sophie Buyse), psy­cho­logue, sex­o­logue Sophie Faven­nec-Buyse tisse un réc­it ini­ti­a­tique qui trans­forme le lecteur. Au tra­vers du cou­ple d’amants for­mé par Léa, l’archéologue biblique, et Simon, l’astrophysicien kab­bal­iste, la fic­tion accom­plit ce qu’elle narre : l’érection d’un « pont entre la Torah et la ponc­tu­a­tion des astres », entre le vis­i­ble (de l’histoire, de la vie, de la mort) et l’invisible, entre la pra­tique de l’écriture et sa trans­mu­ta­tion ésotérique. Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, Confidences de l’olivier

Des animaux, des arbres et des hommes

Sophie BUYSE, Con­fi­dences de l’olivier, mael­ström révo­lu­tion, 2009

buyse confidences de l'olivierS’agit-il d’un « roman d’anticipation » ou d’une « fic­tion nat­u­ral­iste », comme nous invite à penser la qua­trième de cou­ver­ture de Con­fi­dences de l’olivier, le dernier roman de Sophie Buyse ?

Que l’on opte pour l’anticipation, romancée ou non, cette fic­tion telle­ment plau­si­ble arrive à point nom­mé pour diver­si­fi­er les raisons que nous auri­ons de nous inquiéter du désac­cord plané­taire entre l’homme et l’environnement. C’est bien le com­porte­ment humain qui est ici soumis à la ques­tion. Sinon celui des états, celui des sociétés « du nord »,  appelons-les ain­si pour la facil­ité, et des indi­vidus qui les com­posent. Sophie Buyse traque en effet une pol­lu­tion beau­coup plus insi­dieuse que celles-là qui font la une de notre actu­al­ité des dernières semaines de 2009, quand les puis­sants de ce monde sont priés de ren­dre des comptes et surtout som­més de s’accorder sur des mesures rigoureuses de sauve­g­arde de la planète. Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, L’organiste

Le livre des sons

Sophie BUYSEL’or­gan­iste, Images d’Yvoires, 2002

buyse l'organisteDans L’Or­gan­iste, troisième roman de Sophie Buyse, tout est son et le son est tout. Cela com­mence par le nom des peu­ples dans ce monde divisé, que coupe en deux un fleuve, que sépar­ent aus­si les manières de penser et de vivre, d’en­tendre ou non la musique, le bruit et la fu­reur. Chez les Echocides de la rive droite, le silence est impos­si­ble : « Le traf­ic est intense, les bruits fusent de toutes parts, des pub­lic­ités s’il­lu­mi­nent (…) et (…) inter­pel­lent d’une voix aguichante (…) Le pas­sant est inté­gré à la marchan­dise, il ne peut plus se dif­férenci­er de ce qui lui est présen­té ». Chez les Murmu­rants de la rive gauche règ­nent la pau­vreté et l’austérité morale. Les seuls chants admis­sibles sont ceux du culte et ceux des came­lots sur les marchés. Les autres sont inter­dits, comme à peu près tout, d’ailleurs, est inter­dit. Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, Par-dessus les toits

Les grottes

Sophie BUYSEPar-dessus les toits, Let­tre volée, 2000

buyse par dessus les toitsDans une fos­se comme un ours,  chaque matin je me promène, écrivait Apol­li­naire en 1911, adres­sant de sa cel­lule de la San­té un sig­nal par­ dessus les toits et les années vers le pris­on­nier Ver­laine. Par-dessus les toits, c’est juste­ment le titre d’un livre récem­ment pu­blié par Sophie Buyse dans le cadre d’un pro­jet dévelop­pé durant Brux­elles 2000. C’est une sorte de vision mod­erne et locale des bas-fonds. Car les fos­s­es, ce sont aus­si les exca­va­tions que la société creuse pour y nich­er les aliénés, les trop vieux. Et ce sont même les ruelles de la ville qui appa­rais­sent comme creusées entre les édi­fices. Pour nous faire vivre en ces grottes, Sophie Buyse recourt à ses pro­pres témoignages écrits, à des pho­tos de Valérie Car­ros, ain­si qu’à des inter­views enreg­istrées sur un CD glis­sé dans le livre. Ces inter­views sont entrecou­pées de frag­ments de poèmes, choi­sis on ne peut mieux, musi­cale­ment chu­chotés dans un con­traste réus­si avec la tru­cu­lence bru­xelloise des per­son­nages inter­rogés. Le texte écrit démarre en force dans le sil­lage d’un clochard qui ressent l’im­pul­sive néces­sité de tâter, de palper du doigt les pa­rois des artères de la ville. Celle-ci sem­ble vibr­er sous « ce touch­er déli­cat qui douce­ment caresse ses murs ». Sophie Buyse aime aus­si se fau­fil­er der­rière les palis­sades de chantiers, descen­dre dans un ven­tre ouvert de la terre : « le trou offrait le spec­ta­cle d’un vide pro­pre, dépouil­lé : la terre était nue, cachée au cœur de la ville comme une blessure impudique ». Les rues sont étouf­fées par les falais­es des édi­fices. Sophie Buyle y échappe en escal­adant à con­tre sens les is­sues de sec­ours inter­dites des grands hôtels. Là haut, elle voit le ciel par-dessus les toits. Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, L’escarbilleuse

Ingénue Proserpine

Sophie BUYSEL’escar­billeuse, Talus d’ap­proche, 1995

buyse l'escarbilleuseA peine vient-on de décou­vrir Sophie Buyse avec La graphomane (pub­liée à Toulouse chez Patrice Thier­ry) que l’on a droit, déjà, à un deux­ième roman. S’y expri­ment une fois encore la jubi­la­tion créa­trice et l’éro­tomanie du jeune écrivain. Que s’est-il passé, quelles leçons de vie et quelles métamor­phoses depuis Mara-la-Graphomane jusqu’à Mar­cia-l’Escar­billeuse, depuis la blonde véni­tienne jusqu’à l’ex­il au pays noir ? Peut-être après tout n’est-ce qu’une ques­tion de point de vue. Quand l’amoureuse épis­to­laire s’ingé­ni­ait à jouer avec la mort par l’in­ter­mé­di­aire des mots, la petite grap­pilleuse de char­bon, de l’hôpi­tal où elle con­sole à l’a­cadémie où elle pose, a la mort sur son épaule comme un man­teau d’hiv­er : « Ce n’est pas elle qui touche la mort, /c’est la mort qui la touche », ain­si par­le l’épigraphe. Con­tin­uer la lec­ture

Sophie Buyse, La graphomane

Telle est prise…

Sophie BUYSELa graphomane, pré­face de Mar­cel More­au, Patrice Thier­ry édi­teur, 1995

buyse la graphomaneOn a le sen­ti­ment, au sor­tir du pre­mier roman de Sophie Buyse (« écrit à Venise à l’âge de vingt-six ans ») d’avoir décou­vert un bon écrivain, une per­son­nal­ité sin­gulière cul­ti­vant et orches­trant avec brio tous les élé­ments de sa sin­gu­lar­ité. Son livre se pose dans la grande tra­di­tion du roman épis­to­laire mais il fait de la let­tre, et surtout de la let­tre d’amour, son objet de prédilec­tion. Les liaisons dan­gereuses que vont nouer les deux person­nages du roman au gré de leur cor­re­spon­dance, et qui ne cesseront de se démul­ti­pli­er en métaphores sub­tiles telles que chaines d’or, brins de laine et nœuds de mots, ont en effet pour pré­texte l’é­tude que la jeune femme, rési­dant à l’in­sti­tut psy­chi­a­trique véni­tien de « l’île aux fous », entend men­er sur la let­tre d’amour chez les écrivains con­tem­po­rains. Les rap­ports sen­suels que Mara entre­tient à dis­tance avec son guide de recherch­es, Sébastien Cas­san­dre, déclinés, dis­séqués, épuisés au cours des let­tres, soumis dès l’abord aux contrain­tes fort pré­cis­es du genre, échap­per­ont bien­tôt à la maîtrise de ces trop con­fi­ants démi­urges pour anéan­tir le cou­ple qu’ils for­maient. Con­tin­uer la lec­ture