En cavale

Un coup de coeur du Carnet


Agnès DUMONT, Le gar­di­en d’Ansembourg, Brux­elles, Luc Pire, coll. « Romans de gare / Kill and read », 146 p., 10 €/ePUB : 6.99 €

dumontDans le pays qui a accueil­li la pre­mière jonc­tion fer­rovi­aire entre deux villes européennes, il n’est rien d’étonnant à ce que le genre du « roman de gare » ait ses let­tres de noblesse. Et bien heureux qui, sur un quai désert, sor­ti­ra de sa poche Le Gar­di­en d’Ansembourg au moment où une annonce-micro lui appren­dra que telle grève inopinée ou telle rup­ture de caté­naire entraîn­era des retards…

Avait-on assisté à un si effi­cace démar­rage en côte depuis l’incip­it bru­tal des Com­plices de Simenon ? Le drame prend ici les traits enfan­tins d’Alicia Sanchez, il sur­git dès les pre­mières lignes et se voit pro­jeté, en pan­tin désar­tic­ulé, sur le capot de la voiture que Rémy con­duit à fond de caisse, à l’issue d’un cam­bri­o­lage. Un geste mal­heureux – car trop humain – scelle la tragédie : au lieu de pour­suiv­re sa route, Rémy pile, s’extirpe éber­lué du véhicule et se penche au-dessus du corps de sa petite vic­time. Le temps de se faire dévis­ager par un témoin. Vite, décam­per.

Ellipse de vingt ans. Rémy revient du Viêt-Nam pour s’installer à Liège auprès de sa grand-mère Hort­ense, souf­frant de démence sénile. La mai­son famil­iale a changé, le cerveau de l’aïeule s’est liqué­fié. Les démons, eux, sont restés et il leur suf­fit de flair­er la présence du gêneur pour lui fon­dre dessus. Rémy fait pour­tant pro­fil bas. Il se trou­ve un job couleur muraille de gar­di­en dans le dis­cret Musée d’Ansembourg où tant de pen­d­ules bour­geois­es rap­pel­lent que le temps est assas­sin. Il se tient à car­reau devant cette ter­reur de Joseph Piron, son inflex­i­ble directeur, et plus encore envers sa col­lègue Cindy, qu’il s’efforce de ne pas trop dra­guer même si elle lui fait bien envie. La vie pour­rait aller de soi, ponc­tuée d’« heures douces » comme celles que va couler sa mamy, dans la mai­son de retraite homonyme… Mais des mes­sages explicites – depuis le cour­ri­er écrit à la plume de cor­beau jusqu’au cadavre de chat plan­té sur la porte des WC – parvi­en­nent à Rémy et le font bas­culer, à nou­veau, dans l’angoisse. La cav­ale peut repren­dre.

Agnès Dumont mène la loco de son réc­it à toute vapeur et son style file droit. Serait-ce que, au bout du som­bre tun­nel, le bon­heur attendrait en sta­tion ter­mi­nus ?