La guerre des polices

Xavier DEUTSCH, La Dyle noire, Luc Pire, 2015, 140 p., 10 € / ePub : 6.49 €, ISBN : 978–2‑87542–097‑8

deutschLa for­mule de la col­lec­tion « Romans de gare / Kill and read », lancée par les Édi­tions Luc Pire, est con­nue : elle asso­cie une ville et une intrigue poli­cière écrite par un auteur belge.  Ce vol­ume con­sacré à la cité de Wavre y ajoute un événe­ment remar­quable, la libéra­tion de l’été 1944.

Alors que les troupes alle­man­des se pré­par­ent au repli et que la con­fu­sion la plus totale règne sur la tour­nure des faits, un agent de la paix, Firmin Bidoul, est appelé par une logeuse qui a trou­vé le corps sans vie d’un de ses locataires. Notre agent de police se rend sur les lieux pour men­er l’enquête.  Sur  la vic­time, il trou­ve un indice écrit, une let­tre de men­aces, mais face à lui, il n’a ni hiérar­chie, ni mag­is­trat, ni médecin légiste. Qu’importe, il se lance, et cet indice le con­duit là où ses pairs n’aiment pas se ren­dre, dans une famille de fer­railleurs qui en a mis plus d’un en boîte. Il sait par la logeuse que la san­té de la vic­time n’était pas bonne, mais il ne tire rien du médecin qui prend ses quartiers au café du coin. Jusqu’au moment où de nou­velles infor­ma­tions appa­rais­sent qui relan­cent l’enquête. Mais c‘est la con­fronta­tion finale, reprise en mains par le com­mis­saire en titre, qui donne la clé de l’énigme alors que les chars alliés arrivent pré­cisé­ment dans la ville. His­toire de rap­pel­er qu’il ne faut guère se fier aux apparences, surtout quand les opin­ions dom­i­nantes les con­fir­ment.

On sort ragail­lar­di de la lec­ture de ce réc­it où la police se déplace à pied, ouvre l’œil et hume le vent, sans télé­phone ni lab­o­ra­toire, écoute les gens et cherche avec assiduité. Wavre se dévoile peu à peu dans ces déam­bu­la­tions, entre deux coups de canon, et pour peu, l’on se prendrait d’amitié pour ce Firmin Bidoul en quête de vérité, bra­vant les occu­pants alle­mands qui veu­lent l’entraver dans son enquête, tra­vailleur obstiné que rien ne rebute,  homme sim­ple et tout sauf arro­gant, dont le tra­vail est mal­gré tout récom­pen­sé. Xavier Deutsch nous a servi  un texte soigné et ser­ré dans le temps qui sent bon la fra­ter­nité mal­gré le gron­de­ment de fond des hos­til­ités. Comme un petit vin frais dont on reprendrait bien un coup, entre copains.

Thier­ry Deti­enne