La guerre des polices

Thierry DETIENNE

deutschLa formule de la collection « Romans de gare / Kill and read », lancée par les Éditions Luc Pire, est connue : elle associe une ville et une intrigue policière écrite par un auteur belge.  Ce volume consacré à la cité de Wavre y ajoute un événement remarquable, la libération de l’été 1944.

Alors que les troupes allemandes se préparent au repli et que la confusion la plus totale règne sur la tournure des faits, un agent de la paix, Firmin Bidoul, est appelé par une logeuse qui a trouvé le corps sans vie d’un de ses locataires. Notre agent de police se rend sur les lieux pour mener l’enquête.  Sur  la victime, il trouve un indice écrit, une lettre de menaces, mais face à lui, il n’a ni hiérarchie, ni magistrat, ni médecin légiste. Qu’importe, il se lance, et cet indice le conduit là où ses pairs n’aiment pas se rendre, dans une famille de ferrailleurs qui en a mis plus d’un en boîte. Il sait par la logeuse que la santé de la victime n’était pas bonne, mais il ne tire rien du médecin qui prend ses quartiers au café du coin. Jusqu’au moment où de nouvelles informations apparaissent qui relancent l’enquête. Mais c‘est la confrontation finale, reprise en mains par le commissaire en titre, qui donne la clé de l’énigme alors que les chars alliés arrivent précisément dans la ville. Histoire de rappeler qu’il ne faut guère se fier aux apparences, surtout quand les opinions dominantes les confirment.

On sort ragaillardi de la lecture de ce récit où la police se déplace à pied, ouvre l’œil et hume le vent, sans téléphone ni laboratoire, écoute les gens et cherche avec assiduité. Wavre se dévoile peu à peu dans ces déambulations, entre deux coups de canon, et pour peu, l’on se prendrait d’amitié pour ce Firmin Bidoul en quête de vérité, bravant les occupants allemands qui veulent l’entraver dans son enquête, travailleur obstiné que rien ne rebute,  homme simple et tout sauf arrogant, dont le travail est malgré tout récompensé. Xavier Deutsch nous a servi  un texte soigné et serré dans le temps qui sent bon la fraternité malgré le grondement de fond des hostilités. Comme un petit vin frais dont on reprendrait bien un coup, entre copains.

Xavier DEUTSCH, La Dyle noire, Bruxelles, Luc Pire, 2015, 140 p., 10 €