Une mosaïque de souvenirs

Francine GHYSEN

gottoElles sonnent juste, elles sonnent vrai, les nouvelles de Mario Gotto réunies sous le titre de la première : Le bouillon noir de ma mère. Petits tableaux gravés dans la mémoire d’un « vieil Italien sentimental », attaché à son enfance, à sa famille. Échappées dans l’imaginaire, qui tournent parfois au cauchemar…

Vous apprendrez comment préparer à la perfection des calamars dans leur encre, un pur régal dans sa sauce onctueuse et bien noire. Même si Mario, petit garçon, refusa farouchement de toucher à la soupe noire servie pour la première fois à la table familiale par « la plus douce et la plus gentille des mamans », de surcroît fine cuisinière, qui se révéla en cette occasion la plus ferme, et donna à l’enfant une leçon qu’il n’a jamais oubliée.

Vous verrez resurgir autour d’Alexandre, devenu, après la guerre « responsable des fleurs de la gare de Mons et des petites gares environnantes », un petit monde disparu « fait de fleurs, de poésie et de solidarité ». Un certain art de vivre…

Vous descendrez, à vos risques et périls, au creux des ténèbres des souterrains de Liège, qui vous promettent, selon un titre bien connu, « stupeur et tremblements ».

Vous vous réchaufferez en partageant les fabuleuses agapes, la complicité magique d’un trio – Luis, Paco, Mario – avant et après un mariage, un jour d’été, dans un port de pêche en Galice. « Cette journée valait une vie. »

Vous sourirez à l’évocation du doux oncle Sylvestre et de ses dizaines de canaris. À celle des voisins des années d’enfance à Strépy, en Hainaut, dont l’un, Arthur, ancien mineur, avait imaginé de tapisser les murs de la cuisine de sa petite maison du coron d’une étonnante mosaïque de morceaux de vaisselle et de miroirs cassés.

Enfin, vous suivrez Mario Gotto parti chercher à Ellis Island les traces de son grand-père maternel, Salvatore Patella. Entre 1880 et 1945, tout migrant arrivant aux États-Unis devait débarquer d’abord dans cette petite île proche de New York, où se décidait son admission ou non sur le territoire. Ce qui lui valut d’être appelée selon le cas « l’île de l’espoir » ou « l’île des larmes ». Submergé d’émotion, il retrouvera, grâce à la précieuse banque de données, l’intrépide Salvatore, qui tenta deux fois de gagner l’Amérique. Refusé en 1909, il serait plus heureux en 1921.

Ainsi s’égrènent, avec une désarmante simplicité, petits et grands moments de la vie. Ce qui fut, s’est évanoui, et pourtant demeure. Fleurs séchées, glissées entre les pages d’un livre lu et relu, qui gardent leurs couleurs.

Mario GOTTO, Le bouillon noir de ma mère, Cuesmes, Éditions du Cerisier, coll. « Griottes », 2015, 126 p., 11 €

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