Un coup de cœur du Carnet
Alexandre MILLON, Bérose et moi, Murmure des soirs, 2025, 190 p., 17 €, ISBN : 978–293123533
« Qui suis-je ? Aucun autoportrait n’épuisera le sujet. Mais si on parle de qui je suis dans ce texte, alors disons un trio. Auteur, narrateur, personnage. Comme dans le jazz, nous improvisons sur diverses réalités. En joie et en partage. (…) »
L’œil de l’écrivain Alexandre Millon use avec subtilité de deux focales. Il voit et regarde large et loin pour décrypter les pressions et dépressions du monde qui l’entoure tout en faisant œuvre de miniaturiste… Il sculpte des médailles, des gros-plans et, dans ces allers-retours de scènes, de situations et de relations, il écrit également une forme de chronique permanente du temps qui est le sien et qui devient nôtre par la qualité son écriture. C’est que l’auteur pratique un style fait de suspensions du temps qu’il décrypte tant et tant dans des portraits, des points et contrepoints où l’on se dévisage et se confronte à l’impertinence de la morale quand la beauté joue des tours dans les « gargouilles » qu’il a implantées ça et là tout le long de ses vagabondages énigmatiques. Par ailleurs, il prête aussi attention à l’inattendu pour dire le temps qui est le nôtre. Continuer la lecture

De janvier (« C’est l’enfance de l’année ») à décembre (« le jour est pauvre de lumière, mais on l’illumine de feux et de liesses »), Maurice des Ombiaux compose, avec un plaisir qui fait chanter les mots, L’ornement des mois. Un « almanach sentimental et gourmand », comme le présente dans sa préface Jean-Baptiste Baronian, paru en 1910, et que l’Académie royale de Langue et de Littérature a eu l’heureuse idée de ressusciter.
Pour les Montois curieux de leur belle ville, le titre du dernier livre d’Alexandre Millon, 37 rue de Nimy, publié aux éditions Murmure des soirs, évoquera l’adresse d’une demeure bourgeoise remarquable et un haut lieu de la culture littéraire depuis qu’il a été rénové. Pour les autres, il aura le mérite de les intriguer. Quant au sous-titre, Les incroyables Florides, il parlera aux rimbaldiens acharnés, qui se souviendront des vers du Bateau ivre : « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides/Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux/D’hommes ! »
Les fêtes traditionnelles ont ce quelque chose de particulier qui échappe à tout non-« natif » de la commune en fête. Se plonger au cœur de l’une d’entre elles, à savoir le fameux Doudou de Mons – reconnu, depuis 2005, au Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO – fut pour nous savoureux. Apprendre ses rouages, ses enjeux locaux et politiques, son histoire – son origine remonte au XIVe siècle – et surtout la fierté que ce folklore provoque chez ses protagonistes. Le Doudou commence officiellement un jeudi (en mai ou juin, selon l’année) et se termine le Dimanche de la Trinité avec comme point d’orgue le Combat sur la Grand-Place, appelé le « Lumeçon », qui oppose Saint Georges au Dragon. Le destin de la Cité n’est pérennisé qu’avec la victoire de Saint Georges. L’enjeu est donc de taille.
Le salon du livre de Mons, Mon’s livre, se déroulera, cette année, les samedi 25 et dimanche 26 novembre, de 10h à 18h, au Lotto Mons Expo. De nombreux genres littéraires seront représentés : jeunesse, fantasy, BD, poésie, nouvelle, romance, fanzine, thriller, histoire, art, loisirs, bien-être … À côté des ouvrages sur papier, place sera aussi faite au livre audio et aux tendances nouvelles du monde éditorial.
Débarqué du futur où il aime aventurer son écriture à la fois imagée, directe et stylée, Alain Dartevelle promène sa plume dans un nouveau recueil de nouvelles et dans un passé proche. Le sien, lié forcément à celui de la Belgique, ce pays multiple qui prête son nom à la collection mise en œuvre par les éditions Ker. Promenade donc, dans une mémoire personnelle, folâtre, amère parfois, teintée de nostalgie, largement ouverte à l’amitié, volontiers voluptueuse, mais aussi désenchantée et imprégnée de cet « humour gris » dont l’auteur revendique le label. Pour l’introduire : des évocations subjectives de ces deux têtes de gondole de notre vitrine culturelle que sont Hergé et Magritte. Autoportrait désabusé pour le premier : celui de l’artiste en fin de vie, ravagé à la fois par la leucémie et par les interrogations sur son œuvre et sur sa créature centrale : « Tintin m’a vampirisé, me soutirant titre après titre, planche après planche, case après case, mes forces vives. Cette belle énergie qui m’a manqué ensuite pour virer de bord et mettre le cap sur mon for intérieur ». Dans Signé Magritte, on suit avec une coupable jubilation l’odyssée d’un quidam (serait-il un de ces doubles de l’auteur qui se multiplient à travers le recueil ?) pour qui l’ombre du peintre flotte entre un statut révolu d’idole de sa jeunesse et une stature de petit-bourgeois rondouillard, de « sale type », méticuleux faiseur de chromos aléatoires, et par ailleurs épris de canulars scatologiques. Sus donc à l’imposteur ! Et l’on assiste ainsi, impuissants, mais admiratifs face à tant de détermination, à l’attentat au purin perpétré contre quatre toiles lors de l’exposition bruxelloise. Attentat suivi toutefois de regrets : il avait eu pour cibles les toiles les plus caustiques de l’artiste. « De quoi méditer à loisir sur les risques que comporte la fâcheuse tentation de mettre à jour des secrets d’enfance… »
Mon’s livre, le 5e salon du livre de Mons se tiendra les samedi 26 et dimanche 27 novembre au Lotto Mons Expo, de 10 à 18h. De nombreux auteurs et illustrateurs dans tous les genres littéraires feront le déplacement. Au rayon des exposants aussi, les éditeurs, associations et artistes seront nombreux au rendez-vous. 

