Quand subtilité et pudeur se côtoient…

Eva KAVIAN, Le frère de Simone, Paris, Oskar Jeunesse, 2015, 176 p.


kavianSimone a 18 ans, est orphe­line et doit élever Fred, son petit frère de 4 ans. Pas facile lorsqu’on débar­que dans une bour­gade hup­pée, aisée. Pour ter­min­er son cycle d’en­seigne­ment sec­ondaire, Simone a décidé de se don­ner les moyens, et pour s’as­sur­er un bel avenir, ce sera donc la débrouille, le bon plan, jusqu’à finale­ment s’in­té­gr­er dans ce drôle de petit monde qui l’en­toure et trou­ver des amis sur qui compter.

D’après maman, je suis sor­ti de son ven­tre, parce que tous les enfants du monde sor­tent du ven­tre de leur maman. Mais elle et moi on ne s’en sou­vient pas, on se base sur les sta­tis­tiques. On se racon­te des his­toires. Et on a les mêmes yeux. Surtout moi. 

Au fil des pages, Eva Kavian nous révèle une sit­u­a­tion plus com­plexe qu’il n’y parait : Fred est en réal­ité le fils de Simone. Bien loin d’autres réc­its abor­dant la thé­ma­tique des jeunes filles-mères, ce roman pro­pose en alter­nance des moments de vie ancrés dans un quo­ti­di­en bien réel, de brefs retours par bribes presque télé­graphiques à un passé refoulé et douloureux, et des épisodes sor­tis tout droit de l’imag­i­naire du petit Fred en quête, avec beau­coup de fan­taisie, d’une expli­ca­tion sur sa présence sur terre. Une triple « forme » que cer­tains pour­raient trou­ver par­fois com­plexe à suiv­re. Sans doute Eva Kavian nous livre-t-elle ici un roman tein­té d’une extrême sub­til­ité, et d’une tout aus­si forte pudeur. Les grossess­es pré­co­ces et leurs con­séquences y sont abor­dées de telle manière que les lecteurs, selon leur âge et dès 14 ans, s’in­ter­rogeront sur l’un ou l’autre aspect ici abor­dé, et devront peut-être faire preuve de patience pour bien saisir tout ce que recèle et révèle cette lec­ture.

Le dénoue­ment quelque peu abrupt de ce roman donne décidé­ment envie de savoir ce qu’il advient de Simone et de son fils. Mais cette légère frus­tra­tion ne laisse-t-elle pas présager, à l’in­star d’autres oeu­vres d’E­va Kavian, une suite ? Nous l’at­ten­dons…

Nat­acha WALLEZ