Roman choral, instructif et passionnant

Alain HUART, Kivu l’espoir, Weyrich, 2016, 675 p., 22,5 €

kivuJustin n’a pas encore quinze ans lorsque sa mère et sa petite sœur sont abattues sous ses yeux. Livré à lui-même, il rejoint alors le rang des enfants sol­dats, les kado­go, enta­mant ain­si sa car­rière mil­i­taire. À Kisan­gani, Alber­tine, jeune fille can­dide de 14 ans, sans père et brouil­lée avec sa mère, grandit entourée de sa famille de cœur. La guerre met sur sa route la vio­lence, la souf­france et la mal­adie mais aus­si Justin et une his­toire d’amour.

À New York, Smith est aux pris­es avec ses doutes, ses désil­lu­sions et sa cul­pa­bil­ité. Son expéri­ence rwandaise l’a pro­fondé­ment mar­qué et les exhor­ta­tions de la très prag­ma­tique Susan n’y changent rien. Zwig et Vicky, cou­ple mixte venu témoign­er à New York à la com­mis­sion d’enquête sur le géno­cide rwandais, s’apprêtent à relancer une exploita­tion de café au Con­go et à démar­rer une nou­velle vie. Au Nou­veau-Mex­ique, Veron­i­ca est sans nou­velles de sa jour­nal­iste de mère, dont elle soupçonne la CIA d’avoir organ­isé l’enlèvement.

Véri­ta­ble roman choral, Kivu l’espoir racon­te les des­tins croisés de ces per­son­nages, étalés sur plus de vingt ans. Présen­té comme la suite de Kivu, du par­adis à l’enfer, ce tome II peut tout à fait être lu indépen­dam­ment. Au besoin, un résumé du tome I en début d’ouvrage en situe les grandes lignes.

Plus qu’un sim­ple roman, Kivu l’espoir est aus­si un réc­it his­torique. Des per­son­nages fic­tifs tra­vail­lés évolu­ent dans dif­férents cadres bien réels et réagis­sent à des événe­ments avérés relatés avec pré­ci­sion, faisant de Kivu l’espoir un docu-fic­tion.

L’auteur expose le cadre his­torique au gré de l’évolution du réc­it et dis­tingue les par­ties romancées des faits his­toriques, allant même jusqu’à pro­pos­er un cahi­er péd­a­gogique en fin d’ouvrage. De cette façon, cha­cun est libre d’enrichir plus ou moins ses con­nais­sances sur la Région des Grands Lacs mais aus­si le con­texte inter­na­tion­al des dernières décen­nies, les dessous de l’aide human­i­taire et d’autres grands thèmes socié­taux. Le lecteur est ain­si en présence à la fois d’une his­toire prenante et d’une trame de fond intéres­sante dont la vérac­ité rend le réc­it encore plus pas­sion­nant, mal­gré quelques longueurs.

La nar­ra­tion fait voy­ager de décor en décor, d’un pro­tag­o­niste à l’autre, en pas­sant régulière­ment de la pre­mière à la troisième per­son­ne, offrant tan­tôt un point de vue sub­jec­tif, tan­tôt une prise de recul. Ces dif­férents éclairages se com­plè­tent har­monieuse­ment pour créer un réc­it de qual­ité. Quelques coquilles parsè­ment l’écriture mais le style est très agréable, facile à appréhen­der, mal­gré la com­plex­ité des sujets.

Évi­tant de devenir trop didac­tique et de se muer en manuel d’Histoire, Kivu l’espoir est un roman instruc­tif et pas­sion­nant, à con­seiller tant pour un bon moment de lec­ture que pour une décou­verte de l’Histoire récente dans la Région des Grands Lacs.

Estelle PIRAUX