Archives par étiquette : Rwanda

Les recen­sions de tous les ouvrages évo­quant le Rwan­da.

La saga documentaire du pays des Mille Collines

Romain BAERTSOEN, Danse de la grue couron­née, Genèse édi­tion, 2025, 336 p., 24,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑3820104–33

baertsoen danse de la grue couronnéeAvec la pub­li­ca­tion de son livre Danse de la grue couron­née, Romain Baert­soen nous emmène dans une saga (annonce l’éditeur) qui développe un for­mi­da­ble réc­it sur trois généra­tions de femmes, depuis le début du 21e siè­cle, 2002, où une femme retourne au Rwan­da pour témoign­er des atroc­ités du géno­cide com­mis par des Hutus extrémistes con­tre les Tut­sis en 1994. Con­tin­uer la lec­ture

Les fils de la mémoire

Jean-Pierre GRIEZ, L’héritage assas­sin, Cerisi­er, coll. « Faits et gestes », 2024, 312 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87267–249‑3

griez l'héritage assassinAvec ce nou­veau roman, L’héritage assas­sin, Jean-Pierre Griez signe une enquête à pro­pos des ombres, des fal­si­fi­ca­tions et des dif­fi­cultés de mémoire du géno­cide des Tut­sis en 1994 au Rwan­da. L’auteur, qui vit actuelle­ment dans le Hain­aut, a déjà pub­lié plusieurs romans chez le même édi­teur et est aus­si réal­isa­teur d’un film d’an­i­ma­tion en 2020 sur l’His­toire de la République démoc­ra­tique du Con­go Caoutchouc rouge, rouge coltan. Con­tin­uer la lec­ture

Rwanda : « La violence des impuissantés »

Un coup de cœur du Car­net

Dominique CELIS, Ain­si pleurent nos hommes, Philippe Rey, 2022, 287 p., 20 €, ISBN : 978–2‑84876–959‑2

celis ainsi pleurent nos hommesLes romans sur le géno­cide des Tut­sis par des Hutus au Rwan­da en 1994 sont nom­breux. Beau­coup ont ten­té, avec des réus­sites divers­es, de témoign­er de l’horreur quand elle atteint de tels som­mets d’inhumanité. Avec Ain­si pleurent nos hommes, la Bel­go-Rwandaise Dominique Celis pro­pose un tout autre point de vue, celui d’une descen­dante de vic­times qui refuse la banal­i­sa­tion ambiante des faits. Dans une écri­t­ure ciselée pour l’occasion et adap­tée à son pro­pos. Con­tin­uer la lec­ture

La danse, force de vie

Louisa de GROOT, Relève-toi et danse. Réc­it biographique de Chan­tal-Iris Mukeshi­mana, Pré­face de Colette Braeck­man, Mem­o­ry, 2020, 244 p., 18 €

L’histoire de Chan­tal-Iris Mukeshi­mana, Relève-toi et danse, s’ouvre sur les images d’une enfance heureuse, ryth­mée par les saisons, dans un vil­lage du Rwan­da,  au sein d’une famille de qua­tre enfants dont la mère est l’âme.

Pre­mière douleur : la mort de sa sœur aînée, Kak­ouzé.

Pre­mière épreuve : la soudaine paralysie de ses jambes. Polio, diag­nos­tiquent les médecins de l’hôpital de Ril­i­ma. Con­tin­uer la lec­ture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibis­cus sont tou­jours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0236‑4

Le géno­cide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siè­cle. L’ampleur du nom­bre de vic­times en regard de la pop­u­la­tion, la rapid­ité méthodique des mas­sacres et l’absence d’intervention de la com­mu­nauté inter­na­tionale ont don­né à ce drame une dimen­sion trag­ique qui ne cesse d’interpeller. De nom­breux écrivains ont puisé leur inspi­ra­tion dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une con­tri­bu­tion orig­i­nale, d’autant que Monique Bernier a déjà abor­dé cette thé­ma­tique dans La honte (Les Éper­on­niers, 1999), Le silence des collines (Les Éper­on­niers, 2001), ou encore La magie du frangi­panier, roman paru en 2016 aux édi­tions Acad­e­mia.


Lire aus­si : le géno­cide des Tut­si au Rwan­da dans la lit­téra­ture belge 


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La poésie est-elle possible après le génocide ?

Nico­las GRÉGOIRE, Tra­vail de dire, Rougerie, 2019, 62 p., 12 €, ISBN : 978–2‑85668–406‑1

« Écrire un poème après Auschwitz est bar­bare, et de ce fait affecte même la con­nais­sance qui explique pourquoi il est devenu impos­si­ble d’écrire aujour­d’hui des poèmes » (Theodor Adorno, Prismes). Bien­tôt célèbre, cette affir­ma­tion de 1955 don­na lieu à de vir­u­lentes dis­cus­sions où s’il­lus­tra notam­ment un Paul Celan. L’ef­froi sus­cité par la décou­verte de la bar­barie nazie rendait en effet inac­cept­able la réac­ti­va­tion de l’ac­tiv­ité cul­turelle et artis­tique antérieure, laque­lle n’avait pu empêch­er quoi que ce soit. Ain­si, écrit encore Adorno, « les artistes authen­tiques du présent sont ceux dont les œuvres font écho à l’hor­reur extrême » (Mod­èles cri­tiques). Or, voici que le géno­cide rwandais de 1994 a eu pour effet d’en­gen­dr­er avec acuité – le pub­lic étant infor­mé qua­si en direct – des réac­tions ana­logues : sidéra­tion muette, choc émo­tif, recours à des for­mules stéréo­typées (« sauvagerie », « folie meu­trière », « cru­auté », etc.), honte envers les rescapés, sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité. Vint ensuite le vouloir-com­pren­dre, qui se nour­rit de témoignages, de reportages, de travaux his­to­riens, d’en­quêtes judi­ci­aires : sur­saut ratio­nal­iste hon­or­able qui n’en étouffe pas moins les émo­tions ini­tiales, por­teuses d’une cer­taine vérité autant que d’une évi­dente impuis­sance. Mais, devant des dévoiements aus­si ter­ri­fi­ants, existe-t-il une “bonne” atti­tude ? Con­tin­uer la lec­ture

Il y a 25 ans au Rwanda…

Mar­tin BUYSSE, Muzun­gu, Zel­lige, 2019, 333 p., 22 €, ISBN : 978–2‑914773–89‑8

En avril 1994, le Rwan­da bas­cu­lait dans l’horreur et l’Occident restait pris­on­nier de ses intérêts pour ne pas réa­gir, ou réa­gir bien trop tard.

Com­ment com­pren­dre l’enchaînement des événe­ments qui ont mené au géno­cide ? Mar­tin Buysse pro­pose des élé­ments de réponse par le biais d’une fic­tion, fondée sur une doc­u­men­ta­tion rigoureuse.

Le roman Muzun­gu est cen­tré sur le per­son­nage de François et pose la ques­tion de savoir pourquoi on s’engage, pour quelle cause et pour quel camp. Con­tin­uer la lec­ture

Le pays qu’on ne retrouve jamais

Joseph NDWANIYE, La promesse faite à ma sœur, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 8.5 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87568–412‑7
Un car­net péd­a­gogique télécharge­able gra­tu­ite­ment accom­pa­gne le livre

Voici que la col­lec­tion Espace Nord réédite le roman de Joseph Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur, qui était paru en 2007. L’auteur né au Rwan­da et vivant en Bel­gique depuis plus de 30 ans y abor­de de façon intimiste le géno­cide qui a touché le pays en 1994. Fondé tout à la fois sur des sou­venirs per­son­nels (ceux du vil­lage quit­té en 1986) et sur une fic­tion (le retour au pays de Jean, lui aus­si établi en Bel­gique), le réc­it débute par celui d’une enfance dans une famille unie, pro­fondé­ment ancrée dans les tra­di­tions paysannes. Écrit à la pre­mière per­son­ne, et sans doute très proche de ce qu’a vécu l’auteur lui-même, il est cen­tré sur la vie famil­iale et vil­la­geoise dont les liens bien­veil­lants sécurisent la vie des enfants. Ici, le temps s’écoule avec douceur dans une vie sim­ple qui a le goût du bon­heur. Dans le Rwan­da des années 1960, l’accès à la sco­lar­ité per­met aux enfants de grandir en paix et aux plus chanceux d’entre eux d’espérer faire des études supérieures, pourquoi pas à l’étranger, comme ce sera le cas de Jean qui étudiera en Bel­gique et s’y installera.

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Le pouvoir des sept cordes

Joseph NDWANIYE, Plus fort que la hyène, illus­tra­tions d’Anne-Marie Carthé, La Chem­i­nante, coll. « La Chem­i­nante Jeunesse », 2018, 61 p., 8€, ISBN : 978–2371271081

Savez-vous ce qu’est un inan­ga ? Ce mot aux syl­labes bondis­santes désigne « un instru­ment de musique qui ressem­ble à un boucli­er sur lequel on aurait fixé des cordes », une sorte de cithare venue des ter­res rwandais­es. Chaque note qui en émane s’inscrit sur la par­ti­tion des temps passés, résonne dans la tra­di­tion des Anciens et dif­fuse des valeurs à main­tenir. Un objet à ne touch­er qu’avec respect et con­science. C’est aus­si le cadeau que le grand-père mahanzi de Gato lui trans­met à ses six ans, lors de son pre­mier voy­age au Pays des Mille Collines, et dont il lui révèle peu à peu les secrets. L’inan­ga devient alors le com­pagnon de for­tune et d’infortune du petit bon­homme, un inter­locu­teur qui le sou­tient dans son quo­ti­di­en : « Quand tu seras là-bas au pays des Blancs, il ne faudrait pas que tu arrêtes de jouer de ton inan­ga. Quand tu seras triste ou que tu auras mal, prends-le, fais-le vibr­er et surtout par­le-lui, il t’écoutera et te récon­fortera. » Con­tin­uer la lec­ture

Vivre le génocide des Tutsi… et revivre

Félic­ité LYAMUKURU et Nathalie CAPRIOLI, L’ouragan a frap­pé Nyun­do, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2018, 296 p., 14,50 €, ISBN : 9782872672097

lyamukuru_l ouragan a frappe nyundo.jpgFélic­ité Lya­muku­ru était ado­les­cente lorsque, le 7 avril 1994, se déclen­cha le car­nage. « Le géno­cide m’a trou­vée en troisième sec­ondaire. J’avais seize ans, j’étais vieille. »

Presque toute sa famille fut anéantie dans le cat­a­clysme qui ensevelit au Rwan­da un mil­lion de Tut­sis.

Elle voulut d’abord oubli­er ces mois d’épouvante, d’arrachements, d’insoutenable douleur, ter­min­er ses études, vivre « nor­male­ment ». « J’ai mis du temps à entr­er dans la grotte de mes sou­venirs », écrit-elle aux pre­mières pages de son réc­it poignant L’ouragan a frap­pé Nyun­do. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire théâtrale retrouvée

Paul ARON, Une his­toire du théâtre belge de langue française (1830–2000), Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2018, 368 p., 11 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2875683977

aron une histoire du theatre belge de langue francaiseDans l’avant-propos à la réédi­tion de son essai qui retraçait, en 1995, Une his­toire du théâtre belge de langue française (1830–2000), Paul Aron souligne « l’irremplaçable pré­car­ité » de cet art, chaque représen­ta­tion étant par nature unique.

Si, en spec­ta­teur sen­si­ble, il nous livre une vision sub­jec­tive de ce qu’il a vécu per­son­nelle­ment au théâtre, il espère que les élé­ments réu­nis au cours de ses recherch­es aideront le lecteur à pren­dre la mesure d’un pat­ri­moine pré­cieux, qui reste peu con­nu. Souhait exaucé ! Con­tin­uer la lec­ture

Vengeance ou pardon ?

Monique BERNIER, La magie du frangi­panier, Académia, coll. « Livres Libres », 2016, 166 p., 16,50€/ePub : 11.99 €   ISBN : 978–2‑8061–0302‑4

bernierLe ciel de Clé­mence s’est obscur­ci lorsqu’elle avait treize ans. Alors qu’elle emprun­tait le métro pour ren­tr­er chez elle, deux jeunes hommes l’ont sauvage­ment agressée et vio­lée. Après cet acte lâche et bar­bare ont suivi des années dif­fi­ciles, un long chemin de recon­struc­tion physique et surtout men­tale. Aujourd’hui, âgé de vingt ans, la jeune femme sem­ble avoir repris goût à la vie. Elle fréquente les bancs de l’Université Libre de Brux­elles. Elle s’y rend en métro chaque matin, non sans craintes, mais avec la niaque d’une sur­vivante. De petits rit­uels l’aident quand l’angoisse l’envahit. Elle s’imagine au pied d’un frangi­panier, ce bel arbre qui peu­ple le pays de son père, mal­heureuse­ment décédé peu aupar­a­vant d’un can­cer. Clé­mence aimerait retourn­er au Rwan­da, même si elle sait qu’elle y sera tou­jours con­sid­érée comme une blanche, elle qui a la peau dorée des métiss­es. Elle se prend d’amitié pour ce pays qui a lui aus­si con­nu des heures très som­bres. Con­tin­uer la lec­ture

Figures pluriELLES de femmes africaines belges

Un coup de coeur du Carnet

Jacinthe MAZZOCCHETTI et Marie-Pierre NYATANYI BIYIHA (sous la dir. de), pho­togra­phies de Véronique VERCHEVAL, PluriELLES, Femmes de la dias­po­ra africaine, Kartha­la, 2016, 183 p., 25€   ISBN : 9782811116170

pluriellesPor­traits : le mot appar­tient à la fois au monde de la pho­togra­phie et à celui du réc­it. Ce livre le mon­tre d’excellente manière et l’on s’étonne qu’il n’ait pas été écrit plus tôt, tant il est le reflet d’une urgence et d’une néces­sité : celles de mon­tr­er les par­cours exem­plaires de femmes d’origine africaine rési­dant en Bel­gique dans lesquels peu­vent se re-con­naître les jeunes généra­tions. Vingt femmes qui font la Bel­gique d’aujourd’hui, une Bel­gique cos­mopo­lite, mon­di­al­isée dans le bon sens du terme. Con­tin­uer la lec­ture

Où tout se termine singulièrement en parlant d’amour

Arnaud DELCORTE, Le piégeur de jours, Rup­tures, 2015, 172 p, ISBN : 9997088026

Mise à jour du 21/09/2023 : Le piégeur de jours reparait en octo­bre 2023 sous le titre Une lumière incer­taine, réédi­tion revue à l’en­seigne des édi­tions MEO

delcortedelcorte une lumière incertaineUn jour, peut-être, je rever­rai tout le classe­ment de ma bib­lio­thèque de lit­téra­ture belge. Y regrouperai dans un coin les ouvrages trai­tant du Grand Nord. Dans un autre, ceux déclarant leur amour pour le Sud, l’I­tal­ie, la lumière solaire. Dans un autre encore, on trou­vera, à coup sûr, ceux relat­ifs à l’Afrique des grands lacs. C’est que, mine de rien, la tragédie con­go­laise, le géno­cide rwandais, insis­tent, sus­ci­tent régulière­ment, dans nos let­tres, des œuvres fortes et divers­es, rel­e­vant de tous les gen­res. Tout récem­ment encore, Alain Huart nous don­nait à lire Kivu, l’e­spoir, un roman choral. Les poètes Marc Dugardin et Nico­las Gré­goire nous livraient, quant à eux, des recueils où, l’un et l’autre, étaient comme à l’af­fût des traces et des impacts encore actuelle­ment vis­i­bles du géno­cide. La pièce Mis­sion, de David Van Rey­brouck, nous boulever­sait autant que l’avait fait, à l’époque, Rwan­da 94, du Groupov. Con­tin­uer la lec­ture

Roman choral, instructif et passionnant

Alain HUART, Kivu l’espoir, Weyrich, 2016, 675 p., 22,5 €

kivuJustin n’a pas encore quinze ans lorsque sa mère et sa petite sœur sont abattues sous ses yeux. Livré à lui-même, il rejoint alors le rang des enfants sol­dats, les kado­go, enta­mant ain­si sa car­rière mil­i­taire. À Kisan­gani, Alber­tine, jeune fille can­dide de 14 ans, sans père et brouil­lée avec sa mère, grandit entourée de sa famille de cœur. La guerre met sur sa route la vio­lence, la souf­france et la mal­adie mais aus­si Justin et une his­toire d’amour.

À New York, Smith est aux pris­es avec ses doutes, ses désil­lu­sions et sa cul­pa­bil­ité. Son expéri­ence rwandaise l’a pro­fondé­ment mar­qué et les exhor­ta­tions de la très prag­ma­tique Susan n’y changent rien. Zwig et Vicky, cou­ple mixte venu témoign­er à New York à la com­mis­sion d’enquête sur le géno­cide rwandais, s’apprêtent à relancer une exploita­tion de café au Con­go et à démar­rer une nou­velle vie. Au Nou­veau-Mex­ique, Veron­i­ca est sans nou­velles de sa jour­nal­iste de mère, dont elle soupçonne la CIA d’avoir organ­isé l’enlèvement. Con­tin­uer la lec­ture

Art de vivre en période mortifère

Marc DUGARDIN, Table sim­ple, Rougerie, 2015, 76 p., 13 €

dugardin_tholoméDis­ons-le d’emblée : Marc Dugardin n’écrit pas. Marc Dugardin vit. Marc Dugardin ren­con­tre, partage, s’in­ter­roge, s’an­goisse, rêve, s’of­fusque, regarde, ose un mot ou deux, se fait des amis, admire, écoute, goûte, appré­cie, se dés­espère, fait décou­vrir, s’adoucit. Con­tin­uer la lec­ture