Un coup de cœur du Carnet
Ayoh Kré DUCHÂTELET, La grotte aux poissons aveugles, Rot-Bo-Krik, 2025, 144 p., 13 €, ISBN : 9782959005558
Ces deux mondes s’enveloppent réciproquement. Les événements de l’un portent sur la réalité de l’autre, toute sorte de choses transitent de l’un à l’autre, des individus, des atomes, des affects se dédoublent, se répliquent. […] Et c’est là, là où prolifèrent les hybrides, à l’endroit du frottement, du heurt, là où les dimensions se rencontrent, que nous opérons. Continuer la lecture


Le récit s’ouvre sur la signature d’un premier contrat de travail pour Luce, 25 ans, engagée à Bruxelles pour un poste de traductrice de modes d’emploi. Elle aurait préféré traduire des romans à la quête du mot juste et dépérit rapidement dans une entreprise déshumanisée entourée de collègues froids et distants, empreints d’une certaine méchanceté compétitive.
Nous sommes en juin 2007. Lucie, une jeune botaniste spécialisée en écologie tropicale, se prépare pour une mission au parc national de l’Omo en Éthiopie, où elle sera chargée de cartographier la végétation en associant des relevés de terrain et une analyse d’images satellites.

Le récit de Vincent Litt commence sur une scène forte où l’on découvre Eduardo et Manon, blessés et cachés dans un endroit où ils craignent pour leur vie. Nous retournons alors en arrière pour comprendre les différentes étapes qui les ont menés jusque-là.
Avec
Xavier Deutsch fait appel ici à toute l’humanité qu’il est possible de mettre dans un livre. Il nous présente d’une part la terrible réalité que vivent les milliers de réfugiés sur la route de l’exil. Et, d’autre part, la montée de l’intolérance, de l’ignorance et leurs conséquences en Europe.
Germaniste de formation, traductrice entre autres du letton, passionnée par les langues endogènes, en particulier le picard, Rose-Marie François poursuit une œuvre poétique qui se densifie au fil des recueils traduits eux-mêmes en plusieurs langues. Depuis Course lente avant l’aurore publié en 2015 aux éditions Maelström, l’auteur puise dans ses voyages pour embarquer le lecteur vers des contrées personnelles à la fois linguistiques et géographiques. C’est ici, dans ce dernier opus, l’Afrique subsaharienne que chante la poétesse. Une mosaïque de souvenirs africains glanés pendant un demi-siècle de rencontres et de compagnonnage sur le continent. Septante-quatre sizains ciselés qui résonnent du Togo au Sénégal et où l’auteur se promène en quête peut-être d’une autre peau.
Portraits : le mot appartient à la fois au monde de la photographie et à celui du récit. Ce livre le montre d’excellente manière et l’on s’étonne qu’il n’ait pas été écrit plus tôt, tant il est le reflet d’une urgence et d’une nécessité : celles de montrer les parcours exemplaires de femmes d’origine africaine résidant en Belgique dans lesquels peuvent se re-connaître les jeunes générations. Vingt femmes qui font la Belgique d’aujourd’hui, une Belgique cosmopolite, mondialisée dans le bon sens du terme.
Justin n’a pas encore quinze ans lorsque sa mère et sa petite sœur sont abattues sous ses yeux. Livré à lui-même, il rejoint alors le rang des enfants soldats, les kadogo, entamant ainsi sa carrière militaire. À Kisangani, Albertine, jeune fille candide de 14 ans, sans père et brouillée avec sa mère, grandit entourée de sa famille de cœur. La guerre met sur sa route la violence, la souffrance et la maladie mais aussi Justin et une histoire d’amour.
Lorsque l’on tient ce roman entre les mains, on est avant toute chose impressionné par la qualité de sa facture : grain et couleur du papier, choix des couleurs et illustrations soignées qui ponctuent l’ouvrage, tout fait de ce livre un bel objet. Les premières pages tournées, on est gagné rapidement par la conviction que l’on est face à une fiction imprévisible, aux rebondissements multiples et improbables.