« Les projets naissent dans des cendriers »

Tom NISSE, Con­tre la tac­tique de l’horloge, édi­tions Dernier télé­gramme, 2016, 13€

nisseNe pas se laiss­er décourager par le texte un peu sim­pliste de la qua­trième de cou­ver­ture de ce nou­v­el ouvrage du poète brux­el­lo-lux­em­bour­geois Tom Nisse qui, par­lant d’une « oppor­tu­nité de pren­dre con­science de notre présent et de sa durée tou­jours frag­ile » ne rend, de mon avis, pas vrai­ment ni compte ni jus­tice au très beau con­tenu de Con­tre la tac­tique de l’horloge.

Certes l’écriture frag­men­taire de Tom Nisse – pas celle d’un roman, ni d’un recueil de nou­velles — relate des sou­venirs et réflex­ions qui sont par essence, puisque rédigés après « l’instant », con­clus et donc fugaces, mais le pro­pos et la valeur du livre se trou­vent, à mon sens, ailleurs. Où ? Dans la lib­erté choisie, l’écriture et la forme éditée qui ne sem­blent obéir à aucune con­trainte. Dans Con­tre la tac­tique de l’horloge, on a le sen­ti­ment d’ouvrir au hasard un ou plusieurs car­nets tirés tout droit de la poche arrière du poète. On se sent un peu voyeur (mais on y prend plaisir) à suiv­re de la sorte les notes de l’auteur pris­es sur le vif, rédigées (je cite) « mal­gré lui ». Au pro­gramme et menés par une plume énergique et imagée, des réflex­ions générales et des phras­es isolées, des vérités à soulign­er, des con­fes­sions famil­iales,  des lec­tures mar­quantes à des moments mar­quants,  des hom­mages funèbres et sou­venirs de « ses » morts, des prom­e­nades, des achats spon­tanés, des réc­its de voy­age (l’Italie, l’Allemagne, l’Inde) et de quo­ti­di­en belge (Brux­elles, Liège, Ostende), de nom­breuses scènes d’érotisme et de sen­su­al­ité, quelques paroles engagées et con­sid­éra­tions poli­tiques, des digres­sions, de l’actualité (loin­taine, déjà), des ban­des sonores, des per­son­nages nom­més par des ini­tiales et puis des références franch­es, prénoms et noms de famille com­pris, à des « vrais » (on a véri­fié pour la forme) humains, par­mi lesquels cer­tains de ses com­pars­es issus de la lit­téra­ture belge.

« L’errance est une inten­tion », écrit Tom Nisse ; il per­siste, il signe et nous acquiesçons.

Vic­toire de CHANGY