Chardons au menu !

Marc MENU, Mur­mures du chardon, Le Tail­lis Pré, 2016, 94 p., 12€, ISBN : 978–2‑87450–11 2–8

menuEn don­nant, dans ce pre­mier recueil de poésie, la parole au chardon, Marc Menu acère encore un peu plus sa plume en jouant avec les car­ac­téris­tiques de cette plante plus proche de l’ortie que de la tulipe. Bib­lio­thé­caire de for­ma­tion, l’auteur nous avait enchan­tés avec ses Petites méchancetés sans grandes con­séquences, quelques cour­tes nou­velles grinçantes réu­nies chez l’éditeur Quad­ra­ture. Ici, dès les pre­mières lignes, le lecteur com­prend que der­rière cette mau­vaise herbe anthro­po­mor­phe se cache l’homme, et donc le poète avec ses doutes, ses désen­chante­ments et ses con­tra­dic­tions. Plus intimes, plus per­son­nels aus­si, ces poèmes font enten­dre une voix déçue, dés­abusée mais qui n’hésite pas, en mur­mu­rant, à adopter un ton sar­cas­tique et ironique car, on le sait, l’attaque est sou­vent la meilleure défense.

on m’a sou­vent traité
de mau­vaise herbe

j’ai fini par en pren­dre
mon par­ti
les années m’ont appris
à dis­simuler mes fleurs bleues
et à arbor­er mes épines
comme boucli­er

Mais qui sont ceux à qui la ronce décoche ses épines ? Des plumi­tifs ou grat­te-papiers obséquieux ? Des fats sérieux en manque de recon­nais­sance ? Peu importe en somme car la pique fait mouche ! Le plus sou­vent par des for­mules pleines de déri­sion et d’humour rusé, un envoi que révèle la chute du poème. Comme le sig­nale Yves Namur dans la pré­face, la poésie de Marc Menu a des accents proches des textes courts et incisifs d’un Fol­lain ou d’un Renard. On pour­rait ajouter qu’elle entre­tient une accoin­tance avec les sen­tences défini­tives chères à Félix Fénéon, voire à Paul Léau­taud mais en moins hargneux. Mélan­col­iques ou dés­abusés, les mots ne jet­tent cepen­dant pas le gant, le poète ne désarme pas même

sous l’œil imbé­cile
d’une poignée de volatiles
autosat­is­faits

Que reste-t-il au chardon pour s’arracher et s’envoler vers la mer ? Peut-être l’entrelacement

des corps et des troncs,
mes rêves éro­tiques
me lais­sent en sang
tant il est vrai
que les ros­es ont des épines

Peut-être aus­si enfin par le jeu sub­til avec les mots qui s’enchevêtrent comme pour mieux s’enlacer,

les ronciers s’entremêlent
du bout des épines
fils de verts bar­belés

Rony Demae­se­neer