Archives par étiquette : Belgique

La Littérature belge d’une apocalypse l’autre

Un coup de cœur du Carnet

Marc QUAGHEBEUR, Histoire, forme et sens en littérature. La Belgique francophone. Tome 2 – L’ébranlement (1914-1944), Peter Lang, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies », 2017, 420 p., 46.62 €, ISBN : 978-2-8076-0457-5

quaghebeur 2.jpgQue reste-t-il à apprendre de la « littérature belge » ? Bien des choses, voire tout. À commencer par la précarité même de cette appellation d’origine incontrôlable, peu protégée des ébranlements et des effondrements du pays dont elle est censée émaner. Au sortir des tranchées de la Grande Guerre, l’adjectif « belge » n’aura plus guère de sens pour certains, et il s’agira de s’interroger sur les périphrases qui lui tiendront lieu de substitut. « Francophones » ou « françaises », nos Lettres ? Et situées où, « en » ou « de » Belgique ? L’épineux débat et la susceptibilité que suscite la problématique va jusqu’à se loger dans une préposition… Une seule certitude : quiconque voudra comprendre les lignes de fracture, les tensions internes et les courants d’énergie qui les ont marquées, ne pourra faire l’économie du travail que mène avec patience et passion Marc Quaghebeur. Continuer la lecture

Le jour où la Belgique (ne) fut (pas) rattachée au Congo

COLLECTIF MANIFESTEMENT, Chronique du rattachement de la Belgique au Congo, MaelstrÖm, 2017, 212 p., 25 €, ISBN : 978-2-87505-262-9

manifestementCela devrait se passer sur une petite place, derrière l’église Saint-Boniface à Ixelles-Elsene, dans le triangle du quartier Matonge. Une plaque en émail, lettres blanches sur fond bleu, apposée sur un mur : « Place-Patrice Lumumba-Plein, Premier ministre de l’État indépendant du Congo, 1925-1961 ». Mais la bourgmestre et le collège échevinal de la commune n’en veulent pas, depuis de longues années, et découragent toutes les initiatives, y compris clandestines, en ce sens. Cela pourrait aussi se passer, carrément, sur la place des Martyrs, et plus exactement sous le monument de ladite place : le Collectif Manifestement voudrait y inhumer la dépouille (ou le peu qu’il en reste) de l’homme politique congolais, assassiné dans les circonstances que l’on connaît (vraiment ?), en janvier 1961. Mais ici aussi, ça coince. Ce qui ne serait peut-être pas le cas si… le royaume de Belgique était tout simplement rattaché à la république du Congo. Une plaisanterie ? Une aberration ? Une incongruité ? On n’oserait pas dire « une blague d’étudiants », car le Collectif Manifestement se fendrait aussitôt, en pleines vacances d’été, d’un droit de réponse au Carnet, tout ce qu’il y a de plus sérieux… Continuer la lecture

Comment on devient belgophobe

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Baudelaire au pays des Singes : essai, Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 153 p., 19,50 €, ISBN : 978-2-36371-198-4

baronian baudelaire1864 : un écrivain français de quarante-deux ans, qui commence à faire parler de lui à Paris pour ses écrits sur la peinture, ses traductions des contes de l’Américain Edgar Allan Poe et une condamnation pour des poèmes sulfureux, arrive en exil volontaire à Bruxelles à la recherche d’éditeurs et pour y faire des conférences. Il n’y rencontrera que déboires, déceptions et contrariétés. 150 ans après la mort de Charles Baudelaire, Jean-Baptiste Baronian, qui lui avait déjà consacré une brillante biographie, nous convie à une enquête fouillée sur le long séjour belge du poète des Fleurs du Mal. Continuer la lecture

Paul l’immense

Paul-F. SMETS, Paul Hymans. Un authentique homme d’état, avant-dire de Pierre Mertens, postface de Pierre Goldschmidt, Racine, 486 p.

Paul Hymans voit le jour en 1865, année de l’accession de Léopold II au trône, et s’éteint en 1941, alors que la Belgique est depuis un an sous le joug nazi. C’est dire si une telle existence embrasse un pan entier de l’histoire de notre pays, et en partage pendant plusieurs décennies les joies, les deuils, les avancées, les tourments, les espoirs. Continuer la lecture

Un portrait de femme : Lilian Baels

Olivier DEFRANCE, Lilian et le Roi. La biographie, Racine, 2015, 340 p., 29.99 €

En 2000, Olivier Defrance, alors diplômé en histoire fraîchement émoulu de l’ULB, est encouragé par ses maîtres à poursuivre un vaste travail de recherche sur la famille royale belge, dont il avait jeté les bases avec un mémoire sur Léopold Ier et le clan Cobourg. C’est ainsi qu’il se retrouve un jour dans la voiture du professeur Jaumotte, en route vers le domaine d’Argenteuil, pour vivre une rencontre qui va profondément le marquer : celle de la Princesse Lilian. Continuer la lecture

« Une Belgique sentimentale et buissonnière »

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Dictionnaire amoureux de la Belgique, Paris, Plon, 780 p., 25 €/ePub : 15.99€

Le principe de la collection « Dictionnaire amoureux » chez Plon est bien connu : il est demandé à un spécialiste, un passionné, un connaisseur patenté de constituer, à propos de son sujet de prédilection, un abécédaire où la sensibilité le disputerait à l’érudition et où, au souci de l’exhaustivité scientifique, se verrait préférée la cartographie personnelle. Continuer la lecture

Du rapport entre littérature et histoire

Marc QUAGHEBEUR, Histoire, forme et sens en littérature. La Belgique francophone. Tome 1 – L’engendrement (1815-1914), P.I.E. Peter Lang, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies », 2015, 433 p., 44 €

Histoire, Forme et Sens en LittératureDans la collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies » qu’il dirige aux éditions Peter Lang, Marc Quaghebeur publie le premier volume d’une somme qui en comptera cinq : Histoire, Forme et Sens en littérature. La Belgique francophone. Si l’auteur y rassemble – encouragé par le regretté Jean Louvet – une série d’articles publiés depuis 1990, il ne s’agit pas d’une simple réédition : sélectionnés avec soin, les textes ont été retravaillés parfois en profondeur, ré-intitulés, ordonnés à la fois selon la chronologie des périodes traitées et selon le point de vue adopté. Ces coups de projecteur mettent en relief avec une grande précision la diversité et la complexité des relations entre histoire générale et œuvres littéraires – car tel est le fil conducteur de l’entreprise. Sans s’attarder aux micro-structures textuelles – de minimis non curat praetor –, l’auteur parcourt à grandes enjambées les siècles et les règnes, le champ international de préférence aux terroirs, les mythes nationaux et les idéologies officielles, le romanesque et le théâtral davantage que la poésie, les récits extravertis plutôt que les introvertis. Ainsi traque-t-il obstinément « l’enracinement et l’articulation des faits littéraires dans et à l’Histoire », ses recherches l’ayant progressivement convaincu qu’il existe un « lien génétique entre l’Histoire et les Formes ». Continuer la lecture