Vivantes légendes

Charles DE COSTER, Légendes flamandes, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 256 p., 9 €, ISBN : 978-2875681447

de coster legendes flamandes.pngElles sont quatre, les Légendes flamandes publiées en 1858 par Charles De Coster, qui en attendait mieux qu’un succès d’estime ; rééditées dans une version remaniée en 1861.

C’est sur ce dernier texte que se fonde l’édition critique établie par Joseph Hanse en 1990, qui reparaît pour l’essentiel aujourd’hui, sous l’égide de Jean-Marie Klinkenberg, dans la collection Espace Nord.

Quatre légendes, au langage original, coloré, archaïsant, mais qu’on a tôt fait d’apprivoiser. Aux personnages bien sculptés, dont le plus célèbre n’est autre que Sire Halewyn, le Méchant, qui se proclamait l’Invincible, séducteur impitoyable de tendres vierges, qu’osa défier – et sut vaincre – l’intrépide Magtelt.

La vaillance des femmes est aussi mise à l’honneur dans Les Frères de la Bonne Trogne,

qui raconte comment les commères d’Uccle prirent une nuit la place – et les arcs – de leurs maris, dormant d’un sommeil de plomb pour avoir trop « chopiné », le diable s’en mêlant de surcroît, et mirent en déroute une troupe de bandits venus piller leur commune. Un exploit dont le Duc voulut garder mémoire. « Ainsi fut instituée la confrérie des femmes-archers d’Uccle, lesquelles tirent de l’arc comme hommes à chaque dimanche sous la protection de Madame la Vierge.»

On rencontre plus loin Blanche, Claire et Candide, trois nobles pucelles aux noms transparents, qui ont « voué à Dieu leur fleur de virginité », au désespoir de leurs amoureux, et, « par ordre céleste », partent à l’aventure. Leur voyage s’arrêtera au village de Haeckendover, dans le duché de Brabant, où elles réaliseront leur rêve de faire bâtir une église.

Le conte le plus captivant, plein de rebondissements, est peut-être Smetse Smee, forgeron en sa bonne ville de Gand, qui nous est ainsi présenté : « Il était bien expert en son métier, riche en graisse, et de trogne tant joyeuse que les plus mélancholiques s’ébaudissaient rien qu’à le voir en sa forge, trotter menu sus ses courtes jambes, le nez au vent, la panse en l’air, veillant à tout ». Ruiné par un concurrent, sur le point de se jeter à l’eau, Smetse est approché par le diable et noue témérairement un pacte avec lui. Mais, aux échéances fatidiques, il montre un art consommé de duper les émissaires de Satan. Après son trépas encore, le brave forgeron se révèlera ingénieux, aux portes du Paradis…!

Dans sa très dense postface, Jean-Marie Klinkenberg expose l’intérêt de ces Légendes flamandes. Elles constituent un laboratoire : « celui où l’auteur va mettre au point les techniques littéraires qui feront de l’Ulenspiegel l’œuvre unique que l’histoire salue ».

Puisant leurs sources dans des récits anciens, s’inspirant de l’histoire, du folklore, touchant également à des thèmes mythiques, ces légendes valent d’être redécouvertes.

Francine Ghysen