Ring Est, prix Fintro Écritures noires

Isabelle CORLIER, Ring Est, Ker, 2018, 277 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87586–225‑9

corlier ring estC’est sur man­u­scrit et à l’occasion de la Foire du Livre de Brux­elles 2018 qu’Isabelle Cor­li­er a rem­porté le pre­mier prix Fin­tro Écri­t­ures noires 2017. Un prix tout à fait mérité pour Ring Est, que les édi­tions Ker ont pub­lié dans la foulée. Un pre­mier roman d’une grande matu­rité, tant dans la manière de men­er une intrigue hors norme que de décrire le quo­ti­di­en d’un jeune veuf, père d’une gamine en bas âge, juge d’instruction de pro­fes­sion : Aubry Daban­court.

Isabelle Cor­li­er crée au fil des pages un sub­til con­traste entre la vie vouée à sa fille d’un père atten­dris­sant, tout en admi­ra­tion devant son enfant, et les ambiances soutenues par le sus­pens d’un roman noir. La roman­cière maîtrise bien les ficelles du genre qu’elle se plaît néan­moins à détourn­er par moments, de façon sub­tile, et mul­ti­plie les rebondisse­ments pour le plus grand plaisir du lecteur. Même si nous con­nais­sons d’emblée l’auteur du crime que nous suiv­rons tout au long du roman dans ses straté­gies pour que l’enquête tourne court…

Par­al­lèle­ment au tra­vail semé d’embûches du juge d’instruction, un jeune polici­er promis à un bril­lant avenir, Zakaria Bouh­lal mène son enquête, tout en vivant lui aus­si sa vie affec­tive, entre Inge, sta­giaire en crim­i­nolo­gie, et Armelle, sa com­pagne jour­nal­iste, sans oubli­er les caprices de son chat Alfred. Isabelle Cor­li­er entraîne son lecteur à leur suite dans les couloirs de la jus­tice à la Cité Por­tal­is comme dans ceux d’un com­mis­sari­at de la zone Uccle, Water­mael-Boits­fort, Aud­erghem qu’elle sem­ble con­naître comme si elle y tra­vail­lait. Elle mon­tre aus­si une grande con­nais­sance des procé­dures de ces métiers rel­a­tive­ment mécon­nus.

Le Palais de Jus­tice de Brux­elles, la forêt de Soignes, la ligne de tram 23, le danc­ing Le Cac­tus, la place du Jeu de Balles, ain­si que la route vers les Ardennes : la roman­cière campe agréable­ment les décors, dont un en par­ti­c­uli­er, celui qui donne son titre au roman, ce Ring Est, d’où tout est par­ti. La suite du roman est comme un road movie à la belge, à la brux­el­loise pour être plus pré­cis. On imag­ine aisé­ment la caméra d’un réal­isa­teur qui adapterait ce roman où la cap­i­tale européenne joue un rôle à part entière, en par­ti­c­uli­er ses embouteil­lages et bou­chons qui peu­vent pouss­er à com­met­tre l’irréparable.

Tout cela est racon­té à tra­vers un roman choral avec une mul­ti­tude de per­son­nages sec­ondaires, comme un témoin inat­ten­du et sa femme, ou l’amie de la vic­time, qui tien­nent le rôle prin­ci­pal de cer­tains chapitres, chapitres dont l’auteur a soigné les découpages et mon­tages, à tra­vers une chronolo­gie pré­cise.

Autant d’éléments qui jus­ti­fient ample­ment l’attribution du prix Fin­tro Écri­t­ures noires à Ring Est, un nou­veau prix qui s’adresse aux auteurs belges ou rési­dant en Bel­gique de romans noirs, de thriller ou de polar, pour autant que les can­di­dats n’aient pas encore pub­lié à compte d’éditeur.

Michel Tor­rekens