Le foot, c’est la guerre

Michel HODY, Crimes en rouche et blanc, Mur­mure des soirs, 2018, 444 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930657–46‑2

Michel Hody, auteur de Crimes en rouche et blanc, est lié­geois et s’est mis à la lit­téra­ture après une car­rière pro­fes­sion­nelle pen­dant laque­lle il avait pub­lié des ouvrages tech­niques et de mar­ket­ing. À la retraite, il se jeta dans l’écriture de romans policiers. Ses romans offrent la sin­gu­lar­ité de se dérouler dans la région lié­geoise, prin­ci­pale­ment, au XIVe siè­cle, sous le règne du prince-évêque, Adolphe de la Mar­ck. 

C’est peut-être son « anci­enne » façon d’abor­der le monde (man­age­ment…) qui se traduit dans ces romans policiers, époque Moyen Âge, où les actions et les per­son­nages sont scrutés, décrits et dess­inés dans une recon­sti­tu­tion mod­ernisée de la langue et des com­porte­ments. C’est ce qu’on con­nais­sait du tra­vail de Michel Hody. Récem­ment, il vient donc de pub­li­er aux édi­tions Mur­mure des soirs un livre ten­dance polar,  bien que ce genre aujour­d’hui n’ait plus rien à voir avec la noirceur du genre qui fut celui des débuts. Ce sont plutôt les thrillers qui ont pris le relais. Et c’est le cas du dernier roman en date de l’auteur.

Liège, print­emps 1982. Les “Rouche et Blanc” vien­nent de se qual­i­fi­er pour la Coupe des Vain­queurs de Coupe. Le nou­v­el entraîneur du club, le renom­mé Oswal­do, est assas­s­iné dans sa cham­bre d’hô­tel. Son corps est décou­vert par le jour­nal­iste sportif Mike Scalais, venu l’in­ter­view­er. Le com­mis­saire André Lecomte, ami du jour­nal­iste, est chargé de l’en­quête qui s’an­nonce ardue. Aucun mobile…la mafia lié­geoise serait-elle à l’o­rig­ine de ce qui sem­ble une exé­cu­tion ?

Ça com­mence à Brux­elles, d’où est envoyé en exil à Liège le jour­nal­iste sportif Mike Scalais, un peu vache, naïf et sans véri­ta­bles scrupules. Le drame, le mal, le moteur du mal se situent dans le milieu du foot­ball et des pronos­tics de ce sport où le fric et les nation­al­ismes aujourd’hui l’emportent sur tout. Évidem­ment nous avons le « cast­ing » clas­sique du genre : un com­mis­saire de police, un inspecteur, un jour­nal­iste, des politi­ciens véreux, un pédophile, de jeunes inno­centes et de fief­fés salauds.

La mafia inter­vient, et comme on le sait, tout ce qu’elle fait et dit dans les romans ou dans les films n’ap­par­tient évidem­ment jamais au réel. Le réel est beau­coup plus « trash » et la mafia de prox­im­ité, beau­coup plus dis­crète et ter­ri­fi­ante.

Michel Hody, dans un souci de métic­u­losité, charge son roman de détails et de descrip­tions de lieux, les per­son­nages à la psy­cholo­gie élé­men­taire sont mis en scène du point de vue de leurs com­porte­ments (…à Liège, dans le reg­istre « polici­er », on est héri­ti­er de Simenon où on n’est rien…)  et les rebondisse­ments ne man­quent pas. Les accents, car­i­caturés, pointent les per­son­nages de façon out­ran­cière par­fois et les sit­u­a­tions en sont un peu éven­tées. Mais il n’en demeure pas moins que l’auteur sait men­er sa bar­que au milieu des dan­gers d’un genre aux clichés bien arrimés.

Racon­ter un polar équiv­aut à racon­ter un film à son meilleur enne­mi. Cepen­dant, pour que le lecteur puisse entrevoir de quoi se nour­rit ce polar aux accents de scan­dales jour­naliers, il suf­fit de lui dire que tout ce qu’il y a de pire dans le monde cynique du foot-biz­ness fait par­tie de la matière romanesque  de l’auteur : les paris truqués et la mafia locale (et inter­na­tionale) tou­jours prête à offrir un p’tit blanc sur le zinc pour dénouer les langues. C’est après qu’on les coupe.

Daniel Simon