Je fais des grosses bulles, je joue au sous-marin

Geneviève CASTERMAN, Se jeter à l’eau, Esper­luète, coll. « Accordéons », 2018, 32 volets, 15 €, ISBN : 9782359841022

Odeur de chlore, bon­net qui colle ou fait pliss­er le crâne, casiers à pièce et petit plon­geoir, Cécémel à la cafétéria, pédiluve à l’entrée ou Dex­tro-ener­gy après l’effort ? Nous avons tous des sou­venirs éton­nants, pré­cis ou nos­tal­giques liés à ce lieu curieux qu’est la piscine.

Après nous avoir fait décou­vrir avec son œil affectueux la Cos­ta Bel­gi­ca, l’autoroute E411 ou la rue De Praetere dans trois petits for­mats car­rés (déjà chez Esper­luète), Geneviève Cast­er­man nous pro­pose d’enfiler notre mail­lot – et vous, plutôt une ou deux pièces ? plutôt slip ou box­er ? – et déploie son univers aus­si drôle et touchant qu’attentif aux détails le long d’un éton­nant et dodu lep­orel­lo. Du côté des bébés nageurs, ça flotte et ça bécote, et ça s’accroche à des gross­es bouées ou à des planch­es. Une otarie est venue elle aus­si musarder dans le petit bassin. Êtes-vous prêts pour la leçon d’aquagym ? À moins que vous ne soyez venu exhiber vos bis­cot­tos ou appren­dre le dos crawlé ? Con­ter fleurette à une autre nageuse, dès qu’elle aura fini sa longueur ? C’est qu’il en existe des rap­proche­ments oppor­tuns ou mal­adroits dans cette grande éten­due d’eau : « Frôle­ments fur­tifs / coup de pied, griffes / les corps anonymes s’effleurent / pas tou­jours en douceur. » Fan­taisie aidant,  l’autrice-illustratrice s’autorise même à nous mon­tr­er qu’il n’y a pas que les bras des plus jeunes ou des plus téméraires pour moulin­er dans l’eau…ne serait-ce pas quelque ten­tac­ule de poulpe, que nous voyons tout au fond ? Et à côté, une étoile de mer ?

Tout le long du par­cours notre œil s’accroche aux per­son­nages cro­qués sur le vif dans des couleurs ten­dres,  aux rayures de leurs bon­nets, à leurs gestes pré­cis ou encore mal­ha­biles mais il voy­age aus­si entre les bulles de textes ponc­tu­ant chaque volet, com­ment autant d’apartés intimes et réflex­ifs sur la scène qui se joue :


Dans l’eau je suis
 sans poids sans ride et sans âge,
            insub­mersible, invul­nérable.

                        L’eau dis­sout mes colères,
                                   fil­tre mes peurs,
                        épuise mes doutes,
                                               je nage.

Enfin, une vraie ligne de flot­tai­son s’inscrit en bas de la page, et nous rap­pelle que l’ampleur des mou­ve­ments et le rythme de cha­cun face à cette altérité aqua­tique est dif­férent. Il est néces­saire de « trou­ver son rythme de croisière », comme dans la vie à la sur­face.

Se jeter à l’eau est un objet ludique à mul­ti­ples entrées, donc, qui pour­ra se lire seul ou accom­pa­g­né, et à des­ti­na­tion tant des petits lecteurs qui ont encore besoin de bras­sards que des adultes qui font les fan­farons sur le grand plon­geoir.

Anne-Lise Remacle